LES ANCIENNES MANUFACTURES PARISIENNES
Des textes anciens il semble ressortir que le procédé de la basse lisse, dite aussi tapisserie à la marche, était surtout familier aux Flamands et aux (labitants des provinces du Nord, tandis que les artisans du centre de la France, de Paris en particulier, usèrent presque exclusivement du métier de liante lisse. Constatons d’ailleurs que rien n’est plus malaisé que de discerner les ouvrages exécutés en haute lisse de ceux de liasse lisse ; les mieux informés y renoncent. Nous ne chercherons donc pas à établir des distinctions forcément sujettes à caution.
Pendant la période primitive de l’histoire de la tapisserie, les princes et les grands seigneurs adressaient aux artisans en réputation leurs commandes, mais ne songeaient guère à entretenir à leurs frais des ateliers de tisseurs travaillant exclusivement pour eux. Ce n’est guère ({u’au xvP siècle qu’apparaissent les manufactures royales subventionnées par le souverain. L’atelier de Fontainebleau, sur lequel on possède bien peu de renseignements et dont on ne connaît même pas une œuvre authentique, marque le début de cette fabrication officielle. On ignore la date de son installation comme celle de sa fermeture. Quoi (|u’il en soit, ce fut la première tentative faite pour applicjuer le programme que réalisa jilus tard la manufacture des Gohelins. Après François P‘‘, le roi Henri H crée à Paris un atelier de tapisserie qui devait être entretenu aux frais du trésor. L’hôpital de la Trinité, situé rue Saint-Denis, recevait et élevait un certain nombre d’orplielins. Il s’agissait de leur apprendre un métier. Diverses professions leur étaient enseignées, et comme, à cette époque, la tapisserie était en grande faveur, l’hôpital de la Trinité ouvrit un atelier de tapisserie. L’histoire de cette modeste manufacture, qui sulisista pendant près d’un siècle, n’est guère mieux connue que celle de l’atelier de Fontaineljleau, et pourtant elle parait avoir exercé une réelle iniluence sur le développement de l’industrie textile au xviP siècle. Certains artisans élevés à la Trinité ont conquis une honorable l'éputation, ont laissé des ouvrages cités avec éloge par les historiens, ont contribué à la fondation d’établissements ayant mérité l’estime des contemporains. L’un de ces enfants de la Trinité doit être signalé tout particulièrement. C’est Maurice Duhourg, qui fut chargé de l’exécution
LA MANUFACTURE DES GOBELINS
(Ml tapisserie de la Vie de Jésus-Clirist pour l’église de Saint-Merry, d’a])r(“s les cartons de Henri Leranibert. On peut admettre aussi ([lie les premières suites de riiistoire d’Artémise, tissées pour la reine Catherine de Médicis d’après les dessins d’Antoine Caron, étaient sorties de l’atelier de la Trinité. En tout cas, l’influence de cet orphelinat se trouvait forcément assez limitée et sa production ne suflisait guÎM-e aux exigences de la clientèle. C’est pour répondre sans doute aux besoins de plus en plus impérieux du commerce cjue le roi Henri IV conçut le dessein de créer sur des hases entièrement nouvelles une vaste manufacture de tapisseries, dont le trésor public supjiorterait en partie la dépense. Bien avant de pouvoir mettre ce projet à exécution, et alors qu’il n’était que roi de Navarre, Htmri avait songé à développer en France une industrie très prosp(M‘e dans les Flandres et à procurer ainsi de nouvelles ressources à nos nationaux. Il conçut un moment le projet d’installer dans le Béarn une colonie de tapissiers flamands. Si d’autres préoccupations ne lui permirent pas de donner suite à cette idée, on voit que le plan était mûri longtemps avant l’arrivée des artisans chargés d’installer un atelier de tapisseiâe au faubourg Saint-Marcel, dans les bâtiments mèmies ([ui sont occupés depuis trois siècles par notre manufactui'e des Gobelins.
.\vant d’aller plus loin et d’exposer l’organisation de la manufacture du ix)i Henri IV, il convient de donner quelques explications sur l’origine de ce terme de Gobelins. Ce nom était celui d’une famillt' de teinturiers établie à Paris dès le milieu du xv® siècle. Ij’auteur de la dynastie, Jean Gobelin, vient se fixer dans le faubourg Saint-iMarcel, sur les bords de la petite rivière de Bièvre, vers rannée liiO. 11 laisse en mourant une nomlireuse famille, et ses descendants, cà forci' de ti'avail, de conduite et d’activité, parviennent aux premiers jiostes de l’administration financière. Deux Gobelin furent successivement, à la lin du xvi® siècle, premiers présiilents d(' la Chambre des Comptes. Un autre doit sa notoriété à des motifs ditférents. Il portait le litre de marquis de Brunvillers, et é|iousa la fameus(' ('inpoisonueuse contemporaine de Louis XIV.
Des personnagi's occujiaut de si hautes situations ne pouvaient continuer l’exercice d'une indusli'ie comme celle delà teinturerie, bien
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que lui devant leur fortune. C’est alors qu’ils songèrent à abandonner aux tapissiers llamands la maison où ils vivaient et travaillaient depuis un siècle. La proximité de la Bièvre convenait fort aux nouveaux venus, car un atelier de teinture était l’accessoire indispensable de leur industrie. Voici comment nos tapissiers prirent la succession des teinturiers portant le nom de Cobelin. Ceux-ci laissèrent à leurs successeurs, non seulement leur habitation et leurs
La grille d'entrée de la Maniifactiire.
ateliers, s’étendant sur la rive droite de la Bièvre depuis la rue Croulebarbe jusqu’cà la rue dite encore aujourd’lmi des Gobelins, mais aussi leur nom. Et c’est ainsi ({ue cette dénomination, portée d’abord par une famille de teinturiers, s’appliqua par la suite à l’atelier des tapissiers (jui avaient remplacé les teinturiers, puis, par extension, aux ouvrages de cette manufacture. Le terme de Gobelin est devenu peu à peu synonyme de tapisserie et désigne maintenant, non seulement les ouvrages de notre manufacture nationale, mais les tentures de toutes les époques et de toutes les provenances. Aussi dit-on, dans certains pays étrangers : un Gobelin
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(lu xv'' OU du xvi'^ siècle, sans s’arrêter à la contradiction choquante des termes et des dates. Les conséquences de cette confusion, quelque llalleuses qu’elles soient pour notre grand établissement national, ne laissent pas que d’entraîner un grave danger.
Certaines fabriques étrangères en ont abusé pour donner à leurs ouvrages, dans les concours internationaux, la dénomination de véritables Gobe/ins. On voit les conséquences. Comment faire cesser cette confusion si préjudiciable à nos intérêts? Une seule ressource nous restait ; une marque officielle est maintenant appliquée aux ouvrages de la manufacture des Gobelins et, s’il est difficile de s’opposer à l’emploi d un terme passé dans la langue courante, toute tapisserie sortant de l’atelier national français portera ce signe distinctif, dont l’éminent artiste, M. Luc-Olivier Merson, a donné le dessin : un G traversé par une broche placée en pal et garnie d’un ül dont les détours garnissent la panse de la lettre.
De chaque côté de la porte actuelle de la manufacture, sur l’avenue des Gobelins, une plaque de marbre, résume, en style lapidaire, les principales périodes de l’histoire de l’atelier. Il ne sera pas inutile de reproduire ces inscriptions. A gauche, on lit : Jean et Philibert Gobelin — marchands teinturiers en écarlate — qui ont laissé leur nom — à ce quartier de Paris — et à la manufacture de tapisseries
— avaient ici leur atelier — sur les bords de la Bièvre — à la fin du quinzième siècle.
L’insci'iption de droite sépare nettement les deux périodes de la manufacture de tapisseries. Elle est ainsi rédigée :
Avril U) tu . — Marc de Comans et François de La Planche — lapissiers flamands ■ — ■ installent leurs ateliers sur les bords de la Bièvre.
Septendur lGb7. — • Colbert établit dans les bâtiments des Gobelins
— la manufacture des nteubles de la Couronne — sous la direction de Charles Le Brun.
Ijr s(?conde période, commençant à Coll)ei-t et se prolongeant jus(|u’;i nos jours, cüm])orte quatre divisions dont voici l’énumération :
I..C rî'gm' di‘ Louis XIV et raj)Ogée de la manufacture sous la direction de Gliarh's l.ie Drim, d(‘ l(i(i2 à 1()1)9.