LOUIS XV ET LOUIS XVI
peu après sa nomination, marquis de jMarigny. Obligé de prendre sa
retraite en 1773, le marquis de Marigny eut pour successeur l’abbé
Couronnement d’Esther, d'après Jean-François de Troy.
LA MANUFACTURE DES GOBELINS
Terrav dont radminislralion éphémère dura deux ans à peine. IJ fut l emplacé pai- le eomle d’Angiviller qui resta directeur environ dixsepl ans, de 1774 à 1791. Ce dernier partage avec le marquis de Marignv l’honneur d'avoir exercé une réelle influence sur les tra- \ aux de la manufaclure durant les années ({ui séparent la mort du duc d'Antin de la Révolution.
Au cours du xvnU siècle, la direction adîninislrative des Gol)elins appartint presque exclusivement à des architectes. A Jules-Robert de Cotte, nommé en 17U6, succède, en 1745, Garnier d’isle, autre architecte, remplacé lui-même par Soufllot. Ce dernier s’occupe de la direction de la manufacture pendant vingt-cinq ans, de 1755 à 1780. A sa mort, le peintre Pierre hérite de sa chai'ge et la garde juscju'en 1789. I^armi les directeurs artistiques sjtécialement chargés fie la surveillance des ateliers^ ligurent les peintres Oudry, de 1733 à 17$5, Fi’ançois Roucher, de 1733 à 1771, enfin Noël Halte, de 1771 à 1775.
Parmi les modèles exécutés au début de cette période, nous rencontrons d’abord une série dont la commande paraît encore appartenir à l’initiative du duc d’Antin. Si les premières pièces de V Histoire d'Esther par Jean-François de Ti'oy furent mises sur le métier en 1739, la commande des tableaux remonte certainement à qiiel- (jues années avant celte date. Fi'ançois de ïroy exposait la Toilette d'Esther en 1737 et V Eoanouissement en 1738. Ces deux compositions, nolons-le en passant, sont peut-êti’e les meilleures de la suite. Les autres tableaux suivent d’année en année; les derniers sont envoyés de Rome où l’artiste dirigeait l’Académie de France. Farmi ceux-ci, le Tr'iomphe de Mardoché mérite une mention particuliîu'e, et se place au premier rang. Quand on songe à la facilité et cà la verve inépuis[d)le (jue les maîtres de ce temps-là déploient dans la conduili' de ces vastes compositions d’un si brillant aspect, on ne peui (lu'èire frappé du contraste (|u’elles offrent avec les mod(d(‘s exécutés de nos jours pour la tapisserie.
Rappelons-nous (|ue (|uatre ou cimj années suffirent à de Troy pour achever ces compositions d’Esther d'un effet si riche et de si \ asl(‘s proportions, (9 nous admirei'ons une ])areille habileté et cette belle ardeur au travail. Commencée en 1737, la tenture est entière-
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meut terminée en 1742. Les derniers talileaux furent peints à Rome où notre artiste savait mener de front îa peinture de ses modèles
et la direction de l'Académie de France mise par lui sur un pied tr'es brillant.
Cette suite d’Estlier fait également honneur au peintre et aux tapissiers. Aussi fut-elle recommencée jus(|u’à treize fois ; on entreprit même une quatorzième tenture qu'on ne termina pas; en tout,
La mort de Civuse, d'après Jean-Frani;ois de Troy.
L\ MANUFACTURE DES GOBELINS
(jualre-viiiiit-quinze tapisseries. Les pièces signées Aiulran ont une incontestable supériorité sur celles qui portent le nom de Monmer- (|ué ou de Cozette, supéi'iorité bien constatée lors de l’exposition rétrospective des Gobelins de 11)02. La tenture complète se compose de sept sujets ; Evanouissement d’Estlier, Toilette de la Reine, Repas d’Esthev, Refus de Mardeché de se prosterner devant Aman, Triomphe de Mardoché, Aman implorant sa grâce, ■Couronnement d'Esther.
La nouveauté de ces scènes contribua sans doute à leur succès ; mais le talent de l’artiste y eut la meilleure part. Aussi, le directeur des Bâtiments du Roi s’empressa- t-il de commander à de Troy une autre suite de sept panneaux.
Cette fois, ce fut la mythologie <jui dut inspirer l’artiste. Les sujets furent empruntés au livre septième des métamorphoses d’Ovide contenant le récit des aventures de Jason et de Médée. De Troy avait terminé dès 1748 et exposait au Salon de rAcadémie toute la série de ses tableaux. 11 avait choisi les épisodes suivants : Médée remet à Jason F herbe enchantée ; Jason domptant les taureaux; Combat des guerriers nés des dents du serpent ; Jason s'empare de la Toison d'or; Jason épouse Créuse; Médée se venge par l'envoi d’ une robe empoison/iée ci Créuse ; Médée poignarde les deux fils qu elle avait eus de Jason. Commencées sans retard, les tapisseries étaient sur le métitu' en 1750. Mais cette suite jiaraît avoir eu moins de succi's (jiie celle d’Esther. Ces combats, ces massacres, la mort de Créuse et de son frère olfraient des spectacles peu agréables, pres- ([ue répugnants ])our la délicatesse des petites maîtresses de la belle société. Le peintre avait vieilli et l’bistoire de Jason n’a plus la vej-ve et les délicatesses de l’œuvre précédente. On remarque parfois de la confusion et dt‘ l’obscurité dans la distribution des scènes. Et ()üurtanl, la Itniture entii-r(' fut encoi'e reproduite onze fois.
Les (dnd's de notre écoh' étaient alors appelés tour à tour à travaillei- jH)ni' les Goludins. C’était leur ambition et leur gloire. Mais de tous les artistes favoris de la numjuise de Pompadoui', François Bomdier occupe b‘ [)remier l'ang. Ne fut-il j>as le peintre préféré, non jias seulement d(' la favoi ite, mais de toute la Cour l Aussi, sont-ils nombreu.x les niodides dont il /'eçoil la commande pour les