‹ Les manuscrits a peintures de la bibliothèque de Sir Thomas Phillipps a CheltenhamChapitre 10 sur 24 · Voir à l’Appendice des détails complémentaires · texte numérisé non relu

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DE LA BIBLIOTHÈQUE DE CHELTENHAM

RÈGNE DE FRANÇOIS Ier ET FIN DU XVIe SIECLE.

[LXXVI]. Sur la limite des deux règnes de Louis XII et de François Ier se place l’exécution d’un manuscrit in-4° de 0m229 sur 0m198, renfermant un poème traduit, d’après Brice, par Pierre Choque et dédié à la reine Anne de Bretagne, sur l’incendie du vaisseau la Cordelière et la mort du brave Hervé Primauguet (n° 4467). Les sujets peints et les ornements qui le décorent, d’ailleurs détériorés, sont fort grossiers ; mais le livre n’en est pas moins un exemplaire qui a été offert en présent par le traducteur, comme l’indique expressément une dédicace rajoutée avant le poème, à la fille d’Anne de Bretagne, la reine Claude de France1.

D’autres volumes un peu postérieurs sont heureusement décorés avec beaucoup plus de soin et d’élégance et dans un état de conservation irréprochable.

A l’époque où ils ont été peints, c’est-à-dire pendant le règne de François Ier, l’industrie des manuscrits à images, de plus en plus menacée par la diffusion des livres imprimés et des gravures, s’éteint peu à peu. En dehors de quelques artistes éminents, dont la collection de Cheltenham ne renferme aucune œuvre, les derniers miniaturistes français ne produisent plus que des peintures visant à l’effet et tirant l’œil, mais dont le dessin sec et dur et le coloris trop souvent criard trahissent la faiblesse des exécutants. Ces successeurs dégénérés des Pol de Limbourg et des Jean Foucquet ont pour principal représentant un certain Étienne Collault, qui a travaillé pour le roi François Ier.

[LXXYII]. Le plus beau de la série des six volumes, réunis par sir Thomas Phillipps, où l’on voit apparaître ce style dur et ces colorations inharmonieuses, estungr. in-folio (0m350sur 0m215) de 218 feuillets à longues lignes, dans un superbe état matériel, les Vies de Romulus et de Caton d' Clique (n° 3112), venant du duc de la Vallière, n° 5578 du catalogue de vente, et ayant appartenu antérieurement à l’illustre famille des ducs de Guise2.

1. La Bibliothèque nationale possède l’exemplaire du même poème qui a appartenu à la reine Anne de Bretagne (ms. français 1672). Les deux miniatures qui l’illustrent ne sont pas meilleures que celles du manuscrit de Cheltenham.

2. Les armes de Guise sont peintes dans un grand écusson sur le premier

Ce volume n’est pas seulement le plus brillant d’aspect, il est encore le plus intéressant, en nous montrant aux prises ce qu’on pouvait appeler alors l’ancienne et la nouvelle école. Les cinquante-quatre grandes peintures à pleine page, qui le décorent, sont, en effet, l’œuvre de deux exécutants à la physionomie très tranchée. Tandis que l’un se rapproche de la manière adoptée par Étienne Collault, l’autre, dont le coloris est beaucoup plus fondu et auquel on pourrait reprocher plutôt l'indécision du trait et la mollesse du modelé, se révèle comme un élève, ou tout au moins comme un imitateur du vieux Jean Bourdichon, mais en restant, il faut l’ajouter, bien loin de son modèle.

C’est, au contraire, uniquement le style adopté par Étienne Collault qui domine dans les miniatures, presque toutes de grandes dimensions, qui illustrent les cinq volumes suivants, complétant la série :

[LXXVIII]. Vie d'Annibal, traduite du grec en latin « et du latin en langage vulgaire gallique, » par Simon Bourgoing (n° 3110), in-fol. de 0m320 sur 0m220, à longues lignes, avec dix-sept grandes miniatures, dont la première représente l’auteur à genoux offrant son livre à un évêque assis dans une chaière que surmonte un écusson assez compliqué.

[LXXIX]. L’Amour de Leriano et de Laureole , fille du roi de Macédoine, mis en français1 d’après une version italienne de l’original espagnol de Diego San Pedro (n° 9297), petit in-fol. de 0m313 sur 0m208, à longues lignes, également illustré de dix-sept miniatures, aux armes de Charles de Bourbon, comte de Vendôme, grand-père de Henri IV, et de sa femme Françoise d’Alençon (1513-1537).

[LXXXj. Roman de P er ce for est (n° 4791), grand in-folio de 0m430 sur 0m320, orné de sept grandes images et d’un certain nombre d’autres plus petites; portant les armes de Guise, peintes sur le feuillet de garde.

[LXXXI]. Procès de Jeanne d' Arc (n° 6448), in-4° de 89 feuillets mesurant 0m280 sur 0m185, ayant appartenu à Fleurette d’ Armagnac, née le 25 septembre 1553, qui épousa, en

feuillet. A la fin de chacune des deux vies on lit la devise : « A tous jours mais. »

1. La Bibliothèque nationale possède également un exemplaire de cette traduction, ms. français 24382.

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décembre 1565, à Gappens, Biaise de Villemur, né le 9 septembre 1545 G

[LXXXII]. Statuts de l'ordre de Saint-Michel (n° 1323), exemplaire officiel de format in-4", avec les armes de Du Bellay peintes sur le feuillet de garde, contenant, conformément à la règle adoptée pour ce genre de manuscrits dès l’institution de l’ordre, une grande miniature qui représente la tenue d’un chapitre présidé par le roi, et qui est, dans le cas présent, très faible et sans la moindre valeur quelconque1 2.

[LXXXIII]. A propos de ce dernier volume, j’ajoute qu’il y a à Cheltenham un autre exemplaire des Statuts de Saint-Michel , datant de la même époque et du même format (n° 4314). Cet exemplaire devait être presque semblable au précédent, mais le feuillet sur lequel était peinte la miniature traditionnelle a été coupé.

[LXXXIV]. En même temps que l’habileté de la main se perd, on constate une introduction de plus en plus marquée des formules empruntées à l’art italien, mises à la mode par le Primatice et l’école de Fontainebleau. Ce caractère est très sensible dans sept petits tableaux qui décorent un manuscrit in-8° daté de 1534, ancien 37367 de la bibliothèque de d’Aguesseau : le Lustre des temps , « fragment des histoires et croniques recueilly et assemblé en ce petit livret intitulé : le Lustre des temps , par maistre Millon, prudhomme advocat en Parlement et chanoyne de Rouen, » dédié à « maistre Guillaume, général des finances en Normendie et trésorier de l’épargne » de François 1er (n° 4430).

Me voici arrivé à la fin de la première partie de cette revue, qui est consacrée aux manuscrits enluminés en France.

[LXXXY]. En effet, après avoir mentionné pour mémoire un exemplaire transcrit sur papier des Romans de Lancelot du Lac et de Tristan (n° 3637), in-fol., illustré, dans la seconde

1. Trois pages de la fin du volume sont remplies de notes du xvia et du xvne siècle, relatant les dates de naissance de différents membres de la famille de Villemeur ou Villemur.

2. Les chevaliers sont au nombre de dix, debout autour du roi, portant simplement le collier de l’Ordre, sans le grand manteau de cérémonie. Sur l’étoffe qui tapisse le fond de la salle sont brodés en or des F surmontés de la couronne royale. Le souverain représenté est donc bien François Ier. Mais la peinture est une œuvre de pratique, beaucoup trop faible pour offrir de l’intérêt sous le rapport iconographique.

moitié du xvie siècle, d’aquarelles fort lâchées d’exécution, il ne me reste plus à citer qu’un dernier volume :

[LXXXVI]. C’est un Livre d' Emblèmes, de grand format, revêtu d’une riche reliure de maroquin rouge à petits fers (n° 2305) , qui fut offert en cadeau au cardinal Henri Cajetani, légat du saint-siège en France à l’époque de la Ligue, quand celui-ci vint à Paris en 1590. Chacun des cinquante-deux feuillets du manuscrit porte une grande peinture allégorique, au-dessous de laquelle se lisent des vers explicatifs, presque tous en latin, composés, en l’honneur du légat, par des habitants de Paris dont les noms sont indiqués. Ces images appartiennent à une époque trop basse pour présenter de l’intérêt au point de vue de l’art; mais l’ensemble serait curieux à étudier de près sous le rapport historique, car la plupart des emblèmes renferment des allusions politiques aux événements contemporains de la mort de Henri III et de l’avènement de Henri IV1.

Je passe aux manuscrits venant de l’étranger.

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