XII SIÈCLE
M A X QSGRIT N 9 7
(Planche 5.)
Régi BIL. 1" Psautier du xnc siècle; Premonstratensû ordinis, mv" siècle. Inrienl de Prémontré.
La Hibliotheque de Soi>sons n'est (tas
!" Bréviaire de Prémontré, Ecclesûuticut Ordo |uarto sur vélin, reliure du &vn* siècle. Pro-
l It la loi du litre impose par le relieur an d<»> de >.i couverture, le catalogue des manuscrits de lu Bibliothèque de Soissonsa inscrit ce curieux livre sous le nom de Bréviaire de /'remontré. Le livra <le> [ninmon if compose en majeure partie. A la reliure, on l'a fait précéder d'ui calendrier ou plutôt d un Ordo des fêtes de deux cents ans plus jeune, et BUivre d'un bréviaire contemporain de tel Ordo. Kn réalité, à part de courtes lignes «pie je consacrerai il quelques particularités l»i-
bliographiques a signaler dans ces deux parties , le Psautier seul mérite attention ;iu point de vue spécial de son ornementation, ii beaucoup près, aussi riche en manuscrits
du xnc siècle que celle de Laon, où j'en signalais soixante et onze appartenant à cette intelligente et laborieuse période de la calligraphie antique. Ceux de Soissons ne me fourniront donc que de trop rares chapitres, quand les livres de Laon, pour la même époque, remplissaient les deux tiers du premier tome de ma première étude sur les Manuscrits à miniatures.
A Laon, je constatais la richesse, la variété, les témoignages sans nombre et précieux d'une invention qui ne s'arrête pas et multiplie ses recherches et ses effets. La lettre tournure et dracontine est le Protée du dessin linéaire : rien ne l'arrête, rien ne la gêne. Dans la page de l'in-quarto (man. 2^3 bis, de Laon), comme dans le cadre large, ou plutôt étroit, de deux ou trois centimètres (man. 29, même coll.), elle se développe à son aise en courbes flexibles , s'enroule en des méandres presque indéchiffrables, en d'inextricables labyrinthes (man. 120, même coll.). Elle se rit des complications et se précipite dans l'inattendu , sûre qu'elle sortira triomphante des problèmes qu'elle se pose et résoudra en merveilles de grâce facile. Qui ne croirait doncque la lettre tourneure, léguée par le ixe siècle au xn% a épuisé à Laon toutes ses manifestations, qu'elle y a chanté toutes les variations possibles de son thème gracieux, qu'elle y a dit son dernier mot?
Il semblait que j'étais autorisé à croire que je n'aurais guère, à Soissons, que des redites à dessiner et à écrire, que la confirmation de ce que j'avais vu, étudié et dessiné à Laon. Cependant dans le petit nombre de volumes appartenant, à Soissons, à la période où règne la lettre tournure, c'est-à-dire, au xne siècle ou aux premières années de celui qui suit, je devais être assez heureux pour rencontrer quelques variétés trèsoriginales, savantes et charmantes à la fois, de cette belle famille de majuscules ornées. Je ne m'occupe pour l'instant que du manuscrit 97. Je parle moins du grand B fleuronné de flammes de ma Planche 5, du C hardi dont le renflement ventru s'orne de la face de la pleine lune, de VS si remarquablement dessiné qui borde les premières lignes delà page précédente, de deux #d'onciale fantaisiste que je reproduis (Pl. 5) ; je parle moins de deux L dragonnés que d'un D et d'un grand Q à rosaces qui forment le centre et le coin droit du bas de cette Planche. C'est là un type tout neuf et dont je n'ai point eu d'équivalent à la Bibliothèque de Laon.
Le fleuron du D, dont le cœur est formé d'un entrelacs garni de quatre-feuilles,
rayonne en un jeu de compas très-ingénieux : huit longues feuilles à enroulements, repliées sur elles-mêmes, denticulées, heureusement découpées, et à travers lesquelles passe et repasse la panse régulière de la lettre d'or.
Le médaillon qui se développe dans le champ de la grande lettre Q est plus gracieux encore avec ses feuilles qui, s'unissant par la pointe à l'axe en forme de pâquerette, ressemblent, avec leurs linéaments curvilignes et reliés à la circonférence, aux rais d'une roue qui tourne avec rapidité autour de son moyeu, ou aux jets éblouissants de feu d'un soleil d'artifice accomplissant sa rotation vertigineuse. Certaines images du kaléidoscope ne se conduisent pas autrement que ces deux fleurons si variés d'effet dans leur symétrie, et dont toutes les parties se pondèrent avec une science magistrale. Dans les vingt ou vingt-cinq majuscules de ce beau manuscrit, ce sont les deux seules, d'ailleurs, qui affectent cette apparence d'apparitions kaléidoscopiques avec leur régularité parfaite et produite par la réflexion d'un dessin dans la triple glace noire du tube enchanteur.
La même sûreté de trait, la même hardiesse de main, la même habitude des ressources du pinceau caractérisent au plus haut point toutes les initiales peintes de ce Psautier, h grand B du psaume : Beafus oit qui non abiit in counlin imjnorum, ne le cède en rien, comme forme et perfection, aux plus belles majuscules de lévangéliairc bis. de Laon dont il rappelle avec bonheur les types élégants. J'aurais pu reproduire quatre ou cinq />
de tailles différentes; mais j'ai dû me borner, dans mon choix, a celui de ma Planche .*>. dans le centre duquel s'étale un riche épanouissement de feuillages et que surmonte une tète de chimère bizarrement coiffée. Danslestvle «lu grand G a face lunaire, ce Psautier possède encore un E d'égale dimension , de semblable décor. I n M (PL 5) montre une face diabolique avalant les tètes de deux dragons dont les corps squamineux et couverts de pustules vénéneuses se replient et s'enlacent pour enfermer un BeUfBge trois lobes qui se combinent avec les faces des chimères et composent ii Satan un diadème vraiment infernal. Avec quelques lettres de même Style, mais plus petites, et le grand S draconien gravé plus haut, telle est la part de la lettre it enroulements toujours remarquable de composition et d'un jet si hardi.
Cette fantaisie qui a déjà dessine'1 sur un il la ligure de la lune et sur un .1/ un
1. Manuscrits à mtnint. de la lltbltutlt. de Laon . I" pari., p. IIO. pl. M, "2* >ldit.
masque de démon, s'indique avec plus de précision encore par les deux L de dessin baroque (Pl. 5), et décorés l'un d'un oiseau qui semble emprunté à la broderie d'une étoile carlovingienne, le second d'un serpent dont l'énorme gueule engloutit la jambe d'un homme nu; celui-ci se défend à l'aide d'une épée dont sa gauche tient le fourreau. Rien ici dans la forme ne rappelle le parti pris qui avait présidé jusque-là à l'ornementation de ce manuscrit; en aucune façon, ces deux lettres ne procèdent de celles sur lesquelles je me suis arrêté plus haut. Faut-il penser qu'un autre dessinateur les a tracées? Déjà, dans mon étude sur la collection des manuscrits de Laon1, j'avais eu à constater ce même manque d'ensemble et d'unité dans la décoration du manuscrit n° 5. en faisant remarquer l'excessive rareté de ce phénomène, les livres affectant d'ordinaire le même caractère de dessin, soit que l'illustrateur invente un type, soit qu'il se contente de copier ses devanciers.
Le corps des majuscules du Psautier 97 de Soissons est toujours d'or, et bleu le champ sur lequel les enroulements et détails se développent. Généralement, les rinceaux , tracés à l'encre noire qui a des coups de force pour obtenir du relief, sont peints de vert et de vermillon. Les nervures des fleurons se tracent toujours à la plume et à l'encre rouge, comme aussi les traits des figures et les ornements intérieurs des grands feuillages. Parfois, au lieu d'être peint d'azur, le fond se plaque d'or autour des fleurons centraux. Évidemment, l'or qui a peu de brillant, ce qui arrive souvent au xne siècle où l'on cherche encore les anciennes formules perdues, a été posé au pinceau. Le bleu a été mal gouaché et a terni par places; il a même disparu en quelques endroits.
Ce qu'on peut d'ailleurs reprocher à bon droit au dessinateur, c'est la lourdeur de sa plume et de son trait d'enveloppe," ce qui enlève de la grâce à sa lettre. Le procédé est enfantin et par trop naïf.
Pour en finir avec l'ornementation de ce livre, il me reste à signaler un grand nombre de petites initiales filigranifères à corps vert ou bleu, avec traits de plume de vermillon ou d'azur. J'ai donné (Pl. 5) trois spécimens de ces lettres sans grande valeur et qui ne sont pas caractéristiques d'une époque. Inventées au xnc siècle, comme je l'ai montré par une multitude d'exemples puisés dans la collection de Laon, on les retrouve