LES MANUSCRITS A TEINTURES
cription du dernier feuillet1, aux environs de Florence, le 21 janvier 1478 (v. s.). Ce volume, qui compte en tout quatre cent trente-cinq feuillets2, de 0m380 sur 0U1250, est de toute beauté. Il constitue, sous le rapport de l’art, avec les Histoires de la Bible , les Douze Césars de Bourdichon et les dessins de la Thébcüde de Stace, l’élite de la collection conservée à Cheltenham. L’ornementation comprend une superbe bordure autour de la première page et de nombreuses lettres initiales historiées où des personnages sont vus en buste. Par son caractère général, le volume présente une ressemblance incontestable, tout en étant cependant loin de pouvoir être mis sur la même ligne, avec un incomparable exemplaire des Triomphes de Pétrarque , aujourd’hui à la Bibliothèque nationale (ms. italien 548), qui a été donné à Florence au roi de France Charles VIII, mais qui a d’abord appartenu à Laurent de Médicis, pour qui il a été terminé en 1476, deux ans, par conséquent, avant le présent recueil des Historiens de l'histoire auguste. Le style exquis des enluminures du manuscrit de Cheltenham, leur prodigieuse délicatesse d’exécution, leur coloris charmant permettent de les attribuer, avec toute vraisemblance, à Francesco d’ Antonio del Chierico, le prédécesseur immédiat et le rival, trop peu apprécié jusqu’ici à sa véritable valeur, du fameux Attavante. Quant à la transcription du texte, je crois y reconnaître sûrement l’écriture d’Antonio Sinibaldi, un des premiers copistes florentins de l’époque.
J’ai relevé encore à Cheltenham deux autres manuscrits également décorés des armes peintes des Médicis :
[CIX]. Histoire de V Ordre des Camaldules, écrite en latin, par « Ludovicus Camaldulensis monachus », in-8°, exemplaire de dédicace offert par l’auteur à Pierre de Médicis3, et ayant appartenu ensuite à son fils Julien (n° 10615) ;
1. « Anno ab incarnatione Domini M° CCCCLXX” VIII” et xxi* januarii
Opus hoc celeberrimum ruri apud Florentiam consumatum est Die aulem Jovis hora vero diei xxia. Laos, honor, imperium et gloria sit omnipotenti Jhesu Christo per infinita seculorum. Amen.
Omnium rerum vicissi ludo est. »
2. Y compris trois feuillets de garde blancs et deux de table moderne.
3. Les armes de Pierre de Médicis, accompagnées de la devise Semper, sont peintes au bas du premier feuillet. Sur le dernier feuillet on lit cette note : « Liber Juliani de Médicis, Pétri filii. »
DE LA BIBLIOTHÈQUE DE CHELTENHAM
[CX]. Et Ciceronis orationes (portant à la fois les numéros 918 et 2881).
Mais leur origine constitue l’unique intérêt de ces deux volumes, l’ornementation en étant fort simple.
[CXI]. Il n’en est plus de même pour un exemplaire, de format in-8°, du texte grec des Fables d'Esope (n° 23690), qui ne provient plus, il est vrai, des Médicis, ou du moins rien ne l’indique, mais que je cite ici comme ayant été peint à Florence vers 1480. C’est, en effet, la valeur d’art qui l’emporte surtout dans ce volume, grâce à cent trente et une petites miniatures disposées en longueur, dont la plupart sont d’une finesse et d’une élégance de style vraiment exquises.
Manuscrits provenant de la bibliothèque de Mathias Corvin.
On sait que le héros qui défendit si valeureusement contre les Turcs son royaume de Hongrie mit à contribution, pour enrichir sa bibliothèque, l’élite des miniaturistes, à commencer par Attavante, et les plus habiles des copistes établis à Florence. Sir Thomas Phillipps avait pu acquérir deux reliques de cette bibliothèque. Ce sont les deux volumes suivants, dont aucun n’offre rien d’exceptionnel, mais qui sont d’un bel aspect d’ensemble et qui présentent cette particularité d’avoir conservé intactes leurs anciennes tranches, peintes en couleur sur fond d’or.
[CXII]. Cecilii Cypriani, Liber de habitu Virginis (n° 4361), in-fol., de 0m328 sur 0m227, à longues lignes, ayant fait partie, au xviii® siècle, de la bibliothèque de Lamoignon.
[CXIII]. Et Titus Livius, De secundo bello punico (n° 3010), manuscrit de format un peu plus grand que le précédent, 0m362 sur 0m245, également à longues lignes, à la fin duquel se lit la signature du copiste : « Johannes Franciscus Martius Geminiane[nsis] est scriptor. »
Manuscrits exécutés dans le nord de l'Italie.
Il manque aux collections de sir Thomas Phillipps, pour offrir un tableau complet des plus fameuses bibliothèques italiennes du xve siècle, quelque manuscrit provenant des familles souveraines qui ont dominé à Milan, les Yisconti et les Sforza. A défaut de livres exécutés pour ces princes, dont la plupart furent des biblio-
-ÜXxxrg •
Ur lg<?J ^ h** -
philes raffinés, trois jolis volumes permettent d’étudier à Cheltenham la manière des miniaturistes qui ont travaillé dans le nord de l’Italie.
[CXIY]. Le plus ancien est un exemplaire in-4°, 0m262 sur 0m170, décoré de quatorze frontispices à images, des œuvres de Virgile (n° 3506), dont la transcription fut terminée le 24 novembre 1459, par un copiste qui signe : « Jacobus Guidonis de Yerona. »
[CXV]. Yient ensuite un Livre d'heures, de petit format, 0m135 sur 0m90 (n° 958), avec des lettres initiales historiées, d’un travail délicat, dans le goût régnant vers 1480. Suivant le catalogue imprimé de sir Thomas Phillipps, ce manuscrit, qui a fait partie de la collection Celotti, aurait appartenu à Maximilien de Gonzague.
[CXYI]. Le troisième manuscrit est le plus remarquable sous le rapport de l’art. C’est un exemplaire de format in-4°, 0m288 sur 0m145, des écrits de Dictis de Crète (n° 3502), qui vient de la bibliothèque de Mac Carthy. Six grandes images et quaranteneuf petites illustrent le volume. Elles dénotent par leur style l’influence de l’école du Squarcione et de Mantegna. La première, qui est seule en toutes couleurs, est véritablement très bonne et très fine. Les autres sont plus faibles, mais elles sont intéressantes par l’emploi d’un procédé spécial de camaïeu modelé en or sur fonds bleus ou violets, dont on retrouve d’autres exemples dans de très beaux livres appartenant à la bibliothèque de l’Université de Turin1, qui se rattachent également, en ce qui touche leur décoration, à l’école de Mantegna.
XVIe et XV IL siècles.
A partir du xvf siècle, la série des manuscrits d’origine italienne n’offre plus que de rares spécimens et d’ordre très secondaire. Je note en passant :
[CXYII]. Un Isolario del Mediterraneo, de Buondelmonte, in-4°, où des cartes géographiques sont peintes avec assez de soin (n° 4473);
[CXVIII]. Et un exemplaire petit in-fol., sur papier, écrit à longues lignes, vers 1550 environ, de la Notitia dignitatum,