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PORTRAIT DE VANDER MEULEN

(Fac-simile de la gravure executee par Van Schuppen d:apres le tableau de Largilliere.)

niande par Louvois, Martin accompagna le roi dans ses campagnes. I] suivit 6galement le Grand Dauphin. C'est lui qui fut charge de decorer le? quatre refectoires de ITiiotel des Invalides, et Ton prut voir, an musee de Versailles, aussi bien qu'au Louvre, des echantillons de sou savoir-faire.

En parcourant les Comptes des Bdtimens, nous remarquons, a cute de Vander Meulen et recevant les memes appointements que lui, Nicolas Loir, peintre de mcrite, « travaillant aux Gobelins », qui de 1664 a 1678, c'est-a-dire pendant pres de quinze ans, fut, lui aussi, un des collaborateurs les plus assidus de Le Brun. Occupe tour a tour a rappartement de la reine a Versailles, a la bibliotheque du roi, a la decoration de l'appartement de Mme de Montespan, Loir, qualifie « peintre decrotesques (sic) », emule d'Audran et de Berain, executa, en mSme temps, des modeles pour les tapissiers des Gobelins, notammenl une suite intitulee La Fauconnerie. Ajoutons que Loir, independamment de ses 6,000 livres d'appointements, touchait un gage de 200 livres « pour servir generallement dans toutes les maisons roialles et bastimens de Sa Majeste ». C'etait done ce qu'on pourrait appeler un collaborateur de toutes les heures.

Sur YE tat de 1673. al'article Manufacture des Gobelixs etdela SavoxxeniE, nous relevons encore, parmi les peintres employes dansnotre grand etablissement,lesnoms dedeSeve, Anguier, Houassf, Monnoyer, Verdier, Bonnemer et Cussac, appointes les quatre premiers a 800 livres, les deux suivants a 600, le dernier seulement a 300 livres. collaborateurs moins eslimes assurement quo Loir et Vander Meulen. mais qui, par la constatation meme des appointements qu'ils touchaient, sont suffisamment d6signes comme faisant partie integrante de la Manufacture. Ajoutons que la plupart de ces artistes etaient eu\ aussi des gens de grande valeur et de renom merile.

Les deux de Seve appartenaient Tun et l'autre a l'Acad6mie royale de peinture. Le nomde Gilbert, l'aine. figure sur les registres de la compagnie des 1649; il peut done 6tre considere comme un de ses fondateurs. Son frere, Pierre deSeve lejeune ou le puisne", ainsi qu'on l'appelail. l'ul admis dans I'illugtre compagnie le 14 avril lli6.-{. en meme temps que Baptiste Monnoyer. Ces deux de Seve. chanter, eux aussi, par l'abbe de Marolles, virent Ieur talent largemenl appricie par leur royal maltre et par le diredeur de la Manufacture. Non seulement, ils secondent ce dernier

aux Gobelins, mais nous les rencontrons a, Versailles, a Fontainebleau, au Louvre, charges de peintures decoratives de la plus haute importance. Dans la chambre de la reine, Gilbert execute un grand plafond representant le Soleil qu'escortent les heures du jour. Sur les murs du palais, il peint le Festin d' Aatoine et de Cleopatre, Didon faisant bdtir Carthage, Iihodope elevant une pijramide et d'autres ceuvres aussi considerables, que le temps, helas ! n'a pas respectees. Quant a Pierre, si les ouvrages auxquels il travailla de 1671 a 1680, pour le cabinet du roi, ont eu 6galement un triste sort, plus heureux sous d'autres rapports, nous avons conserve de lui une grande toile, qui presente a nos yeux un interet de tout premier ordre. Nous voulons parler de la Visile de Louis XIV aux Gobelins, qui se trouve au musee de Versailles. C'est, en effet, a son pinceau habile, que Le Brun confia le soin d'immortaliser cette solennite a laquelle le grand artiste attachait une importance facilement explicable ; car elle etait, a la fois, la consecration de l'ceuvre qu'il dirigeait avec tant de succes et la legitime recompense de ses victorieux efforts. La collaboration de Jean-Baptiste Monnoyer, dont nous ecrivions le nom a l'instant, egalemcnt pr^cieuse pour Le Brun, etait appelee toutefois a laisser des traces moins pompeuses. Monnoyer, ou plutot Baptiste, — car c'est sous ce nom familier qu'il fut connu de ses contemporains, — etait peintre de fleurs. C'est comme tel qu'il s'etait presents a l'Academie en meme temps que Pierre de Seve ; c'est comme tel qu'il avait ete admis. « Le sieur Batiste, peintre, ecrit le secretaire de la docte association avec son orthographe incertaine, s'est aussy presante et a faict voir de son ouvrage, a seavoir diverse (sic) tableaux de fleurs et fruicts. La Compagnie l'ayant jugc capable l'a restjeu et [il] a preste le serment aux condisions ordinaire. » Monnoyer excellait, au reste, dans ces delicats travaux. Les nombreux tableaux qui nous res tent de lui, en sont la preuve encore evidente. Le Brun employa ce « peintre fleuriste », comme il aimait a l'appeler, a la decoration de la galerie d'Apollon, du chateau de Saint-Germain, des Tuileries, et des attiques de la chambre du roi a Versailles. II lui demanda aussi de nombreux cartons pour ses modeles de tapisserie, et c'est a Baptiste que Ton doit, en partie, ces fruits et ces fleurs, qui se groupent si merveilleusement dans les bordures ou les guirlandes, et qui s'epanouissent au premier plan des tentures des Maisons Rotalles, en de si superbes massifs, ou qui composent de si delicieux bouquets.

43 l.ES GOBELINS

C'etait, en effet, un ensemble lie compositions considerables a tous egards que ces Maisons Roialles. Le peintre, Pierre Patel, fut absorbe pendant di\ ann6es, de 1666 a 1675, par cette tache laborieuse, ou il eut

poursuccesseur sa veuve, qui, en 1076 et 1677, figure dans les Comptes royaux comme oi cupee a re long travail.

Guillaume Anguier passe anssi pour avoir mis la main a cette serie de modeles. On dit qu'il lui faut attribuer les remarquables architectures qui s'\ deploient. Les facades, en tout cas,rentraientdansses specialites.

Dans sun architecture il donne un agrement Qui porte a son ouvrage un parfaif ornement,

ecrit l'infatigable abbe de Marolles. Guillaume Anguier etait frere des deux grands sculp teurs Francois et Michel Anguier, qui se sont acquis par leurs travaux.une reputation si legitime. Comme Monnoyer, il travailla.luiaussi, a Versailles, a I'appartement du roi ; il en decora le vestibule ; peignit le plafond de l'escalier du Louvre, rantichambre de Monsieur ; et avec Francart, I'appartement de la Dauphine. Quant a sa collaboration directe avec Le Brun, elle n'est pas a revoqueren doute, car le 18 septembre 1675 il 6marge 1,024 livres It) sols o pour avoir mis au net plusieurs desseins d'apres M. Le Brun ». Le 7 juillet 1680, il touchait de nouveau, conjointement avec son collegue Le Breton, 1,004 livres « pour avoir trasse les desseins de peinture de M. LeBrun dans la grande gallerie du Chasteau » de Versailles.

Bene-Antoini' llouasse, dont lenom figure, sur les comptes de la Manufacture des Gobelins,a la suite de celui d'Anguier, cut encore une fortune plus brillante. A peine age de vingt-cinq ans (1670), nous le trouvons associi''. dans la decoration des Tuileries, k deux des plus grands peintres de son temps, a Jouvenet et a Audran. Pendant neuf ans il collabore avec ces deuv eminents artistes, ex6cutant, entre temps, les peintures de l'oratoire et du cabinet de la reine a Versailles, et seduisant tous ses contemporains par la fratcheur de son colons et par l'agrement de ses compositions. Marolles dit de lui :

Oiiasse de Paris est uu grand peintre encore, Qui pour les grands desseins se sait faire admirer, Sans que dan- -,i |rtinesse on puisse desirer Chose aucune au sujet de ce qui se colore.

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LES fiOBELlNS.

Comme tous les consciencieux artistes que nous venons de passer en revue, apres avoir travaille dans les palais du roi, il flit enrole aux Gobelins, mais il n'y finit point ses jours. Charge de la conservation des tableaux deposes a l'hdtel de Graramont, il fut recu membre de l'Academie le 15 avril 1673, puis nomine directeur de lecole de Rome en 1704, etplus tard, appele a Madrid par Charles II, qui le combla de travaux et d'honneurs et le retint a sa cour. Avanlcela, toutefois il avaitete, conjointement avec Bonnemer, employe a repeindre les huit grands tableaux, « representant les homines et animaux des Indes, pour faire en tapisserie ». 11 a laisse ainsi une trace precieuse de son passage a la Manufacture, car cette suite des tapisseries des Indes fut une de celles qui, pendant deux siecles, occuperent le plus regulierement les nombreux metiers de cet 6tablissement.

Son collaborateur, Bonnemer, aussi habile que lui, a coup sur, ne fut pas moins apprecie par Le Brun, qui l'employa a une quantite de travaux extremement varies. Envoye, en 1665, a Rome, avec une pension duroi, « pour se rendre capable de servir Sa Majeste », Bonnemer revint de la ville eternelle muni d'une profusion de talents peu ordinaires. Tour a tour peintre a 1'huile, a la detrempe, a la fresque ou sur etoffe, il exccuta directement aux Gobelins des « tapisseries de peinture en teinture » puis des « tapisseries en peinture » sur gros de Naples, gros de Tours et moire, de soie. II se vit ensuite charge1 de conduire a bien les fresques de Versailles, de veiller a « l'entretenement des peintures » qui garnissaient le palais, puis, sans cesser de combiner des dessins de broderie pour le roi, il brossa d'enormes compositions, la Conquete de la Franche-Comte , YHistoire de Deucalion, Jupiter foudroyant les giants, ainsi que le plafond du cabinet du dauphin, melant ainsi l'allegorie et les tableaux d'histoire, aux ouvrages plus modestes de simple ornementation. On comprend que^ parti un homme comme Le Brun sut tirer d'un artiste aux talents aussi varies, et d'un collaborateur aussi souple.

II s'en servit moins, toutefois, que de Baudouin ou Baudrin Yvart, auquel il nous tarde d'arriver, non sans avoir rapidement nomme Platemberg (dit Platte-Montagne), eleve de Ph. de Champagne et acadcmicien, Georges Lallemand, eleve de Vouet, Michel Corneille et son ills, Jean Nocret, Paillet et Tiercelin, qui, eux aussi, furent de l'Academie, Mosnier, Pierre Boel, eleve de Snyers et peintre d'animaux, Regnard de Saint-Andre, Georges Charmeton, Nicasius Besnard. peintre d'animaux;

Francart, ornemaniste de premier ordre, qui donna la maquette du tapis de la galerie d'Apollon1; Genoels, auquel on demandait les fonds de paysage et de verdure ; Francois Verdier et le portraitiste Cussac, peintres appointes l'un et l'autre a 300 livres, comme faisant partie du personnel des Gobelins, et dont nous avons deja releve les noms; Bon Boulongne, que nous voyons executer de nombrenx tableaux sous la direction du maitre; Claude Nivelon, qualifie « designateur aux Gobelins » et attache a cet etablissement aux gages de 1,100 livres par an, et finalement Despeches et Bailly, qui peuvent compter parmi les dessinateurs que Le Brun occupa le plus regulierement a tracer des cartons pour ses tapissiers.

Quant a Yvart. par lequel, avons-nous dit, nousvoulons terminer cette nomenclature, il parait, si nous en croyons les Comptes des Bastimens, avoir ete de beaucoup sinon le plus distingue, du moins le plus actif des collaborateurs que Le Brun s'adjoignit. C'est, en effet, alui que sont versees les plus grosses sommes. De 1664 a 1680 il touche plus de deux cent mille livres. En la premiere de ces annees, il lui est paye plus de 14,000 livres; en 1666, plus de 13,000; en 1668, plus de 16,000, et ce chiffre s'eleve jusqu'a 21,000, et meme 22,000 en 1670 et 1671. pour retomber a 14,000 en 1674 et en 1680 a 13.678 livres et 7 sols. Ce sont la des preuves palpables, en quelque sorte sonnantes, d'une collaboration de tous les instants. Ajoutons que ces sommes considerables s*appliquent uniquement au paiement des cartons de tapisseries et autres modeles executes pour lesGobelins ou la Savonnerie. Le libelle des depenses royales en fait foi, etles comptes de Manufactures de France. enl'annee 1670. ne laissent aucun doutea cetegard. Nousy relevonsl'articlesuivant : « ABaudrin Yvart, peintre, scavoir : 18,334 '. 19s. pour les peintures et desseins qu'il a faits l'annee derniere pour lad. manufact. des Gobelins, et 2721 livres pour 73 aunes et demy du tapy de pied de la gallerie du Louvre2. » Douze mois plus tard (1671), nous voyons payer « au Sr Yvart, peintre, pour les ouvrages de peintures et desseins qui ont este faicts pend' ladc annec, pour lesd. tapisseries, 22,564 '.». On pout juger par la si son litre de <> peintre des Gobelins » etait pour Baudrin Yvart une vaine parure.

i Francart livra, en la scnlo annec 1669, •■ 6o annus et demie demy quart du dessein du tapis depied de lagrande gallerie du Louvre » et toucha pour ce labeurenormelasomme de 2.263 1. Ill sols.

! Ces tapis eiaient executes a la Savonnerie.

L'abbe de Marolles ne manque pas de chanter ses louanges :

Yvart est jeune aussi, la ville de Boulogne Aura de sa peinture un aussi grand honneur, Que pour luy-mesme un jour il croilra son bonheur, Tandis que de son art l'ignorance s'eloigne.

Jeune, Baudrin Yvart, cependant, ne 1'etait plus guere au moment oil ecrivait l'abbe de Marolles ; il avait la cinquantaine passee, quand l'etrange po6sie que nous citons vitle jour. Mais on pouvait assurement, grace a son etonnante activite, se faire illusion sur son age. Independamment de ses cartons et dessins, faits specialement pour les Gobelins, et qui l'occuperent jusqu'au declin de sa vie, il fut appele a executer, lui aussi, de grandes peintures decoratives. En outre, nous le retrouvons mele, soit comme collaborateur direct, soit comme surveillant, soit meme comme fournisseur, a une foule de travaux executes ou entrepris par d'autres artistes. Si bien qu'il semble avoir ete pour Le Brun une sorte d'aide de camp, une maniere de factotum. Lorsque le grand artiste, voulant payer au chancelier Seguier, qui avait ete pour lui un bienfaiteur si eclaire, en meme temps que le protecteur de l'Academie, le tribut des regrets que cette illustre Compagnie etlui-memeeprouvaient de saperte, fit elever dans l'eglise de l'Oratoire ce merveilleux catafalque que tout le monde fut admirer, et dont Mmo de Sevigne parle avec tant d'enthousiasme, Le Brun chargea Yvard de la conduite des travaux. Ce fut lui qui regla la depense et en tint un journal exact. L'Academie lui alloua 250 livres « pour plus d'un mois de son temps, qu'il a employe tant a prendre soin, qua ayder a faire les ouvrages dudit catafalque, et distribuer l'argent pour toutes les despenses ». Son fils qui l'aida dans cette circonstance solennelle devait, lui aussi, par la suite, etre attache aux Gobelins. Son acte mortuaire dresse le 12 decembre 1690 porte, en effet, la mention suivante : « Hypolyte Joseph Yvart, peintre ordinaire du Roy et garde des tableaux de S. M. dans la Manufactrc royale des Gobelins. » Quant a Baudrin, dont l'activite et le devouement furent si utiles a Le Brun, c'etait non seulement un collaborateur empresse mais encore un peintre d'un talent apprecie et personnel. Avant d'entrer a la Manufacture royale des meubles de la Couronne, il jouissait deja d'une grande notoriete et, le 11 aout 1663, il avait ete nomme membrc de l'Academie royale de peinture.

« La Gompagnic connoissant le merite et capacite du Sr Yvar, disent les Proces-verbaux, l'a resceu en calite d'academisien dont il a preta sermen en la maniere accoutumee. »

Cettr revue rapide permel de se rendre compte de quel etat-major de peiutres habiles Le Brun avait su s'entourer, el sur quels collaborateurs zeles il lui etait permis dc faire fund?, pour tout ce qui regardait les dessins, maqucttes, cartons de ses grands ouvrages. Nous aliens voir maintenant que les artistes charges do traduire ses hautes conceptions, n'elaient ni moiiis nombreux, ni surtout raoins capables.

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