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PLANCH E LX

SfiVRES. — ATELIER DES SGULPTEURS

SEVRES .

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Ribbentrop fut charge de ce soin, eUil le fit avec plus de brutalite que jamais. Sa lettre, au surplus, peut se passer de commentaires.

« Pan's, 2/ juillet 18iS.

« Monsieur le Comte.

« En reponse a la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'ecrire en date d'hier, j'ai celui d'observer que les dispositions que j'ai prises a l'egard de la Manufacture de Sevres ne tiennent qu'a la stricte execution des ordres superieurs que j'ai rectus & cet egard.

« Cet ctablissement, avec toutes les porcelaines manufacturers qu'il renferme, est tombe en noire pouvoir au moment oil Ton se battait encore et, par consequent, doit etre considere comme propriete de Tennemi, d'aulant plus que beaucoup dc porcelaines qui s'y trouvoient etoient failes par ordre de Bonaparte, avoient trait a son histoire et donnoient a cet ctablissement absolument le caractere d'une propriete ennemie.

« Neanmoins mes dispositions ont conserve la Manufacture. II est done de toute justice d'indemniser la caisse de guerre pour la restitution de cette propriete conquise par la force des armes.

« Cette indemnile estd'autant plus necessaire a notre armee — , qui est entree en campagnc sans la moindre ressource, — qu'il est urgent de procurer aux soldats de nouveaux souliers pour remplacer ceux qu'ils ont uses dans leur marche precipitee sur Paris, et dont ils ont besoin pour combattre encore les ennemis de S. M. le Roi, votre auguste souverain.

« Au reste, Monsieur le Comic, je ne tiendrois nullcment a vouloir mettre a profit un objet de cette nature, si le refus absolu de Monsieur le Prefet de la Seine de faire la moindre chose pour nos troupes ne me meltoit dans la necessite de recourir a toute ressource qui se presente a moi pour parvenir au but, et je vous observe finalement, que moyennant le pavement d'une somme de 100,000 francs, je m'empresserai de remettre de suite l'administration de l'etablissement de Sevres entre vos mains.

« Agrcez, Monsieur le Comte, l'assurance de ma tres haute consideration.

« Le conseiller d'Etat, Intendant general des arraees prussiennes.

« Ribbentrop.

« A Monsieur le Comte de Pradel. »

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Apres l'echange de ces lettres, le pillage officiel de la Manufacture de Sevres continua de plus belle ; le due de Brunswick lui-meme fit rcclamer a la Manufacture les porcelaines, qui avaient et6 offertes en cadeau, en 1807, par la Manufacture de Furstenberg, comme echantillons de sa fabrication, et il en eraporta pour environ J ,761 francs. II accepta dc ceder ce qui restait de cette serie, contre un lot de pieces de Sevres, evaluees 1 185 francs, sans ajouter, toutefois, qu'il avait besoin de ces porcelaines, pour se payer desbottcs. Toutes les reclamations duroi Louis Will resterent au surplus inutiles; les Allemands ne rendirent rien de ce qu'ils s'eHaient approprie.

La premiere mesure administrative prise, apres le depart des allies, par le directeur de la Maison du roi, fut le retablissement de la chapellc de la Manufacture. Apres une longue serie d'intrigues qui mirent en rumeur tous les dignitaires de la nouvelle Cour, l'abbe Esnault, de la paroisse Saint-Louis de Versailles, fut pourvu de cette sinecure enviee. Le roi ordonna, apres cela, qu'on recommengat de faire, en Janvier de chaque annee, une exposition speciale des porcelaines de la Manufacture royale, dans sa residence ordinaire, les Tuileries, comme cela s'ctait pratique a Versailles, au temps de sa jeunesse.

Le pillage de la caisse et des magasins de Sevres avait mis cet etablissement dans une situation financiere tres critique. Comme le tresor royal etait a sec et qu'on avait d'autres exigences plus imperieuses a satisfaire, l'Administrateur, pour se procurer de l'argent, dut faire un marche avec trois negotiants, MM. Jamard, Islande et P6res, pour la cession, contre une somme de 50,000 francs, de porcelaines tendres, tant en blanc qu'en couleur, qu'on avait pu dissimuler. C'etaittout ce qu'avail epargne la rapacite allemande. II fallait, apres cela, cr6er un slock nouveau pour la vente au public et pour les besoins des residences royales. Grace a ce petit capital, les travaux furent repris et pousses avec" activite par Brongniart.

Dans l'histoire des Gobelins, nous avons montre avec quelle impatience et quelle rigueur l'Administration nouvelle avait fait interrompre la fabrication de toutes les pieces, dont les sujets rappelaient le regime dechu ; non seulement les armoiries royales furent partout substitutes aux emblemes imperiaux, mais M. de Blacas et, apres lui, M. le comte de Pradel, firent livrer au feu toutes les pi6ces de tapisserie ;'i sujets relatifs a l'histoire de Napoleon et firent enlevcr des metiers en les

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mutilant, toutes les tentures, commencees sous le regne de Monsieur de Buonaparte. Brongniart, qui avail plus que tous ces hautsfonctionnaires, le souci de sa dignitc et le respect de l'art, non seulement ne laissa rien detruire a Sevres de ce qui rappelait l'Empire, mais oblint, par sa courageusc intervention, que la Manufacture continuat la fabrication des grandes pieces historiques, commencees sous Napoleon, et chargees de consacrer les evenemenls importants de son regne. On peut citer entre autres pieces qui furcnt achevees sous la Restauration, un vase etrusque, de premiere grandeur, decore d'un cartel peint en miniature par Georget, representant le Bivouac de I'Empereur a Wagram, et un autre grand vase etrusque a rouleau, dont la frise coloriee, dessinee par Pcrcier, representait 1'Empereur et l'lmperatrice traversant, le jour de leur mariage, la grande galerie du Musee Napoleon. Brongniart avait fait valoir, avec beaucoup d'habilele, que ce vase offrait un interet exceptionnel, au point de vue de l'histoire technique de la ceramique. « La peinture de ce vase, disait-il, est l'entreprise la plus considerable qu'on ait jamais faite en porcelaine, par la difficulty de la composition, le nombre prodigieux des personnages et la richesse des costumes. » La table, dite des palais imperiaux, etait, a la date du 1" Avril 1818, prete a cuire en ebauche ; Brongniart insista energiquement pour qu'il lui fut permis de la continuer, en demandant simplement s'il convenait d'y maintenir le palais de Stupini et le Quirinal. La fabrication du dejeuner des grands peintres, decore de tableaux du Musee Napoleon, correspondant aux portraits des artistes, auxquels on dcvaitles oeuvres ainsi representees, Raphael, Titien, Rembrandt, Van Dyck, Rubens, etc. , ne pouvait faire nailre aucune difficulty d'ordre politique. Mm° Jacquotot, fut meme invitee a en hater la peinture.

Le caractere de la production arlistiquc de Sevres, pendant cette premiere periode de la Restauration et durant tout le regne de Louis XVIII, ne presente point de notables differences, avec la periode imperiale. Les artistes qui fournissent les modeles, ceuxqui lesexecutent sont les niemes a peu pres, et Ton a conserve l'administrateur qui inspire et dirige les travaux. Les emblemes, attributs et sujets relatifs a la Royaute furent simplement substitues a ceux qui avaient pour but la glorification de l'Empire. On continua meme, en 1818, a travailler « dans l'Antique » et dans « l'Egyptien », si fort a la mode au commencement du siecle; etsur l'etat de fabrication de cette annee nous voyons, comme par le passe,

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figurer des obelisques, des pyramides, des sphinx, dcs tombeaux etruscpies, des trepieds grecs, etc... Bienmieux, les registres de la Manufacture font mention, en 1820, de la remise sur les tours, du service iconographique, du service des vues de villes, des services a fruits, simplement modifies comme fond de couleurs et, en 1823, on execute des vases de forme etrusque, et d'autres de meme dcssin que ceux fabriques sous l'Empire. Quant aux decorations picturales, elles s'inspirent le plus souvent de I'antiquite classique, de Rome ou de la Grece ; el si les artistes font des incursions dans le domaine de la fantaisie ou dans celui du naturalisme, c'est en suivant, pas a pas, les traces de leurs devanciers; on le verra, quand nous procederons a 1'enumeration des principales pieces executees a cette epoque.

Nous avons montre quelle influence desastreuse avaient exercee, sur la production artistique do la manufacture des Gobelins, les theories des peintres precurseurs de David et de ses contemporains, relatives a la traduction des ceuvres d'art en tapisseries, theories sanctionnees par 1'Empereur lui-m6me . puisque Napoleon ordonna de faire decorer de « tableaux des Gobelins encadres » toute la galerie de Diane, aux Tuileries. Sous l'Empire, la Manufacture de Sevres echappa, dans une certaine mesure, a l'invasion de ces theories funestes. La copie des tableaux ne pouvait guere d'ailleurs s'adapter aux formes de la ceramique decorative ou usuelle. C'est tout exceptionnellement qu'on voit apparaitre sur quelques pieces speciales, envoyees en cadeaux d'ainitic, des portraits de 1'Einpereur, de l'lmperatrice et des membres de la faniille imperiale. Les grandes pieces telles que la table des Marechaux doivent etre ecarlees a cause de leur caractere monumental et decoratif; mais, apartirde 1814, il n'en est plus ainsi. La copie est, a S6vres, erigee a la hauteur d'un dogme. Elle s'exerce dans tous les genres, dans toutes les dimensions. Peu a peu elle accapare la production. On ne se contente point de peindre sur les vases, sur les assiettes, dans les coupes, les portraits du roi, de Monsieur, des princes et princesses de la famille royale ; on execute de veritables tableaux et qui pis est, des copies de tableaux celebres, ou la toile et le bois sont remplaces par le kaolin.

Des 1816, Brongniart fait fabriquer sur une plaque de porcelaine le portrait en buste de Louis XVIII, d'apres le tableau de Gerard; et comme le plaisant se mele souvent aux choses qu'on croit serieuses, un incident comique marque le debut de cette innovation nefaste. L'administra-

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teur de Sevres avait trouve que sur la peinture originate, l'habit du roi etail Irop simple ; il demanda au chef de la garde-robe royale de lui preler un habit de grand gala pour le faire copier. Le roiinforme de cette requete s'en amusa beaucoup et fit repondre qu'il se Irouvait fori bien avec son habit bleu et ses epaulettes, et qu'il desirait etre represents dans ce costume qu'il jugeait suffisant comme eclat.

En 1818, on reproduisit en porcelaine le tableau de Gros: Charles-Quint et Francois I" a Saint-Denis. En 1820. Robert executaune copie du tableau de Karel du Jardin, du Musee du Louvre, la Charette au cheval blanc. A cette meme dale, Constantin, peintre sur porcelaine. Ires renomme, recul la commande, pour etre executees a Sevres en 1820, 1821 et 1822, des reproductions de la Fornarina, de Saint Jean dans: le desert de Raphael, de la Vierge, Fen/ant Jbsuset saint .lean du Titien, de la Poesie de Carlo Dolci et de douze portraits de peintres illuslres, d'apres les portraits de la grande galerie des Offices. En 1822, Mm0 Jacquotot termine la Psyche de Gerard et M. Gcorgel, la Fenune hydro/titjue de Gerard Dow, cedee plus lard pour la somme de 30,000 francs. Ces copies demeurerent, du reste, en honneur jusqu'a la fin de la Restauration, car al'exposition de 1830, la plus imporlanle de toutes les expositions annuelles des Manufactures royales, figuraienl des copies de YAlala de Girodet par Mme Jacquotot, du paysage du Poussin, dil Le Diogene, par Langlace, de la Sainte The'rese de Gerard par M'"u Ducluzeau, du Prince de Carignan montant d Vassaut du Trocade'ro, de Paul Delarochc, par Constantin.

Si les artistes de Sevres se fussenl contentes, pour donner une idee de leur talent de copisles, d'execuler quclques tableaux en porcelaine, cette innovation eut pu conslilucr une branche speciale de la fabrication et le mal n'eutpas ete irremediable; mais en generalisanlce He pratique, en peignant de veritables copies de tableaux sur la panse des vases, sur le fond des coupes, des plats et des assieltes, ils s'engagerent insensiblement dans une voie , qui devait fatalement les conduire a la decadence de la Manufacture. Sous les regimes precedents, l'exageration meme du symbolisme, qu'il fut galant ou politique, etait loin de nuire au caractere decoratif des pieces executees. Des sculpteurs et des peintres, tres habiles, s'ingeniaient a associer les allributs et les sujets qui leur elaient imposes, et reussissaienlsouvenl a interpreter, assez heureusement, les conceptions ideales, qui semblaient offrir le moins de ressources. Sous la Restauration, on peut a peine constater la preoccupation meme

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illogique ct illusoire d'etablir quelque harraonie entre la decoration picturale ct la forme de l'objet decore. II semblc qu'on soit satisfait quand Fartiste a place siraplement sur la panse d'un vase une reproduction en miniature de l'ceuvre a copier. L'art de la decoration perd ainsi toute ingeniosite. Aussi, dans les rares occasions oil une creation nouvelle s'irnpose et devient obligatoire, fait-on preuve d'une pauvrete vraiment desolante d'invention. Lors de Favenement an trone de Charles X, la Manufacture fut chargee d'executer un vase commemoratif. L'occasion etait assurement des plus solennelles, et le personnel dut faire de grands efforts d'imagination pour celebrer un eveneincnl de cette importance. Ces efforts se traduisirent par un vase en forme de coupe, qui portait d'un cote un tableau symbolisant Favenement el sur l'autre les profils, accoles a la maniere des medailles, de Louis XVIII et de Charles X. C'etait assez maigre. 11 est vrai que Brongniart eerivait, a ce propos, a M. de La Rochefoucauld, intendant de la Maison du roi : « Le sujet represente le moment ou Charles X recoit dans le chateau de Saint-Cloud les hommages des premiers corps de l'Etat, et cxprime, dans ses reponses, son intention de suivre, dans son gouvcrnement, les memes principes que le feu roi, son auguste frerc. Comme les paroles ne peuvent se reproduire en peinture, j'ai du supposer qu'un buste de Louis XVIII etait dans la salle ct que le roi Charles X exprimait ses intentions en le montrant. »Lc reste du temps, a I'exemple dece qui se passait aux Gobelins. on tiaitait a Sevres des sujels historiques, empruntes a la vie du chevalier Bayard, a celle de Duguesclin. On copiait des motifs gothiques ou des sujets religicux; ct le fondatcur de la dynastic, Henri IV, se multipliait sous les formes les plus variees, dans la decoration des vases, des a^sicttes et des coupes.

Ces pseudo-ceuvres d'art alternaient, dans la fabrication, avec les objcls de curiosite ou de fantaisie mobilierc. En 1822, Percier etait charge de donnerles dessinsd'une chemineeenporcelaine, ornee de sujels rappelant l'lliver, avec les signes duzodiaquc, relatifsa cette saison ; et, plus modeste en ses pretentions, que les artistes de nos jours, il recevait 400 francs pour ce travail. Plus lard le roi commande une bibliotheque enporcclaine, pour mettre des livres d'Eglise; sur les quatre panneaux de face, en style gothique, on repicsenla. d'apres les dessins de Fragonard, les personnages illustres de la ehreticnte. En 182(3, la Manufacture terminait un bureausecretaire, compose de 18 plaques de porcelaine, peintes pour les fruits

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