‹ Les manufactures nationales de tapisseriesChapitre 21 sur 28 · LES FRÈRES FILLEUL ET MÉROU · texte numérisé non relu

LES FRÈRES FILLEUL ET MÉROU

a I épo(jue où les tapissiers des (ioljelins, non pavés, devaient g’agner

leur vie en s’engageant dans les années du Roi ou retourner dans leur pays pour ne pas mourir de l'aini, plusieurs d'entre eux trou-

La combat de Land>krona. tupissorio de Beauvais, d'ajirè^ Mai'lin.

LA MANUFACTURL DE BEAUVAIS

v'erent un asile avec de Foccupalion à Beauvais, et là ils purent attendre des temps meilleurs.

Le roi avait d’ailleurs donné à l’intelligent directeur une marque signalée de sa faveur et de sa satisfaction. 11 vint visiter la manufacture; on voit encore, dans le petit jardinet du directeur, l’inscription suivante, conservant le souvenir de cette mémorable visite ; (( Le Roy Louis XIV s’est reposé sous cet ombrage en 1080. Le sieur Béliagle était alors directeur de la manufacture. »

Plaque commémorative de la visite de Louis XIV en 1686.

Lors(ju’il mourut en 1704, Bébagle laissait la manufacture dans un état des plus prospères. Sa veuve et ses fils lui succédèrent, mais ne restèrent que six ans à la tète de l’atelier. On arrivait aux jours les plus sombres de la lin du gi-and règne. Aussi, les frères Filleul, qui prirent la place des Béhagle en 1711 et la gardèrent jusqu’en 1722, se virent-ils rapidement, peut-être par incapacité, réduits aux dernières extrémités. D’après un historien, ils se seraient vus dans la nécessité, faute de ressources, de mettre en loterie une tenture chinoise.

LA UlRliCTIüN U’OUDRY

Après les frères Filleul, que la protection du Régent fut impuissante à tirer d’embarras, %dent Mérou qui ne montra guère plus d’habileté que ses devanciers. Et pourtant, il avait obtenu des avantages considérables : octroi d’une indemnité de 30 000 livres et avance de 90 000 livres, remboursables en six années ; paiement par le trésor royal de toutes les commandes de dessins et de tableaux ; annuité d’entretien de 3 000 livres. Tous ces subsides ne sauvèrent pas l’entreprise. Mérou se trouva bientôt à bout de ressources ; l’examen de ses livres fit découvrir de graves erreurs ou même des malversations ; l’entrepreneur eut beaucoup de peine à éviter une punition sévère.

On rencontre quelquefois des verdures accompagnées d’oiseaux et d’animaux avec la signature Filleul ou le nom de Mérou. Ces pièces sont en général d’une exécution assez faible.

Après la mort de Lepape, chargé sous Béhagle de diriger l’école dessin, les fonctions de professeur avaient été attribuées au peintre Duplessis, avec appointements de 2 000, puis de 3 000 livres. Cet artiste peignit aussi les modèles de plusieurs tentures : Vile de Cythère en six pièces, des Sujels de Bohémien!^, en cinq pièces, enfin un tableau de Vénm et Vulcani.

ni

De J. -B. Oudry à la fin du XVIII® siècle (1726-1792)

Le directeur des Bâtiments du Roi, c’était à cette épo(|ue le duc d’Antin, eut la main heureuse quand il choisit le successeur de Mérou. Il chargea le peintre Jean-Baptiste Oudry, alors dans tout l’éclat de sa réputation, de relever la manufacture si compromise. On ne pouvait faire un meilleur choix. A un talent reconnu Oudry joignait une prodigieuse activité et une puissance de travail extraordinaire. Il se consacra tout entier à la tâche qu’il avait acceptée et, sous son administration, la manufac ture prit un développement qu’elle n’avait jamais connu auparavant.

Oudry avait remplacé, en 1726, Duplessis, comme pein tre de la

LA MANUFACTURE DE BEAUVAIS

manufacture, aux appointements de 350Ü livres. A partij- di; cette époque, il ne cesse d’enrichir les ateliers de modèles nouveaux, tous excellents pour leur destination. Sa facilité d’exécution lui permet de travailler simultanément pour les ateliers des Golielins et ceux de Beauvais. Nous avons parlé de cette suite des Chasses de Louis A'I ', en neuf pièces, reproduite deux fois aux Golielins et restée un des types les plus caractéristiques de la tapisserie française au xviii® siècle. Les modèles créés pour l’atelier dont Oudry avait j)lus spécialement la responsabilité ne sont pas moins remarquables, et la manufacture de Beauvais dut un de ses plus grands sucés à ces Fables de La Fontaine où l’artiste a déployé tout son talent de peintre animalier. Les fables de La Fontaine, reproduites maintes fois à Beauvais, furent copiées et recopiées dans toutes les manufactures françaises et étrangères, ce qui explique l’existence <le celte quantité d’exemplaires de sujets identiques d’une interprétation si différente.

Pour accompagner les modèles de sièges ainsi décorés, Oudry peignit plusieurs panneaux dans le même ordre d’idées : les deux Chèvres, le Lion et le Sanglier, la Lice et sa Compagne, le Bénard et les Raisins. 11 ne s’en tint pas là: il osa ris(|uer une incursion sur le domaine de Molière et traduire les scènes piincipales de quatre de ses oeuvres les plus célèbres : Le Médecin malgré lui, le Dépit amoureux, YEcole des maris, le Malade imaginaire . Ces modèles n’ont été, croyons-nous, reproduits qu’à un exemplaire uniijue qu’on voyait récemment dans le bel hôtel de M. Rodolphe Kahn. L’artiste qui sait si bien représenter les animaux, montre ici les qualités d’un excellent peintre de figures. Au suj'plus, les Chasses de LoïdsXV et bien d’autres compositions mythologiques ou historiques avaient assez prouvé la souplesse de son talent et son aptitude à se plier aux genres les plus variés. Parmi les compositions qu’il peignit pour les tapissiers, on en signale plusieurs dont les sujets sont moins connus que ceux qu’il avait tirés de Molière et de La Fontaine. Telle est la tenture de la Chasse, en six panneaux ; Chasse au ceid, au loup, au renard, au daim, au sanglier; enlin le limier. Les Amusements champêtres comptent huit pièces : le Cheval-fondu, le Colin-Maillard, la Bergère, le Pied de bœuf, le Joueur d’osselets, le Balanceur, etc.

Page 1