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butiements de l’enfance sont d’ordre musical. Pour Ballet, les images des sons musicaux s'installent chez beaucoup d'enfants, avant celles des mots : Beaucoup d'enfants chantent avant de savoir parler et, pour se
faire comprendre, utilisent des inflexions vocales
encore inarticulées. Dans les premiers essais de son langage, l’enfant pourra désigner par exemple un animal en imitant son cri. Si le langage articulé disparaît, comme dans la paralysie labio-glosso-laryngée, dans certaines aphasies motrices, lintonation rempla- : cera encore la parole et le langage devient alors, suivant l’heureuse expression de Brissaud, « une véritable romance sans paroles » (Dupré et Nathan)... Preyer a observé des enfants de 8 à 9 mois qui : chantaient d’une façon juste les airs qu’on leur jouait au piano. L’enfant dont parle Stumpf dans sa :. Tonnphsychologie montait régulièrement la gamme à: l’âge de 14 mois, Lehmann, enfant prodige de 3 ans, appartenant à une famille de musiciens, s’est fait entendre à Zurich, en 1869, dans un concert. où il a.
joué des œuvres de différents maîtres. La fille du
compositeur tchèque Dvorac, à l’âge d’un an, chantait la Marche de Fatinitza. Frankl-Kochwart raconte qu’un enfant de deux ans chantait les chansons de Brahms. Enfin, Ch. Richet présente, en 1900, au. IVe: Congrès de Psychologie de Paris un musicien de 3 ans : Pépito Rodriguez Arriola.
D'ordinaire, les facultés musicales sont donc très. précocement ébauchées chez l’enfant. Elles sont chez celui-ci lexpression d’une réaction toute motrice contre les sensations suscitées de l’extérieur et d’une
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sorte d’instinct d'imitation. L’enfant entend un son; attentif d’abord, il veut l’imiter, puis il en imite d’autres en les reproduisant. Tout n’est encore qu’inconscience, intuition, imitation, réflectivité. Il en est donc du langage musical comme du langage simplement articulé. Nous verrons que la musicalité des grands maîtres procède d’une évolution analogue. Les observations biographiques puisées dans la généalogie de quelques familles de musiciens remarquables seront propres à faire ressortir la nature des manifestations précoces du génie musical, sujet de notre thèse.
Précocité.
Précocité, nécessité de produire, individualisme, sont pour Ribot les trois caractères les plus saillants du génie. Notre tâche dans ce chapitre, sera d’en anaylser le premier caractère. Il nous restera à en étudier ultérieurement les deux autres.
L'ordre d’apparition des facultés du génie, se présente ordinairement de la façon suivante : d’abord dans la musique, puis successivement dans les arts plastiques, la poésie, la mécanique et toutes autres productions scientifiques. En effet, la plupart de nos grands maîtres ont été des enfants prodiges, mais le nombre de ces maîtres est bien petit en comparaison de la masse d’enfants, doués musicalement, qu’on admire dans leur jeune âge, et qui, plus tard, ne tiennent pas ce qu’ils promettent. Pour Rubinstein, le talent musical se manifeste habituellement chez les enfants dès l’âge le plus tendre ; mais il vient un temps (chez les garçons, 15 à 20 ans ; chez les filles,
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14 à 17 ans) où le talent subit une crise, faiblit et s’endort à tout jamais. Ceux-là seuls qui sont capables de passer ce rubicon deviennent de grands artistes. Nous nous efforcerons de l’expliquer dans un chapitre ultérieur.
En respectant l’ordre chronologique de l’histoire de Ia musique, nous allons donner ici les observations les plus typiques de précocité. Mais, auparavant, ouvrons une parenthèse : Pour qu’une observation ait une réelle valeur, il faut, non seulement qu’elle soit bien prise, mais aussi qu’elle soit exacte. Les généalogies antérieures au xvr siècle sont obscures, les documents historiques étant douteux. Pour cette raison, nous n’avons appliqué nos recherches qu’à partir de l’époque où la musique, bénéficia de la grande découverte de l’imprimerie qui, simplifiant les notations musicales en multiplia les reproductions, et contribua à la vulgarisation de Part qui nous occupe. Quelques-uns des musiciens célèbres, tant en Allemagne qu’en France et en Italie, qu’on est convenu de désigner sous le nom de « classiques », nous fourniront des exemples pour la démonstration de notre thèse.
HÆNDEL (Georges-Frédéric) de Halle (Saxe) (1685-1759). — Le père de Hændel, barbier-chirurgien, voulut faire de lui un juriste ; ce fut en vain : la vocation de l'enfant fut plus forte que là volonté paternelle. Le jeune Georges Frédéric apprit tout seul le clavecin et l’orgue. Un jour, à Weissenfels, le jeune artiste, alors âgé de 7 ans, joua de l’orgue avec une telle maîtrise, en présence d’un duc, que ce dernier fit appeler le père et lui recommande de ne point contrecarrer une vocation aussi extraordinaire de la part d’un enfant. À une aufre occasion, le jeune Hændel
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se fit entendre au clavecin devant un auditoire de princes
et son succès fut tel que l’électeur de Brandebourg voulut Pattacher à son service. S
J-S. Bacn (1685-1750). — Le « père de la musique » est né la même année que Hændel, à Essenach. C’est chez son frère Jean Chrétien, à Ordruff, qu’il reçut ses premières leçons de clavecin ; son heureuse organisation pour la musique se manifeste rapidement : le jeune Sébastien devinait en quelque sorte ce qu’il apprenait, aussi les progrès dépassèrent-ils ce qu’on pouvait espérer. Nous le voyons d'abord choriste à l’église Saint-Michel de Lunebourg, puis organiste incomparable en 1703. À 18 ans, il est musicien à la cour de Weimar, où il se perfectionne dans son art, Il apprit en outre le violon et s’est distingué par de célèbres improvisations qui, chez ce jeune virtuose, ont fait pressentir un génie prodigieux. Mais ce n’est qu’à l’âge de 32 ans que toute PAllemagne retentit du bruit de ses succès.
J.-F. Haypx (1732-1809), de Rohrau (Basse-Autriche). On raconte que le cousin du jeune Franz-Joseph, maître d’école et Organiste, crût deviner, dans l’amusement du bambin, l’indice de ses facultés musicales : « Un certain dimanche, alors qu’un violoniste était venu se joindre à des musiciens réunis pour donner un concert de famille, l’enfant se fit de deux bouts de planche ramassés dans l'atelier de son père Mathias, charron, un ‘instrument imaginaire, sur lequel on s’émerveilla, « Poussé dans la voie qui lui semblait destinée, il ne reçut néanmoins par la suite, que de maigres leçons, semences répandues en une terre extraordinairement fertile, En peu de mois, le jeune « Sepperl », ainsi qu’on surnommait l’enfant, put chanter sa partie dans une messe. Il put aussi jouer de « petites choses » sur le clavecin et le violon et — prouesse qui fut remarquée — tenir à l’improviste le rôle de timbalier dans l'orchestre d’une procession. HAyYDN affirme sur ses vieux jours « n’avoir pas eu de véritables maîtres et s'être formé surtouf en écoutant, lisant et observant toutes choses ».
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Gzück (1714-1787). — Bien que l’épanouissement de son génie ait eu lieu dans sa carrière française, c’est avec les classiques allemands qu’il convient de l’étudier, car il vint au monde à Weidenwang, dans une rustique maison du Haut-Palatinat. De très bonne heure, il fut initié aux principes de l’art musical : en Bohême où il habitait, la musique était enseignée à tous les enfants du village. Tout bambin, en effet, il fut séduit par la littérature du lied tchèque. Elle forma d’ailleurs son esprit musical. Lorsqu'il fallut à cet « enfant: de la nature » se lancer dans la vie, c’est à ses aptitudes et ses connaissances dans cet art qu’il demanda ses premières ressources. Portant sur le dos un violoncelle, il alla, comme musicien ambulant, dans les villages; il y fit danser les filles et charma les paysans en leur jouant quelques savoureux chants populaires. Telles ont été les prémisses du Génie musical créateur d’ « Armide » et d’ « Alceste ».
MozarRT (1756-1791). — La musique « divine » du jeune Wolfgang naquit en quelque sorte avec lui : à quatre ans, sa carrière commençait déjà. Elle fit une prodigieuse ascension, car, à six ans, l’enfant exécutait déjà à la cour de Vienne, des menuets de sa composition. Un jour, il joue à première vue, sans leçon préalable, et par surprise, une partie de violon dans le quatuor paternel. À sept ans, il part accompagné de sa sœur Marianne, pour donner des concerts à travers l’Europe. Partout il étonnait et charmait,
De ces accords profonds, de ces hautes merveilles, Qui font luire ton nom entre tous, ô Mozart!
(Théophile GAUTHIER.)
Le souvenir du passage en France du petit virtuose-phénomène est resté historique (1763). Citons un élève de Mozart, qui, sans atteindre son génie, n’en a pas moins été un instrumentiste précoce : nous voulons parler de Hummez (1778- 1837) que nous voyons déjà en possession d’une virtuosité remarquable dès l’âge de sept ans.
Ludwig van BEETHOVEN (1770-1827). — Chez les Beethoven, la musique était un métier de père en fils. Le jeune Ludwig
montra de très bonne heure des dispositions marquées, sinon un penchant impérieux. Son père, à l'exemple de Léopold Mozart, voulut faire de lui un petit saltimbanque du clavecin. Grâce à un travail forcé, l’enfant atteignit ainsi une grande virtuosité. Nous savons qu’à neuf ans, il jouait déjà fort gentiment des sonates de Haydn, Mozart et Clémenti; à l’âge de 11 ans, il s’exerce à l’orgue, et Mozart qui le rencontra un jour, peut dire de lui : « Attention à ce jeune homme, il fera parler de lui dans le monde » ! D’ailleurs, dans les correspondances de Beethoven, on note même qu’à cette époque son plus beau titre de gloire était d’abord sa virtuosité : il la cultive; il se flatte de pouvoir seul exécuter « certains passages scabreux ». Romain Rolland nous précise que son jeu est hardi, brillant, plein d’une fougue qui en compromet parfois la netteté. Il rivalise avec le pianiste Wolf « aux longs doigts », et Vienne se passionna pour ce tournoi comme Paris, vers 1830, se partagea entre Listz et Thalberg.
En France, au xvrr° siècle, nous sommes à l’époque de Rameau, Lulli, Gretry, Mehul.
Jean-Philippe RAMEAU (1683-1764), célèbre par son « Nouveau système de musique théorique, principe de la base fondamentale », que d’Alembert, en 1726, publia sous le titre « Eléments de musique »; Rameau reçut de son père, organiste à Dijon, une éducation musicale telle, qu’à sept ans il était capablé de jouer en virtuose toute espèce de musique.
Luz (1633-1687). — Tout enfant, d’après la tradition, un cordelier lui aurait enseigné la guitare. Il se livra donc très tôt à son penchant pour la musique. Il le déclare lui-même en demandant au roi « des lettres de naturalité, pour s’être adonné à la musique dans sa jeunesse ». Choisy assure que Lulli, étant encore bambin, composait de très beaux airs, sans savoir une note de musique. Ce remarquable violoniste-virtuose dont les contemporains admirèrent le jeu divin, devait triompher à la cour de Versailles et, tout en charmant le Grand Roi, sut « arracher des larmes à Madame de Sévigné, laisser frémissante Madame de Lafayette, exciter l’admiration
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de Molière, et faire pencher vers sa musique l’âme attentive . EÉ de Racine ».
A Ja fin du xvrrr° siècle, les noms populaires de GRETRY et de MEHUL évoquent le souvenir de deux génies musicaux également précoces.
Parmi les maîtres musiciens de l’époque moderne et contemporaine, les cas de précocité et de virtuosité abondent, et nous avons l’embarras du choix. Il nous suffira d’extraire de cette pleïade vraiment innombrable, les exemples qui nous ont paru les plus dignes d’être signalés à la suite des classiques précédemment énumérés.
L’Allemand du Holstein, Carl-Marie WEBER (1786-1826), que nous trouvons dans les coulisses d’un théâtre parmi les acteurs et les musiciens, à l’âge de quatre ans, n’avait que 15 ans quand il s’affirma comme un pianiste émérite; à dix-sept ans, il faisait des tournées comme virtuose et aussi comme chef d'orchestre; Félix MENDELSSOHN-BARTHOLDY, de Hambourg (1809-1847), qui, tout enfant, suivait les leçons des meilleurs maîtres de son pays, affrontait le public dès l’âge de neuf ans et, en 1820, la composition d’une fugue le classait parmi les . musiciens remarquables de son temps. SCHUBERT, Autrichien de Vienne (1797-1828), le plus fécond inventeur de mélodies pour le chant, figurait, à onze ans, comme chanteur dans la chapelle de l’empereur d'Autriche, et n’avait pas quinze ans quand il tint l’emploi de premier violon dans un orchestre. Le Saxon Robert SCHUMANN (1810-1856), qui doit surtout sa popularité à des Lieder si profondément émouvants, composait à l’âge de neuf ans, sous le titre de «Joies d’une journée d’écolier », de petites fantaisies sur le piano. CHopiN (1810-1849, Français et Nancéien par son père, Polonais par sa mère, qui compte parmi les plus brillants compositeurs d'œuvres pianistiques immortelles, n’avait que huit ans lorsqu'il remporta son premier triomphe dans un concert de bienfaisance.
Franz Liszt, dont le nom est associé à celui de Richard WAGNER, recevait, à six ans, de son père, ses premières leçons de piano et avait déjà acquis, à l’âge de neuf ans, la réputation d’un virtuose extraordinaire; à douze ans, il était capa-