I. I'urc
dont le plus connu est Dies Egyptiaci. J'aurai plus tard à revenir sur ces jours maudits à propos des calendriers d'autres bréviaires illustrés, appartenant aussi à la Bibliothèque de Soissons, et dont je traiterai dans l'ordre chronologique de leur confection.
Deux feuilles de vélin restaient blanches à la fin de YOrdo. Sur l'une, une main du vve siècle a inscrit la mention en latin d'une de ces conventions fréquentes au moyen âge et par lesquelles des communautés religieuses, éloignées les unes des autres, entraient en association de prières en vue de circonstances indiquées par avance, comme, par exemple, la mort de l'un de leurs membres. Le contrat, in hac societale sunt , liait ici à l'abbaye de Prémontré celles, entre autres, de Saint-Amand, de Marchiennes, de Saint- Quentin-en-l'Ile, de Saint-Guilhem, de Saint-Martin de Tournai, de Saint-Aubert de Cambrai , etc.
Un chapitre général de l'ordre de Prémontré s'était tenu en 166^. Parmi les résolutions qui y furent prises et qui se voient analysées sur le dernier feuillet du manuscrit 97, figure celle qui modifie en ces termes le texte du Confiteor où l'on introduit le nom glorieux du fondateur de Prémontré, de saint Norbert récemment béatifié : Confiteor Deo omnipotenti, beatœ Mariœ semper virgini s beato Joanni Baptistœ, beatis apostolis Petro et Paulo, beatis confessoribus AugustiiNO et Norberto , omnibus sanctis, etc.
Le nom de Prémontré m'amène tout naturellement à dire quel rôle la collection des manuscrits provenant de cette célèbre abbaye joue à la Bibliothèque de Soissons.
Celle-ci compte environ deux cents manuscrits. C'est bien peu si l'on se rappelle le nombre et l'importance des couvents qui se trouvaient dans cet arrondissement et dont les livres, aux termes de la loi révolutionnaire de 1789 (révolutionnairement intelligente et libérale dans cette disposition), devaient nécessairement se concentrer au chef-lieu du district. A elle seule, la ville de Soissons comptait dans son sein les grandes abbayes de Saint-Médard, Saint-Jean-des-Vignes dont je citerai souvent le nom, Saint-Léger dont le dernier abbé, Mercier, était un ardent bibliophile, Saint-Crépin-le-Grand , Notre- Dame , qui toutes avaient leur bibliothèque , ainsi que la Cathédrale et le Séminaire. Au dehors, c'étaient la chartreuse de Bourg- Fontaine, Braine, Valsery, pour ne citer que les monastères les plus considérables du district.
Puisque dans la vitrine bien tenue où l'on enferme les manuscrits de la Bibliothèque
de Soissons, l'on ne trouve qu'un peu plus de deux cents numéros, il faut conclure qu'il y manque la plupart des manuscrits des couvents que j'énumérais tout à l'heure. Or, les dépouilles de Prémontré, pour certain, entrent pour plus d'un tiers dans la composition de cette vitrine dont je veux encore signaler le bon ordre, la bonne tenue, quoiqu'elle manque jusqu'à présent d'un inventaire bien fait. M. Ravaisson en avait réuni les éléments, et il est regrettable qu'il n'ait pas terminé son œuvre.
Tous les livres de Prémontré sont dans le plus excellent état, convenablement reliés, tous timbrés, sur les deux plats du couvercle, d'une large et belle plaque d'or aux armes de l'abbaye, et quelques-uns, sur une de leurs pages, d'un cachet aux mêmes armes et au nom du couvent. Certains portent en outre une étiquette imprimée aux armes du derniei général de Prémontré, le P. Lecuy, aussi intelligent bibliophile que l'abbé .Mercier .!«• Saint-Léger de Soissons. Cette étiquette, collée sur la garde de la couverture, porte cette mention qui prouve un récollement sérieusement fait à la veille de la ruine et de la dispersion de cette riche collection : fiibliothecœ Premonstratensis tub regimen Itlt. 1)1). Joatmitliapthta' Lecuy, abbatis et yeneralis.
Quelque nombreux que se montrent ii Soissons les manuscrits venant de Prémontré, il s'en faut de beaucoup qu'ils y aient tous reçu l'hospitalité. J'ai dit dans mon livre If Clergé de l'Aisne pendant la Révolution comment le vol. la pillerie, les dilapidations, s'étaient exercés sur le mobilier, là , d'ailleurs, comme partout , en toute facilite, avec d'autant plus d'impunité que Prémontré était plus isolé dans son désert. Kl lorsqu'un grand et opulent couvent se trouvait dans une ville et sous la protection immédiate, semblait-il, de l'autorité, les administrateurs veillaient-ils mieux sur 96fi trésors? Encore faut-il applaudir quand ils ne les pillaient pas les premiers.
(Planche 6.)
Commentarii in Evangelium sancti Lucœ. ln-ft." sur vélin. Provient de Prémontré. Dans sa configuration extérieure, avec sa disposition sur trois colonnes , le texte au centre en grosse gothique largement interlignée, la glose sur les deux côtés en minuscule serrée et régulière, et les notes en petite gothique dans l'entre-ligne, ce livre rappelle, à s'y méprendre, les quelques beaux volumes probablement écrits et illustrés à Vaucleir . et dont je me suis longuement occupé dans la première partie de mon étude sur les Manuscrits illustrés de la Bibliothèque de Laon1. C'est un type heureux d'arrangement où le texte ressort en pleine lumière au milieu du commentaire qui l'accompagne et l'encadre, mais ne l'écrase jamais.
ORT sobre et peu variée, l'illustration consiste surtout en une multitude de lettres de deux points, pour me servir du langage de la typographie moderne, et qui bordent les trois ou quatre premières lignes des alinéas principaux. Elles ne constituent donc qu'un alphabet sans prétentions à l'attention de l'artiste. Parfois, le corps de la lettre ne s'enrichit d'aucune fioriture; parfois, quelques traits de pinceau la rehaussent, sans lui donner beaucoup de physionomie.
Sous le rapport de la couleur, je ne vois guère à signaler (pie l'emploi d'une nuance violette, ou plutôt lilacée, que je n'ai jamais trouvée à Laon dans les