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LA DIRECTION D OUDRY

Rien ne convenait mieux que de pareilles scènes à des tentures de dimensions restreintes.

Les Métamorphoses accusaient peut-être des aspirations plus hautes. La tenture complète comptait huit tableaux : lo changée en vache, le Palais de Circé, Ocyrhoé changée en jument, Gadmus changé en serpent, les poissons de Glaucus, Hippomène et Atalante changés en lion, Actéon en cerf, Jupiter en taureau. 11 nous serait difficile de porter un jugement sur cette série ; on la rencontre rarement. Tl en est de même de la Verdure fine en six panneaux, attiàbuée à O U dry dans la notice biographique que lui a consacrée Gougenot. A moins qu’une Verdure ne porte la signature d’Oudry, on distinguerait avec peine ses modèles dans la masse des tentures auhussonnaises ou flamandes du xviip siècle. Voici toujours les titres attribués à ces paysages; ils pourront aider à les identifier : l’Oiseau royal, le Chien et le faisan, la Charmille, le Butor, le Renard, le Canard. On revient ici au genre coutumier d’Oudry. 11 excelle à placer quelques animaux dans un pavsage plantui'eux, motif qui s’adapte à merveille à la tapisserie.

Si notre artiste s’entendait fort bien à fournir aux tapissiers de Beauvais d’excellents modèles, il sut se montrer en mên)e temps administrateur habile et entendu. Entré dès 172(i à la manufacture, comme il a été dit plus haut, en qualité de directeur des travaux d’art, il ne tarda pas à remplacer complètement l’incapable Mérou à la tète de l’entreprise, et, bientôt après, il s’adjoignait un associé et un collaborateur des plus précieux en la personne de Nicolas Besnier. L’acte constatant cette association porte la date du 23 mars 1734. Nicolas Besniei-, écuyer, conseiller du Roi et ancien échevin de Paris, avait la pratique des affaires commerciales qui manquait peut-être à l’artiste. De plus, rien ne l’empêchait d’établir sa résidence habituelle à Beauvais, tandis que son associé, obligé par ses devoirs académiques et par l’inspection des Gobelins, d’habiter Paris, ne pouvait faire à Beauvais que de courtes et assez rai’es apparitions. Encore trouva-t-il jusqu’à la fin de sa vie le moyen de suivre assidûment les travaux de la manufacture. Il réorganisa l’école de dessin; il y professa lui-même. La tradition veut enfin qu’Oudry ait supprimé les métiers de haute lisse existant aA’ant lui.

LA MANUFACTURE DE BEAUVAIS

La manufacture avait alors une maison de vente à Paris, rue de Richelieu, et un magasin au cœur de l’Allemagne, à Leipsick. La réputation de la maison royale de Beauvais se répandit alors dans le monde entier, et les résultats dépassèrent toutes les espérances. Pendant la durée de sa gestion, Oudry aurait réalisé un bénéfice de près de cent mille livres. Certes, ce succès était bien mérité.

Non content de travailler constamment pour les tapissiers, Oudry fit appel au talent de tous les ai'tistes en réputation, et on lui doit toute une série d’excellents modèles portant les noms des peintres les plus renommés du xviiC sciècle. La vogue des scènes que Charles Coypel avait tirées du roman de Don Quichotte lui inspira l’idée de lutter avec les Gobelins sur leur propre terrain. Le peintre Charles Natoire reçut la mission de représenter quelques épisodes du roman de Cervantes. L’ensemble comprenait dix tableaux ; plusieurs existent encore dans une des galeries du palais de Cornpiègne et se rapportent aux sujets suivants : Don Quichotte déshabillé par les demoiselles de la Duchesse, exposé en 1742; Repas de Sancho dans la forêt ; Le Curé et Cardenio rencontrant Dorothée habillée en berger (à Cornpiègne) ; La fausse princesse de Micromicon implorant l’appui de Don Quichotte pour la rétablir sur le trône ; Le bachelier Samson Carasco sous le nom de Chevalier des Miroirs vaincu par Don Quichotte (à Cornpiègne); Départ de Sancho pour l'ile de Barataria (à Conipiègne) ; Entrée de Sancho dans l’ile de Barataria (à Cornpiègne) ; Repas de Sancho dans l'ile de Barataria (à Compii'gne) ; Don Quichotte à la caverne de Montesinos (à Cornpiègne); Sancho visitant les noiset'iers.

A la suite de quelles vicissitudes les tapisseries exécutées sur ces modèles de Natoire pour le fermier général Durfort vinrent-elles décorer les appartements du palais archiépiscopal d’Aix qui faisait partie, depuis l’Empire, de la dotation de la Légion d’honneur, on l’ignore de façon certaine; mais on a supposé qu’elles furent apportées à Aix par l’archevêque de Boisgelin de Cucé à qui elles appartenaient par héritage de famille. Elles ont gardé toute leur fraîcheur, tout leur éclat, et l’état de leur conservation est parfait. Elles font même regretter que les peintures de Natoire n’aiènt pas été recopiées

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