‹ Les Manifestations précoces du Génie MusicalChapitre 10 sur 39 · SR AD · texte numérisé non relu

SR AD

ble d'exécuter ,de mémoire, et même de transposer, n'importe quelle fugue de Bach; l’improvisation n’était pour lui qu’un jeu. Son compatriote Hans de BuLow (1830-1894) a laissé le souvenir d’un virtuose du piano non moins précoce.

Le plus illustre représentant de l’école dramatique italienne Rossini (1792-1868), n'avait que neuf ans quand il déchiffrait, au piano, une partition qu’il était en état de réduire séance tenante, et, il se révélait comme violoniste à l’âge de onze ans. Son compatriote, le grand et fécond VERDI était âgé de douze ans quand il débuta comme organiste,

Les premiers maîtres en date de l'Ecole française au xix° siècle, BOELDIEU, AUBER, HALÉVY, Giacomo MEYERBFER, que nous pouvons revendiquer comme nôtre en dépit de son origine germanique, ét le romantique BERLIOZ (1803-1869) se présentent à nous comme des musiciens remarquablement précoces. GOUNOD n’était pas moins merveilleusement doué, dès son jeune âge; Georges B1ZET avait neuf ans quand il obtint sa première récompense au Conservatoire de Paris, et, à dixhuit ans, il méritait le prix de Rome. Jules MASSENET était admis au Conservatoire à l’âge de onze ans et la vocation précoce d’Ernest REYER pour l’art musical est restée légendaire.

Pour ciore cette longue énumération dont bien d’autres exemples cités n’augmenteraient pas la valeur démonstrative, nous insisterons sur deux grands musiciens qui comptent parmi les gloires les plus pures de l’école française contemporaine : M. PALADILHE et Camille SArNr-SAENS, sur lesquels nous sommes à même de fournir des renseignements particulièrement précis.

M. PALADILHE, qui est le plus jeune musicien ayant obtenu le Prix de Rome qui lui fut décerné à l’âge de seize ans, nous contait naguère avoir appris le solfège en un mois, n'étant guère plus âgé de trois ans: son père, médecin à Montpellier et flûtiste amateur, lui donnait lintonation. A dix ans, l'enfant pouvait entrer au Conservatoire, et il avait treize ans, quand un ‘prix lui fut décerné. Ce cas de précocité peu ordinaire ‘fut l’objet d’un rapport à l’Académie des Sciences

(1851), signé de M. Nisard, alors rédacteur au Temps, et ainsi COnÇu : |

« Emile PALADILHE, âgé de 7 ans, possède des facultés musicales fort extraordinaires. Qu’à cet âge si tendre, le jeune musicien soit déjà un excellent harmoniste, qu’il comprenne les compositions des grands maîtres au point de pouvoir dire, comme il lui arriva un jour, sans y être sollicité : « Mozart devait être bien jeune quand il composa ce morceau », ce n’est pas encore là, ce qu’il y a de plus remarquable en lui; ce n’est pas même la sûreté et l’instantanéité merveilleuse avec laquelle son oreille apprécie les sons musicaux, faculté qui en fait pour ainsi dire un sonomèêtre vivant; mais, ce qui mérite toute l'attention des savants, c’est la singulière et rare faculté que possède Emile, de distinguer le caractère mélodique du discours parlé : 1° suivant la nature plus ou moins passionnée, plus ou moins incisive du discours luimême.

« Dans ces deux ordres de phénomènes, il entrevoit spontanément : 1° une sorte de tonalité passagère, tant que l’intonation reste sur certaines notes; 2° des changements de ton par l’arrivée brusque d’une note sans relation avec la tonalité précédemment entrevue; 3° une sorte de modulation par l’arrivée d’une note précédée de sa note sensible, et quelquefois d’un intervalle de triton; 4° des modalités particulières s’établissant par dés excursions de la voix sur la tierce majeure ou mineure d’une intonation précédemment appréciée avec quelques retours sür cette intonation.

« Ainsi, vous Causez avec un ami, vous discutez, et l’enfant, témoin de la scène, s’écrie, comme s’il sortait d’une rêverie profonde : « Pourquoi avez-vous commencé à parler en la bémol majeur ? Pourquoi avez-vous fini en ré naturel mineur ? Vous avez fait beaucoup de modulations, Monsieur, etc...»

Suivant Paladilhe, les enfants pleuraient le.-plus souvent dans des tons majeurs, et ce n’était guère que quand ils se plaignaient ou parlaient en pleurant, qu’ils affectaient des inflexions chromatiques et mineures. Un jour, entendant un paysan adresser des reproches à son fils d’une voix concen-

Page 1