PREMIÈRE PARTIE
LA MANUFACTURE DES GOBELINS
Anciennes manufactures parisiennes de tapisseries. — Ateliers de Fontainebleau et de la Trinité. — Haute et basse lisse. — Origine du mot Gobelin.
Sans remonter aux orig'ines de l’art du tissage, il n’est pas hors de propos de constater que, dès le moyen âge, l’imitation de la peinture par la combinaison de fi! s de diverses couleurs était connue dans toutes les provinces de la France septentrionale. Des textes positifs établissent l’existence d’ateliers de tapisserie dans la Flandre, l’Artois, la Picardie, dès la fin du xiiP et le début du xiv^ siècle. La comtesse Mahaut d’Artois avait prodigué ses encouragements aux artisans de la province. C’est peut-être à cette influence que la ville d’Arras doit la bonne fortune d’avoir transmis son nom à l’industrie dont elle fut longtemps considérée comme le centre le plus actif et.
LA MANUFACTURE DES GOBELINS
j)Our ainsi dire, le (juarlier général. Depuis le xv“ siècle en elfet, les tapisseries lissées au métier portent en Italie le nom à' Arrazzi., et tout récemment encore, lors du récent voyage en France du roi d’Italie, la tenture oli'erle au souverain était désignée dans les journaux de la péninsule sous la dénomination des Gobelins.
La ville de Paris, dès cette époque, possédait des métiers en pleine activité. Ces ancêtres de nos artistes des Gobelins jouissaient, sous le roi Charles V, d’une notoriété étendue. L’un d’eux, dont nous sommes parvenu à reconstituer en partie la biographie et les travaux, a été au service de tous les princes de la famille royale. Ce tapissier parisien, nommé Nicolas Bataille, ne cesse, de 1360 à 1400, de livrer de nombreuses tentures aux frères de Charles V, les ducs de Bourgogne, d’Anjou et de Berry. Le roi Charles VI et son frère le duc d’Orléans ligurent aussi parnii ses clients habituels. La plupart des ouvrages de cet artisan ont disparu depuis longtemps. Il nous reste toutefois de son habileté un témoignage capital. C’est la vaste tenture de l’Apocalypse, conservée dans la cathédrale d’Angers, dont riiisloire et la description ont été données, avec grand luxe de détails, par M. Louis de Farcy. L’Apocalypse d’Angers est un monument uni(jue d(‘ l’art au xiv" siècle. Or, par une bonne fortune asst'z rare, surtout (|uand il s’agit d’une époque aussi éloignée de nous, on est parvenu ;i réunir sur la préparation et la confection de c(‘tte tenture un ensemble de faits comme on en possède peu sur les tapisseri(‘s de date beaucouj) plus récente. Le duc Louis d’Anjou, frère de Cbarh's Y, avait commandé l’Apocalypse au tapissier parisien Nicolas Bataille. L’exécution du modèle fut confiée au peintre du roi, Ihmneciuin ou .lean de Bruges. Charles Y ])rèta au peintre, pour le guidei', un manuscrit à miniatures de sa librairie. Les patrons terminés, le tapissier se mit à l’ouvrage, et, en ([uelques années, fui-ent livrés h*s cim| j)anneaux, comprenant chacun vingt-cimj tableaux et im'surant environ 21} mî'tres de long. Trois ou (juatre ans sullii'ent pour mener à boniui (in cetli* colossale entia'prise (|ui fait grand honneui' au vieux tapissier pai'isien. On possî'de là une tiMivre capital(‘ du plus glorieux ancêtre de nos aidistes d’aujourd'bui. Fsl-«dle exécutée en haute liss»' ou en basse lisse ? Question di’dieate. et à la(|iudle il (‘st impossible de répondre avec certitude.