‹ Les manufactures nationalesChapitre 46 sur 61 · CO · texte numérisé non relu

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Ex 1814, l'Empire s'effondra sous lc coup des revers que I'on suit, et Louis XV11I reraonta sur le trone dc ses a'ieux. Aucun fait important pour la Manufacture de Sevres ne marque la premiere Rcstauration. Le roi visita l'etablissement. le 10 aout. et accorda, a cette occasion, aux ouvriers une gratification d'un quart de li-ur salaire mensuel. Brongniart avait cru devoir donner sa demission; le 7 novembre seulement, Louis XVIII le confirma dans ses fonctions d'administrateur de la Manufacture royale de porcelaine. La lettre deremerciements de 1'eminent savant est tres digne. Elle contraste singuMerement par la noblesse de ses termes, par la fierte des sentiments exprimGs, avec les documents du raeme genre, si plats et si scrviles, qui abondent a cette epoque. Brongniart ne renie rien de son passe, de ses convictions personnelles en politique, de ses relations avec l'Empire, et se contente d'assurer le roi de son devouement aux interests de la Manufacture.

Pendant les Cent-Jours, l'liistoire de Sevres est a peu pres insignifiante. Brongniart reste a son poste. Napol6on a des preoccupations beaucoup

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trop graves et trop urgentes, pour s'occuper dc la Manufacture. Mais l'invasion de 1815 donne lion, a Sevres, a des avcntures du plus haut interet. II existe aux Archives nalionales tin documenl inedit et precieux, oil Brongniart nous informe lui-meme, avec une rare precision, des evenements qui s'accoraplirent durant les tristes jours, oil Sevres fut occupG par les allies. Ce document est le rapport officiel adresse a l'lntendant de la Maison du Hoi. Nous nous bornons a le transcrire.

EXPOSE DE CE Oil s'EST PASSE ENTRE l'aDMINISTRATEUR DE I \ MANUFACTURE ROTALE DE SEVRES ET I.ES AUTOR1TES PRUSSIENNES, DEPU1S LE 2 JL'IUET 18l.*i JUSQU'AU lH INCLUSIVEMEHT.

« Le 2 juillet, le village de Sevres a etc pris de vive force paries troupes prussiennes dans la soiree du 2; et, dans les trois jours suivants. toutes les maisons de Sevres ont etc pillecs et devastees.

« La Manufacture a recu le 2 une sauvegarde prussienne et la protection de MM. les officiers prussiens I'a garantie de tout dommage.

« Le 5, M. Forster est venu en qualite de commissaire prendre I'administration de la Manufacture au nom du roi de Prusse. Sur 1 1,000 francs qui se trouvaient en caisse, il en a fail enlever 10,000 qu'il a verses dans la caisse militaire du ie corps.

« Les instructions de M. Forster efcelles de M. Kuspch, son successeur, instructions dont cos messieurs m'ont donne copie, portent qu'ils doivent garantir la Manufacture de tout dommage, et verser les produits de la vente dans la caisse militaire, mais apres en avoir distrait les sommes necessaires au paiement des ouvriers. La vente rendant tres peu d'ai ■ et par consequent ne paraissant pas susceptible de remplir les intern de l'intendance gen6rale de 1'armee, il a ete ordonne de faire un inventaire et ensuite de faire emballer toutes les porcelaines pour les transporter a Paris et les vendre au rabais au profit de 1'armee prussienne. Cel ordre, donne le 14, a ete revoque le IS au matin, mais l'inventaire a etc fait et remis a M. le commissaire Kuspch le 16.

« (let inventaire, avec les porcelaines relatives al'histoire de Bonaparte, monte a 633,000 francs.

« Aujourd'hui 19, l'ordre d'emballerles porcelaines relatives a l'histoire de Bonaparte pour les envoyer a Berlin s'ex6cute.

« Le commissaire prussien a recu, en outre, l'ordre de reduire tons les prix a moitie, mais, sur les observations quej'ai failes a M. Ribbentropp, eel ordre a etc modifie et applique seulement aux jiorcelaines qui

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seraient livrees a MM. les offieiers prussiens, d'apres l'autorisation de M. l'intendant general.

« M. Ribbentropp, intendant general de l'armee, ra'a explique bien formellement aujourd'hui ses intentions qui sont aussi celles du prince Blucher.

« Les troupes ayant besoin d'argent, la Manufacture du roi ayant ete protegee par elles, il demande : 1° que la Manufacture contribue pour une somme determinee; 2° que les offieiers puissent acheter facilement les porcelaines qu'ils desirent avoir.

« La seconde demande, qui est assez aaturelle, est remplie par lamesure mentionnce plus haut. Mais, pour obtenir lc premier resultat, monsieur l'intendant general menace de vendre au profit de l'armee, a quelque prix que ce soit, toutes les porcelaines confer I ionnecs etil assure que plusieurs speculateurs s'offrent deja pour les acquerir. II se desistera de ce moyen, si le tresor royal vent racheter Iui-ineme les porcelaines et demande a traiter, mais le plus promptement possible, avec M. le comte de Pradel. C'esl dans eette attente qu'il a encore suspendu aujourd'hui 1 'execution dc la vente de tous les magasins.

(i .le compteterai cet expose des faits parle bordereau suivant des valeurs livrees jusqu'a ec momenl an liouvrrnemenl prussien :

l°En'argenl 10,000 francs.

2° En porcelaines livrees b des offieiers el raises . part, suivant un etat quejc fournirai en son

temps 24,000 —

3° En porcelaine relative a I'histoire de Bonaparte 53,000 —

Total des valeurs livrees jusqu'a ce moment 87,000 francs.

« Si on est reduil a la dure et inconcevable necessite de racheter les porcelaines du roi, et de faire un sacrifice d'argent pour empecher la mine d'une Manufacture qui a fait quelque honneur, j'ai propose, dans ma note dclaillec du IS, les bases suivanles pour ce rachat :

« 1° Donner de toutes les porcelaines faites, enycomprenant tout cequi a etc et est a livrer en nature, 150,000 francs ; il ne resterait que 60,000 francs a donner en argent.

« 2° Faire comprendre celte somme dans les contributions de guerre,

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s*il est possible; on Fempruntera a. des capitalistes en leur assurant un fort benefice et leur remboursement sur le produit ties rentes.

(i Mais ne pourrait-on pas obtenir, en s'adressant dircctement au roi dc Prusse, par l'entremise de M. de Goltz ou de M. de Hardenberg que S. M. donnat des ordres prompts et forraels, pour qu'on eessat de faire au roi de France la proposition inconvenante de rachcter de son allie ses propres porcelaines. Le roi, de son cote, pour reconnaitre les soins qui' les autorites prussiennes ont pris de sa Manufacture pourrait offrir taul au roi de Prusse qu'a MM. les officiers et employes de l'armee un present en porcelaine, de la valeur de 150,000 francs ou meme plus, au\ prix de l'etiquette. Ces porcelaines scraient delivrees sur les bons de monsieur Fintendant general de l'armee.

« Les 8G,000 francs de porcelaines deja livrees feraient partie de ce present.

« Sdvrcs, le 1ft juillct, ft hemes du soir, ISI5.

o L'Administrateur

« Alex. Brongniart. »

Ce document, si important au point de vue des informations concernanl ces cvenements douloureux, est complete par une serie de letlres, figuranl egalement dans les cartons des Archives nationales, etqui meritent d'etre publiees integralement, parce qu'elles puisent dans des evenements plus recenls, mais analogues, un redoublement d'inler£t.

Le 5 juillet 1815, l'intendant general de l'armee royale de Prusse, M. Ribbentrop. adresse au lieutenant du roi de Prusse, commissaire expeditionnaire, M. Forster, la lettre suivante :

« Je vous charge par la presente de vous rendre le plus tot possible a la faluique de porcelaines de Sevres et de la proteger le plus qu'il vous sera possible contre tout pillage et toute violence ; la vente de la porcelaine existanle peut etre continuee pour argent comptant ; mais au meme prix et de la memo maniere que cela s'est pratique jusqu'ici. Le produit qui en proviendra, ainsi que ce qui se trouve actuellement en caisse peut etre verse dans la caisse de guerre du 4e Corps et vous aurez a en prevenir monsieur le commissaire ordonnateur en chef, de Kege, de lemps en temps, pour qu'il envoye chercher le montant.

M. de Kege a etc en meme temps mis au fait par moi de cet arrangement, et prie d'avoir soin que Son Fa. le general comte de P.ullow

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vous fasse appuyer par le mililaire, comme aussi qu'il vous fasse remplacer le plus tot possible par un fonctionnaire du 4° Corps d'armee. Aussitot que voire successeur sera arrive, vous vous rendrez sans delai pres de inoi au quarlier general.

« Saint-Cloud, J juillet IS 13.

« Inli.Mii l.m i general de I'armee royale de Priisse, « RlBBENTROP. »

Cette lettre, sous les aj>parenccs de protection qu'elle affichait, n'etait rien moins qu'un ordre de sequeslrer la Manufacture au profit du roi de Prusse. C'etait un pillage officiel et reglcmenle. puisque, non seulement l'argent en caisse elait saisi, mais toutes les marchandises devaient etre vendues et le produit de ces ventes, attribu6 a la caisse do guerre de l'arm6e prussienne. Lerecilde Brongniarl nous raontre quelles suites cette hypocrisie devait avoir. Louis Will, lui-meme, trouva que sesamis, les allies, usaient de procedes un peu trop violenls. Sur son ordre, le comte de Pradel, directeur general de la Maison du roi, adressa, a ce propos, des remontrances aux autorites allemandes. En leurnom, Ribbentrop repondit par le billet suivant qui se distingue par une franchise brutale :

Paris, 16 juillet IS 13.

« Monsieur le Comte,

« Malgre le dr-sir que j'ai de satisfaire a la deraande que vous m'avez faite par voire lellre sans date, de faire restituer a la caisse de la Manufacture royale de Sevres les 10,000 francs qui y ont etc preleves par M. Forster, je ne puis pas y obleraperer, atlendu que la somme en question a ele versec dans la caisse de guerre, portee en recelte sur les regislres de la dite caisse et ne peut plus en etre reliree.

« Agreez, etc.

.. Le Consciller d'Etal, Intcndant general des armees prussiennes, « RlBBENTROP.

« A M. le comte de Pradel, directeur de la Maison du roi, a Paris. »

En presence de cette reponse aussi breve que seche, M. de Pradel resolut de s'adresser a Bliicher ; il lui ecrivil au nom du roi :

i«S SEVHKS

.. P<i is, le 18 julllct 1815.

« A Son Excellence M. le prince Blilcher, gine"ral en chef de Varmee prussienne.

« Prince,

« L'administralion de la Manufacture royale de Sevres, m'ayant rendu compte des raesur'es adopters par monsieur I'lntendant general de l'armee prussienne a I'egard des porcelaines du roi, j'ai adressG a M. Ribbentrop une lettre, dontj'ai 1'honneur d'envoyer copie a votre Excellence ; j'attendois la reponse de monsieur I'lntendant pour en rendre compte a Sa Majest6, lorsqu'il m'a fait savoir que votre Excellence avoit donne l'ordre d'emballer et de transporter a Rerlin tous les objets dont Irs dessins sont relalil's a l'histoire de Napoleon Bonaparte, el qu'elle attendoit en outre que le reste des porcelaines fut rachete par le Tr6sor de la Couronne. J'aurai 1'honneur, Prince, de vous faire observer que la Manufacture de Sevres etant une propriety personnelle du roi, comprise dans le domaine de la couronne, n'esl point a la charge de l'Etat; Voire Excellence sait, d'ailleurs, que 22,000 francs out ete deja verses par la Manufacture royale dans la caisse de l'armee prussienne, ce qui, joint a S3, 000 francs de porcelaines relatives a Bonaparte, et dont cet etablissement va faire l'abandon, s'eleve a un total de 75.000 francs, preleve" en entier sur la lisle civile de Sa Majesty. La connaissance de ces fails fera sans doute renoncer Votre Excellence a toute idee de radial, qui ltd paraitra contraire aux relations de paix el d'alliance qui subsislenl entre nos deux souverains. Je la prie, dans tous les cas, de vouloir bien m'adresser directement une communication sur cet objet, afin que je puisse connaltre dans quid principe el d'apres quelle base Votre Excellence a l'intention d'agir vis-a-vis des proprietors personnelles du Roi, qui toutes sont comprises dans les attributions duMinistere, donl l'adininistration m'est en ce moment confiee.

<• Je prie Voire Excellence d'agreer l'hommage de la haute consideration, avec laquelle j'ai 1'honneur d'etre, Prince, voire, etc., etc.

■ Le directeur general du Ministere de la liaison du roi. « Comte de Pradel. »

Bliicber ne daigna pas repondre au represenlant de Louis XVIII.

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