PLANCHE LXXIV
Bkauvais. — FAUTEUIL EN TAPISSERIE Style Empire.
toutes les transformations de regime et tous les changements d'administration. Enfin, sous sa direction, la Manufacture recut plusieurs visites princieres. En 1824, la duchesse d'Angou!6me s'y rendit solennellement et y fit etablir une aumonerie. Au mois d'avril 1825, elle y vint une seconde fois pour inaugurer les bustes de Charles X et du dauphin. En 1827, au mois de septembre, le due d'Angouleme et Charles X visiterent Beauvais en grande pompe.
Les principaux artistes qui ont travaille pour la Manufacture, pendant cette periode, sont : Saint-Ange de Lahamayde, architecte et peintre ; Eliaerts, peintre d'ornements et de fleurs; Adam, Chenavard (aine), Dubois, Laurent, De Yertu fils, Echard, qui a fait tous les caiques, de l'an VIII a 1838, et Redoute, le celebre peintre de fleurs. La Manufacture de Beauvais, sous la Restauralion, clait revenue a son ancienne fabrication telle que l'avaient cre<5e Oudry et ses successeurs.
Au mois de ddcembre 1828, Guillaumot, dont la sante avait ete" gravement alteree par un travail acharne, donna sa demission. En temoignage de haute estime, radminislralion lui fit accorder le titre de « Directeur honoraire de la Manufacture royale de Beauvais ». Le 1" Janvier, le marquis d'Ourches utail appele a le remplacer.
La direction du marquis d'Ourches, nomme a la faveur, et qu'aucune competence speciale, ne recommandait pour ces fonctions delicates et difficiles, fut une periode nefaste pour la Manufacture. Son administration se distingua par une fantaisie singuliere et par des actes qui ne font point honneur a sa memoire. Fort heureusement, il ne resta pas longtemps en place. Des le 14 novembre 1829, le comte de La Rochefoucault, intendant general de la Maison du roi, dont dependaient les Manufactures royales, adressait une lettre, tres vive, a M. d'Ourches, dans laquelle il le blamait de la lenteur de la fabrication, et l'invitait a donner plus d'activite aux ateliers. Cette lettre abonde en renseignements curieux sur la situation de la Manufacture. Nous y relevons qu'a cette date les magasins contenaient, en sieges, pour 62,000 francs de pieces « que leurs formes, leurs dessins surannes mettaient hors d'etat d'etre utilises pour le service du roi ». Les metiers etaient si souvent demontes pour executer des commandos capricieuses, destinees a des cadeaux, expositions, etc., que les pieces importantes ne pouvaient etre executees (un meuble commande en 1815 pour la salle du Conseil aux Tuileries ne put etre livre qu'en 1833). En consequence, M. de La Rochefoucault
reclamait des reformes, devenucs urgentes, afin d'assigner aux produits de la Manufacture une destination precise, et de faciliter la vente au public.
Au lieu de se conformer a ces sages instructions, l'administrateur, toujours fantaisiste, organisa une troupe de comedie, demenagea un atelier pour y installer un theatre, et donna regulierement a ses amis des representations dramatiques. II avait si peu de loisirs entre deux comedies, pour preparer les travaux des ateliers, qu'il en etait reduit a louer des modeles a la maison Alphonse Giroux et Cic, rue du Coq-Saint-Honore, moyennant 25 francs la piece. L'inlendant de la Maison du roi s'emut de cette maniere d'administrcr une Manufacture royale, et ordonna au prefet de l'Oise de faire une enquete minutieuse sur le theatre des tapissiers de Beauvais. Cette enquete revela ce fait que le marquis d'Ourches ne se contentait point de desorganiser les ateliers, mais qu'il mettait encore au pillage les magasins de la Manufacture. Le 3 septembre 1829, il avait arrache a M. de La Ferte, intendant de la Maison du roi, 1'autorisation de mettre en vente a Paris, au profit d'une pretendue caisse des Veterans, les modeles qu'il disait etre sans emploi, de 93 tentures, 17 paravents, 14 cantonnieres, 64 plates-bandes, qui formaient 13 ballots du poids de 2,224 livres. II y avait la dedans des tableaux de Boucher, de Vien, de Lagrenee, de Le Prince, de Dumont, de Le Barbier, de Lavallee-Poussin, de Deshayes, d'Huet, de Monsiaux, etc., qui furent vendus a vil prix. En 1831, au recolement qui fut fait dans les magasins, on constata que la moitie de ce qui n'avait pas ete vendu s'etait pourri ou avait ete mange aux rats.
Sous cette direction, cependant, il s'accomplit une reforme administrative importante, qui devait, beaucoup plus tard, donner d'excellents resultats ; les artistes furent mis a traitemcnt fixe ; mais ce n'etait point avec un administrateur aussi peu soucieux des interets de la Manufacture, que cette reforme pouvait etre appliquee serieusement. En peu de temps, par suite de l'indiscipline des ateliers, la moyenne de la fabrication etait tombee a un chiffre si bas, qu'on dut retablir, pour un tiers des tapissiers, le travail aux pieces.
La revolution de Juillet ne provoqua point d'incidents graves dans la Manufacture. Les travaux ne furent meme pas interrompus. Les commissaires generaux charges de la liste civile : MM. Duvergier de Hauranne et de Montalivet, se contenterent d'inviter l'administrateur de
Beauvais a suspendre provisoirement la fabrication des pieces de tapisserie, « dan;* le dessin desquels fignraient des fleurs de lys et d'occuper plus particulieroment les artistes a la confection de celles qui ne com-
lieauvais — Inlerieur d'un atelier de basses Iices.
portaient pas d'ornements de cette nature ». Quelques jours apres, le 31 aout, ils ordonnaient de continuer avec activite les 3 meubles commandes pour les salons de la Paix, des Travees et du Conseil, aux Tuileries, toutefois. apres le changement des emblemes royaux. Le
nouveau gouvernement ne garda point longtemps lc marquis d'Ourches a la tete de la Manufacture. Independamment do ses joyeusetes administratives, le directeur se livrait a de telles manifestations politiques contre le nouveau regime, qu'on dut le revoquer. Le 1" avril 1831, il quittait Beauvais, n'emportant aucun temoignage de regrets ni de sympathie.
Le ministere donna, comme successeur au marquis d'Ourches, en depit de sa jeunesse, le fils de 1'ancien directeur Guillaumot. un enfant de la maison. Guillaumot avait, des l'age de treize ans, suivi tous les cours de l'ecole de dessin et fait son apprentissage de tapissier; il etait devenu ensuite commis au\ ecritures, puis surveillant des travaux. Lorsqu'il fut appele a administrer Beauvais, il avait vingt-cinq ans. Malheureusement, il mourut, le 2 novembre 1832.
C'est sous la direction de Guillaumot fils que la Manufacture de Beauvais fut le plus serieusement menacee dans son existence. On reprit le projet de reunir Beauvais aux Gobelins. Un journal qui jouissait deja d'une autorite considerable, les Dibats, entreprit une campagne dans ce but. La reunion de la Manufacture de la Savonnerie a celle des Gobelins en fournit le pretexte.
Cette campagne trouva dans le moiule politique el dans ['administration de nombreux adherents. Les apparences d'economie, l'allegement des charges de la liste civile tres oberee, presentaient son adoption sous un jour favorable; aussi, lorsque Louis-Philippe visita la Manufacture le 26 mai 1831, la municipality de Beauvais s'empressa-t-elle de lui remettre une longue adressej pour demander le maintien de la Manufacture.
Le roi donna les meilleures assurances de l'interet qu'il portait a Beauvais, et le 2 mars 1832, une loi confirmait l'existence independante de la Manufacture, en la comprenant dans l'apanage de la liste civile. Son maintien etait ainsi definitivement assure. Guillaumot mourut cette annee-la. Son successeur fut M. Grau de Saint-Vincent, ancien capitaine d'infanterie , chevalier de la L6gion d'honneur. Le comte de Montalivet, intendant general de la lisle civile, portait un vif interet a la Manufacture: il fit une commande de nombreux meubles, qui assura du travail aux artistes pendant un long temps. La reforme des salaires, commencee sous le marquis d'Ourches, recut son complement, par l'etablissement d'un reglement, qui resta en vigueur
jusqu a la Revolution de 1848. Les ouvriers furent di vises en 4 classes et 8 sections, dont void le tableau :
,„. , ( l1'" section : S emplois a 4 fr. par jour, ou 1,440 fr. par an lrt classe i r
e j l,v section : a emplois a 2,83 par jour, ou 1,020 fr. par an
„e . | V section : 5 emplois a 2,33 par jour, ou 840 fr. par an
C ab5e I 2« — 5 — 2 — 720 —
, 1" section : 5 emplois a 1,67 par iour ou 600 fr. par an »* , - 168 - 540 -
Les ouvriers el les eleves devaient se rendre aux ateliers, en mai, juin, juillet et ;n iul . a G heures du matin et y deraeurer jusqu'a 7 heures du soir, avee trois repos pour les repas ; en mars, avril, septembre et octobre, la journee allait de 7 heures jusqu'a (j heures ; en novembre, decembre, Janvier et fevrier, on travaillait de 8 heures du matin jusqu'a la nuit tombante.
Le 4 juillet IS'-i'-i. Louis-Philippe, rcvenanl d'Eu, visita de nouveau la Manufacture de Beauvais. En commemoration de cette visile. M. de Montalivet institua hi distribution annuelle d'une medaille d'or, a l'artiste ayant fail preuve. dans l'annee, de plus de talent, de zele etde bonne conduite. Ge laureat d'un nouveau genre devait etre design6par les suffrages de ses camarades. Le roi, cinq ans plus tard, le IS septembre 1838, donna un nouveau lemoignage de son interfet pour l'6tablissement, en le visitant solennellement, en compagnie de la reine, des dues d'Aumale et de Montpensier et d'une nombreuse suite, dans laquelle entre autres personnages se trouvail M. Thiers. Un rapport, adresse sur cet evenement par M. Grau de Saint-Vincent a M. de Bondy, signale un incident qui marqua la promenade du roi dans les ateliers : « S. M., ecrit-il, a paru vivement 6mue lorsqu'en passant devant un des metiers, un cri a peine articule de : Vive le roi s'est fait entendre. C'etait le pere Riqueur, ouvrier nonagenaire, qui, bicn que d'une faiblesse extreme, avait voulu a toule force se trouver sur le passage de Sa Majeste, et lui payer ce dernier tribu d'amour devant quatre generations de ses enfants qui travaillaient la sur un m6me metier. »
A cette epoque, la Manufacture de Beauvais presentait, comme personnel d'artisles, la meme physionomie familiale et patriarcale que les Gobelins; les artistes s'y succedaient de pere en fils et petit-fils.
lis etaient loges par l'Etat, dans les batiments contigus aux ateliers, et vivaient la exclusivement entre eux, contractant des alliances, le plus souvent fecondes. Dans l'etat de 1833, nous voyons figurer deux Dangoisse, le pere et le fils, le premier chef d'atclier; deux Lefevre, les deux frercs; deux Maucomble, le pere et le fils, les deux freres Milice; deux Prejan, 1'alne et le cadet; deux Chevalier, deux Dobigny, deux Villaud, deux Riqueur. En relisant une petition du commencement de la Revolution, nous trouvons deja parmi les signataires, plusieurs de ces noms, et ceux d'autres artistes qui travaillaient encore sous Louis-Philippe. Plus tard, par suite de la suppression des logements et pour d'autres causes qu'il serait trop long de developper, la Manufacture de Beauvais devait perdre ce caractere intime. Dans cette derniere partie du siecle, on ne trouve plus aucune famille de tapissiers, remontant au dela d'une generation, alors que les Gobelins, comme nous l'avons montre, ont continue de s'enorgueillir de veritables dynasties artistiques.
Le changement du mode de payement avait apporte, sous les directions precedentes, des troubles profonds dans l'organisine de la Manufacture ; il fut necessaire, nous l'avons dil, de remettre un certain nombre de tapissiers a leurs pieces. La situation ne se modifia guere avec le temps. Toute la correspondance de l'lntendance generale de la Liste Civile avec Beauvais, de 183G a 1848, est remplie de doleances a ce sujet, de recriminations et de projets de rcforme. En 1836, 42 ouvriers et 13 eleves avaient produit, pendant un trimestre , 21m,67.ol ; en 1837, 41 ouvriers et 13 elevo fabiiquerent 19m,87,Gl; en 1841, avec 48 ouvriers et 12 eleves, on descend a 13m,22,28; en 1847, la fabrication se releve un peu; le chiffre de 20 metres esl atteint de nouveau; mais combien on est loin encore de la moyenne des annees de production normale, oil 1 ouvrier habile et laborieux tissait 1 metre en trois mois.
La direction de Grau de Saint-Vincent, en consequence de ce facheux ralentissement de production, ne possede a son actif qu'un nombre d'eeuvres fort restreint, relativement a sa duree. Parmi les principales, nous mentionnerons : un meuble Louis XIV, pour le salon Bleu des Tuileries, dessine par Adam, et s'harmonisant avec les panneaux des Gobelins executes sur les modeles d'Alaux et de Couder; un meuble pour la galerie d'Apollon, aux Tuileries, modeles de Starke; des meubles pour la galerie des ^Guises, pour le boudoir de la reine, pour
l'appartement dc la princesse Clementine, pour la salle a manger de famille, pour le salon du due et de la duchesse de Nemours, au chateau d'Eu, modeles de Starke, de Jorand et de Vauchelet; une decoration lambrequins et pentes pour le salon de billard des Tuileries, modele de Damis ; un ecran de cheminee, d'apres Boucher, la Lecon de lee lure ; 4 portieres, fond blanc, dehors amaranthe, aux armes de France, du prix de 9,000 francs piece, commandoes sous Charles X, pour la salle du Trone des Tuileries et achevees en 1836. Ce furent les dernieres portieres fabriquees a Beauvais. La production etait, au reste, sireduite, qu'en 1834 le roi donna l'ordre qu'on ne vendit plus au public, desirant reserver exclusivement pour les palais et les chateaux royaux, tout ce qui sortirait des ateliers. Au point de vue artistique, cette periode de l'histoire deUa Manufacture ne laissera point non plus une trace bien profonde. Le gout, l'elegance et l'esprit font defaut a sa production, dans tous les genres. Les formes sont lourdes, epaisscs ; le coloris, sans harmonie, est aussi sans eclat. Si les tapissiers ont conserve l'habilete de leurs predecesseurs, les artistes qui leur ont fourni des modeles ont rompu avec toutes les traditions de l'art decoratif du passe, etn'ont innove que dans la recherche de compositions sans caractere et sans originalite, dont la disparition ou I'oubli n'entrainera aucun regret.
Comme nous l'avons ccrit dans l'histoire des Gobelins, la Revolution de 1848 provoqua la reunion, sous une meme administration, des deux Manufactures nationales de tapisseries. M. Badin, peintre distingue, fut nomine directeur, avec residence a Paris. Une commission speciale, composee d'artistes et de savants, recut la mission d'etudier les reformes a apporter dansl'organisation et le fonctionnement des Manufactures ; le coup d'Etat vint mettre fin a ces longs travaux. Les Gobelins et Beauvais, divises de nouveau, rentrerent dans les attributions de la Maison de l'Empereur. M. Badin fut nomme directeur a Beauvais et M. Lacordaire, directeur aux Gobelins.
En 1860, la reunion des deux etablissements eut lieu de nouveau, sous l'administration de M. Badin, auquel il fut adjoint, a Beauvais, un inspecteur, remplace, deux ans apres, par un simple agent comptable. L'empereur Napoleon III, qui, pendant sa presidence, avait tenioigne' par une visite et par des commandes, l'interet qu'il prenait a la Manufacture , donna aux ateliers une vive impulsion, en faisant proceder immediatement a une nouvelle decoration des palais et chateaux, dependant de la
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Couronne. Aussi, la periode du Second Empire fut-elle particulierement fertile eomrne production de meubles et tableaux en tapisseries. Nous avons compulse avec soin les registres de fabrication de la Manufacture, de 1853 a 1870, etnous avons etabli l'elat general suivant, qui est d'une exactitude absolue :
Tableaux et panneaux de decoration, au nombre de 96.
Les principaux sont : les Quatre saisons, de Croc-land : 6 tableaux natures mortes de Monnoyer, Desportes, Oudry et Mignon, dont les originaux sont au Louvre; des panneaux de natures mortes et des flours de Monginot, Dic-terle, Petit, destines a la d6coration du palais de l'Elysee :
Meubles-canapes 180, d'une valeur d'iuveulaire de 388,501 fr. 70
Meubles-fauteuils 243. — 230,000
Meubles-chaises 532, — 350,000
Banquettes, tabourets 109, — 56,904 19
Tentures, rideaux, ornements d'eglise, dais de procession, bannieres et
mitres d'evfique 28, — — 56,300 »
Tapis 12, 20,877
La plupart de ces meubles etaient de verilablos ceuvres dart: malheureusement, un grand nombre ont etc delruits dans les incendies des Tuileries, du Louvre, du palais de Saint-Cloud, et du Palais-Royal. Les peintres, dont la direction de la Manufacture de Beauvais s'assura la collaboration, pendant cette periode, sont : MM. Cbabal-Dussurgey, Dieterle, Arbant, Groeland. Desgoffes, Viollet-le-Duc, Lambert, Galland, Haumont, Godefroy, Badin, Mullcr, Petit, Barbe, Fouquet, Vantadour, Lucas etGoupil; les deux premiers, et surtout M. Cbabal-Dussurgey, ont alimente Beauvais de modeles de meubles, avec une feeondite et une verve qui, en un quart de siecle de production, n'ont jamais flecbi. La Manufacture reprit egalement d'anciens modeles d'Oudry, Casanova, Monnoyer et Mignon, auxquels il fut mis des bordures, ou dont on transforma legerement les compositions, en vue d'adaptations nouvelles.
Pendant toute la duree de l'Empire, le chiffre des tapissiers variapeu. Use
maintinttoujours assez eleve. En 1858, on comptait 43 artistes et 14 eleves;
en 1863, 49 artistes et 9 eleves; en 1867, 50 artistes et 7 eleves. Le budget,
-qui etait, en 1858, de 86,080 francs, dont 58.200 francs pour le personnel,
s'eleva en 1863 a 108,570 francs, sur lesquels les artistes touchaient
89,200 francs. Le traitement des tapissiers avait ete ainsi fixe : chef d'atelier lr0 classe, 2,700 francs; 2° classe, 2,400; sous-chef lrc classe 2,100; 2- classe, 1,900 ; artistes, de 950 a 1,800 francs; el6ves, de 500 a 550.
Comme Louis-Philippe, Napoleon III se reserva exclusivement les produits de la Manufacture. A l'exception de presents, mais de peu d'importance, faits a des municipaliles et a des eglises, les palais imperiaux absorbercnt, a peu pres, tout ce qui sortit des ateliers.
Aucun incident historique n'est a signaler a Beauvais, de 1853 a 1870. Pendant la Guerre franco-allemandeles ennemis occuperent la Manufacture, qu'on n'avait point eu le temps de demenager. lis y prirent 30 pieces de tapisserie, arracMes des murs ou dechirees a coups de sabre sur les metiers. On lcsemporta a Berlin, et en 1872, elles furent restituees en bloc au gouvernement francais, par le general sous les ordres duquel cet acte de pillage avait 616 accompli, et qui, sans doute, les avait enlevees comme depouilles opimes. Gette restitution fut effectuee avec tant de bon vouloir, qu'on trouva dans le recolement, au retour, une piece de plus qu*il n'en avait ete enleve.
Aussitot que Paris fut ouvert, le directeur des deux Manufactures, M. Badin, courut a Beauvais pour remettre 1'etablissement en ctat. II y fut surpris par les 6venements de la Commune et ne put retourner aux Gobelins. Le lGjuillet 1871, M. Jules Simon, ministre de l'lnstruction publique et des Beam-Arts, dans les attributions duquel se trouvaient les Manufactures nationales, rendit un arrete separant administrativement les deux etablissernents. M. Badin fut conserve a la tete de Beauvais. La situation financiere du pays ne permettait point, a cette heure, de donner une grande extension aux travaux. Tout l'ancien personnel fut maintenu cependant, mais, par arrete ministeriel en date du 21 septembre 1872. il fut decide que, jusqu'a nouvel ordre, aucun eleve ne serait admis dans les ateliers, soit a 1'essai, soit a titre d'apprenti paye. La France, toutefois, ne tarda pas a reparer les desastres et les ruines de FAnnee terrible et de la Commune. Avec une rapidite en quelque sorte miraculeuse. qui fit l'etonnement et l'admiration de FEurope entiere, elle reprit sa place dans le monde des arts. A l'Exposition internationale de Londres en 1872, nos Manufactures montrerent avec eclat, qu'elles n'etaient ni detruites, ni m6me chancelantes. La gloire artistique et industrielle de la France s'affirma une fois de plus.
L'exposition universelle de Vienne ne tarda pas a ouvrir ses portes. En menie temps que celle des autres Manufactures nationales, la participation de la Manufacture de Beauvais, fut decidee par le gouvernement ; elle y obtint une grande medaille d'honneur. Apres un pared succes, on ne pouvait laisser un etablissement si meritant dans une situation administrative et financiere, relativement precaire. II faut rendre cette justice au gouvernement de la Republique, qu'il n'avaitpas attendu cette double constalation pour rendre a la Manufacture toute son activite. La reprise des travaux avait ete ordonnee, au commencement de 1873. Le 21 Janvier de cette annee, le ministere autorisait la mise sur metiers : 1° des pieces complementaires du meuble Louis XV, fond blanc et bordure bleue, detruit en partie en 1871 ; 2° d'un meuble fond blanc, bordure rose, en soie, modele de M. Chabal-Dussurgey, comprenant 1 grand canape, 1 canape moyen, 2 causeuses, 4 fauteuils, 6 chaises, 1 ecran; 3° d'un canape Don Quichotte, d'apres Baptiste et Coypel ; 4° d'un meuble fond jaune, bordure brune, modele de M. Dieterle. Le 28 mars, d'autres metiers cornmencaient un meuble a bouquets de fleurs sur fond jaune, entoure d'une guirlande de lilas et d'une bordure brune, se composant de 1 grand canape, 2 demi-canap6s, 6 fauteuils, 6 chaises, d'apres des modeles de M. Chabal-Dussurgey, executes en 1863. Peu apres, le budget de la Manufacture etait porte a 108,350 francs, chiffre aussi eleve que celui du budget le plus riche vote par le second Empire. La part affectee au personnel etait memo superieure de 4,050 fr.
Yoici l'etat de la production des ateliers, de 1871 a ce jour :
Tableaux et panneaux : 79, reprSsentant une valeur d'inventaire de plus de 400,000 francs. Les ceuvres principales sont :
La Lice et sa compagne, le Lion devenu vieux, le Loup devenu bercjer, le Cog et la Perle, panneaux d'Oudry ;
Le Lion et I'Ane chassant, de Godefroy et Desroy (31,464 fr. 63), qui decore actuellement le palais Farnese ; un panneau de la galerie d'Apollon, au Louvre, le Medallion de Neptune (18,319 fr. 07), par Arbant, cgalementau palais Farnese; une copie d'un panneau du cabinet de Sully a l'Arsenal (16,846 fr. 59) ; un panneau dit des Oiseaux, d'apres Oudry, par Godefroy et Desroy; quatre panneaux decoratifs, fleurs, vases et architectures, par Mme Escallier, MM. Maisiat, Petit et Tony Faivre, destines a l'escalier d'honneur du Luxembourg.
Meubles-canapes : 64 ;
Meubles-fauteuils : 72 ;
Meubles-chaises : 62.
En ce moment (octobre 1888), tous les metiers fonctionnent avec activity, en vue de l'Exposition universelle de 1889; ils portent les pieces suivantes : 1 grand panneau avec bordure, Neptune et Amphitrile, modele de Badin, Godefroy et Desroy; 1 panneau d'apres Gillot, la Baigneuse, modele de MM. Dieterle et Desroy; 1 panneau d'oiseaux, le Faisan, modele de M. Desroy et Godefroy; 1 panneau avec bordure, nature morte, par M. Philippe Rousseau; 3 panneaux des Quatre parties de la France, YEst, par M. Paul Collin, le Nord, par M. Bourgogne, YOuest par M. Cesbron; 2 panneaux par M. Frangais, YEte et le Printemps.
La Manufacture est situee dans la Grande Rue qui, de la gare conduit au centre de la ville ; die se compose de deux corps de batiments. Le premier, construit en 1818, donnant sur la rue, est affecte a l'administration. II comprend un rez-de-chaussee, un premier et un deuxieme etage, avec greniers au-dessus, et, sur la cour, deux pavilions en retour, l'un a droite, servant dc logcment a 1'administrateur, et l'autre a gauche, a l'agent comptable et au chef d'atelier. Le second, entre cour d'honneur et jardin, construit en pierre de taille sur la cour et sur le jardin, en pans de bois et briques, a un rez-de-chaussee et un etage; a droite et a gauche sont deux grandes ailes, en retour sur le jardin, egalement construites en pans de bois, a un etage, et surmontees d'un toit enorme, en tuiles. Ce batimcnt, qui date de la fondation de la Manufacture, et qui a conserve le caractere de l'architecture industrielle de ce temps, contient les ateliers de tapisserie qui, au rez-de-chaussee et au premier etage, prennent jour sur le jardin. L'amenagement n'a rien de luxueux, ni de monumental ; mais il presente des dispositions et un eclairage, tres favorables au travail des artistes. En ete, les croisees des ateliers, qui s'ouvrent en auvent, laissent entrer a dots l'air rafraichi par les grands arbres el par la verdure du jardin ; en hiver, la lurniere penetre partout, abondante et limpide. II y a o ateliers, qui contiennent 40 metiers de basse lice, dont un tiers est toujours en activite.
Le metier de basse lice dont nous avons eu deja l'occasion de parler a plusieurs reprises, dans la premiere partie de cet ouvrage, differe sur beaucoup de points, dans son organisme et dans sa disposition, du metier de haute lice en usage aux Gobelins. La chaine, aulieu d'etre verticale est horizonlale ; les lices sont raises en raouvement, non plus par la main
L'exposition universelle de Vienne ne tarda pas a ouvrir ses portes. En mSme temps que celle des autres Manufactures nationales, la participation de la Manufacture de Beauvais, fut decidce par le gouverneraent ; elle y obtint une grande medaille d'honneur. Apres un pared succes, on ne pouvait laisser un etablissement si meritant dans une situation administrative et financiere, relativement precaire. 11 faut rcndre cette justice au gouvernement de la Republique, qu'il n'avaitpas altendu cette double constatation pour rendre a la Manufacture toute son activite. La reprise des travaux avait ete ordonnee, au commencement de 1873. Le 21 Janvier de cette annee, le ministere autorisait la mise sur metiers : ■1° des pieces complementaires du meuble Louis XV, fond blanc et bordure bleue, detruit en partie en 1871 ; 2° d'un meuble fond blanc, bordure rose, en soie, modele de M. Chabal-Dussurgey, comprenant 1 grand canape, 1 canape moyen, 2 causeuses, 4 fauteuils, 6 chaises, 1 ccran; 3° d'un canape Don Quichotte, d'apres Baptiste et Coypel ; 4° d'un meuble fond jaune, bordure brune, modele de M. Dieterle. Le 28 mars, d'autres metiers commencaient un meuble a bouquets de fleurs sur fond jaune, entoure d'une guirlande de bias et d'une bordure brune, se composant de 1 grand canape, 2 demi-canapes, G fauteuils, G chaises, d'apres des modeles de M. Chabal-Dussurgey, executes en 18G3. Peu apres, le budget de la Manufacture etait porte a 108,350 francs, chiffre aussi eleve que celui du budget le plus riche vote par le second Empire. La part affectee au personnel etait meme superieure de 4,050 fr.
Voici l'etat de la production des ateliers, de 1871 a ce jour :
Tableaux et panneaux : 79, representant une valeur d'inventaire de plus de 400,000 francs. Les oeuvres principales sont :
La Lice et sa compagne, le Lion devenu vieux, le Loup devenu beroer, le Cog et la Perle, panneaux d'Oudrj ;
Le Lion et I'Atie chassant, de Godefroy et Desroy (31,464 fr. G3), qui decore actuellement le palais Farnese ; un panneau de la galerie d'Apollon, au Louvre, le Medallion de Neptune (18,319 fr. 07), par Arbant, cgalementau palais Farnese; une copie d'un panneau du cabinet de Sully a l'Arsenal (16,846 fr. 59) ; un panneau dit des Okeaux, d'apres Oudry, par Godefroy et Desroy; quatre panneaux decoratifs, fleurs, vases et architectures, par Mmc Escallier, MM. Maisiat, Petit et Tony Faivre, destines a 1'escalier d'honneur du Luxembourg.
Meubles-canapes : 64 ;
Meubles-fauteuils : 72 ;
Meubles-chaises : 62.
En ce moment (octobre 1888), tous les metiers fonctionnent avec activity, en vue de l'Exposition universelle de 1889; ils portent les pieces suivantes : 1 grand panneau avec bordure, Neptune et Amphitrite, modele de Badin, Godefroy ct Desroy; 1 panneau d'apres Gillot, la Baigneuse, modele de MM. Dieterle et Desroy ; 1 panneau d'oiseaux, le Faisan, modele de M. Desroy et Godefroy; 1 panneau avec bordure, nature morte, parM. Philippe Rousseau; 3 panneaux des Quatre parties de la France, YEst, par M. Paul Collin, le Nord, par M. Bourgogne, VOuest par M. Cesbron; 2 panneaux par M. Francais, VEti et le Printemps.
La Manufacture est situee dans la Grande Rue qui, de la gare conduit au centre de la ville ; rile se compose de deux corps de batiments. Le premier, construit en 1818, donnant sur la rue, est affecte a l'administration. II comprend un rez-de-chaussee, un premier et un deuxieme etage, avec greniers au-dessus, et, sur la cour, deux pavilions en retour, l'un a droite, servant de logcment a 1'administrateur, et l'autre a gauche, a l'agent comptable et au chef d'atelier. Le second, entre cour d'honneur et jardin, construit en pierre de taille sur la cour et sur le jardin, en pans de bois et briques, a un rez-de-chaussee et un etage ; a droite et a gauche sont deux grandes ailes, en retour sur le jardin, egalement construiles en pans de bois, a un etage, et surmontees d'un toit enorme, en tuiles. Ce bailment, qui date de la fondation de la Manufacture, et qui a conserve le caractere de l'architecture industrielle de ce temps, contient les ateliers de tapisserie qui, au rez-de-chaussee et au premier etage, prennent jour sur le jardin. L'amenagement n'a rien de luxueux, ni de monumental ; mais il presente des dispositions et un eclairage, Ires favorables au travail des artistes. En ete, les croisees des ateliers, qui s'ouvrent en auvent, laissent entrer a flots l'air rafraichi par les grands arbres et par la verdure du jardin ; en hiver, la lumiere penetre partout, abondante et limpide. II y a 5 ateliers, qui contiennent 40 metiers de basse lice, dont un tiers est toujours en activite.
Le metier de basse lice dont nous avons eu deja l'occasion de parler a plusieurs reprises, dans la premiere partie de cet ouvrage, dhTere sur beaucoup de points, dans son organisme et dans sa disposition, du metier de haute lice en usage aux Gobelins. La chaine, aulieu d'etre verticale est horizontale ; les lices sont raises en mouvement, non plus par la main
de l'artiste, mais au moyen de pedales placees sous le metier ; le carton ou decalque du modele a suivre est fixe au-dessous de la chaine. L'ouvrier de basse lice a, ainsi, ses deux mains constamment fibres pour conduire sa duitee, c'est-a-dire pour prendre ses flutes de couleurs, et les introduire a travers la chaine. Le travail du basse-licier est done bien plus rapide que celui du haute-licier, sans que la difference des resultats soit tres appreciable au point de vue de la perfection artistique et de la solidite du tissu. Neanmoins, la tapisserie de haute lice a toujours passe, pour avoir plus de beaute, et plus de style, et e'est a cette consideration, qu'elle doit d'avoir ete conservee avec un soin special et d'etre pratiquee exclusivement dans la Manufacture des Gobelins. Le metier en usage a Beauvais est le metier ancien, transforme par Vaucanson, a la demande de Soufflot et de Neilson, et dont nous avons fait connaitre les principales dispositions dans un des chapitres des Gobelins. On a simplement modifie la nature des organes, qui, pour les petits metiers sont aujourd'hui de fonte et de fer, au lieu d'etre en bois. Pour les grands, on a continue de les faire en bois parce que, de l'avis des tapissiers, le bois possede, exclusivement, l'elasticite necessaire pour former de bonnes ensouples de grande dimension, donnant a la chaine une tension et une souplesse uniformes.
Actuellement, la Manufacture compte 31 artistes tapissiers, dont voici les noms : Desroy, chef d'atelier, Lacroix, Yerite, Souflier et Livier (Emile) sous-chefs, Senau, Beaucousin, LevSque (Ch.), Mahu (Alexandre) , Derecusson, Gantrel, Levfique (Jules), Fontaine, Langlois, Pinchon, Lalonde, Rohaut, Mahu (Paul), Piet, Roussel, Carbonnier, Livier (Edmond), Lecolle, Aimont, Pruvot, Warin, Pecheret, Yvorel, Tilleul, Boulie el Dangoisse, tapissiers.
Dans le jardin, plante d'arbres superbes remontant a Hynart, se trouve, a droite, un berceau, abritant la table de pierre que Behagle fit placer, en souvenir de la visite de Louis XIV. De l'autre cote du jardin, a l'ouest, s'elevaient, autrefois, plusieurs constructions, qui servaient de logements aux ouvriers de la Manufacture ; elles ont ete abattues, en 1837 et en 1838. Les jardinets, qui en dependaient, sont a l'usage de l'administrateur, du chef des ateliers et de l'agent comptable.
On a eleve, il y a quelques annees, un batiment, qui contient actuellement l'Scole de dessin et l'ecole primaire des Sieves tapissiers, fondee en 1879. Au premier etage du batiment industriel, sur la cour d'hon-
neur, a ete installe recemment un musee exposition, dont l'organisation est inspiree des memes principes d'education professionnelle pour les ouvriers et d'enseignement artistique pour les visiteurs, qui ont provoquc la creation du musee des Gobelins.
Beauvais est dirige aujourd'hui par M. Jules Badin, fils de l'ancien directcur sous le Second Empire, et gendre de M. Dieterle, qui avait succede a celui-ci en 1875. Peintre de talent, administrateur habile, M. Badin a maintenu la Manufacture dans la situation de prosperity et de progtes, ou son pere et M. Dieterle l'avaient laissee. Comme les Gobelins, Beauvais fait honneur a la France, par les ceuvres qu'il produit. Ses basse-liciers continuent fierement les traditions artistiques des maitres du xvm° siecle, et les artistes qui lui l'ournissent ses modeles marchent glorieusement sur les traces des Berain, des Oudry, des Boucher, des Coypel, des Le Prince et des Casanova.
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