‹ Les manuscrits a miniatures de la bibliotheque de SoissonsChapitre 13 sur 25 · XIII SIÈCLE · texte numérisé non relu

XIII SIÈCLE

Commentaires sur les Psaumes, par Philippe, chancelier de l'Église de Paris. Première partie qui va jusqu'au psaume 71 : Deus jwlirium luum reyi du. In-folio sur vélin. Sans indication de provenance d'un couvent du Soissonnais.

I la bibliothèque de Soissons était aussi riche que si voisine de \.,um en beaux témoignages de la renaissance calligraphique, ce manuscrit, qui n'est remarquable que par sa superbe écriture et >a parfaite conservation , eût pu être dédaigné et laissé de côté. Il ne contient, en effet . aucune miniature ii proprement parler, mais seulement un certain nombre de lettres dans le style de celles qui ornent trois ou quatre alinéas des pages que je me propose de consacrer à l'élude du recueil manuscrit des sermons que Philippe Grève , (irevius. professeur el chancelier de l'Université de Paris, composa sur les psaumes de David.

En présence de la rareté des témoignages de l'art du \m' siècle dans la collection dont je m'occupe . j'ai donc ilù recueillir les majuscules liligranifères qui, comparées a celles des manuscrits laonnois *, montrent combien cet ingénieux genre d'initiales fut en honneur depuis la fin du xn* siècle jusque bien avant dans le \i\ . Ces onciales ornaient admirablement les pages du vélin, quelle que lût leur taille, de quelque teinte, vermillon, azur ouvert de mer, qu'elles fussent colorées, soit qu'elles bordassent une

I, Manuscr<ts à mintal. de Laon. Voir les doux partie*.

seule ligne, soit qu'elles mordissent sur un alinéa entier, ou qu'elles s'allongeassent sur la moitié d'une page in-folio.

LEGANTES toujours , toujours amples et majestueuses , souvent originales, elles ont mérité la faveur dont cinq siècles les ont entourées, car leur type pur, avec des différences seulement dans les fioritures, se retrouve en pleine Renaissance et jusqu'à la fin du xvie siècle i, au moment même de la plus franche réaction contre l'art du moyen âge , n'importe dans laquelle de ses formes et de ses manifestations, au moment même où la calligraphie allait bannir à tout jamais l'écriture gothique et ses majuscules pour reprendre l'usage exclusif des grandes lettres romaines.

ANTAISISTES de haut goût, d'une invention à laquelle nos ornemanistes modernes rendent justice en s'en emparant et en les copiant sans même les modifier, elles composent une famille de majuscules illustrées qu'une étude spéciale comme celle-ci ne pouvait pas ne pas mettre en relief, en attendant l'occasion, qui viendra bientôt et se représentera plusieurs fois, de reproduire des peintures plus dignes d'intérêt, des sujets plus sérieux et de plus d'importance. C'est d'ailleurs là un côté de l'art du xne siècle et du commencement du xme; il a plus dessiné et peint de grandes lettres qu'il n'a fait et voulu faire de miniatures proprement dites. C'est purement et simplement du dessin linéaire où son imagination décorative se donne libre carrière; c'est l'enfance et les débuts d'un art qui n'ose encore se lancer dans les difficultés et les périls de l'étude et de la copie du corps humain, des figures et des groupes qu'il se sentait inhabile à reproduire. Il ne faut pas lui demander plus qu'il ne peut donner. Ce qu'on peut exiger de lui, c'est qu'il grandisse, s'ingénie et progresse. Il grandira vite, et nous constaterons bientôt ses progrès.

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