‹ Les manuscrits a peintures de la bibliothèque de Sir Thomas Phillipps a CheltenhamChapitre 14 sur 24 · Cette observation est due à M. Omont · texte numérisé non relu

Cette observation est due à M. Omont

singulièrement à désirer, à envisager les choses par le coté esthétique, sous le rapport de la beauté et de la correction.

[XC]. L’art a moins à voir encore dans le manuscrit qui suit le précédent, à deux siècles d’intervalle, un exemplaire du roman français de Meliadus de Leonnoys , de format in-folio (n° 3622), écrit en Italie à la fin du xme siècle, qui offre l’exemple d’une ornementation aussi lourde que grossière.

Même observation pour trois manuscrits du xive siècle :

[XCI]. Historia di Troya, traduite du latin en langue italienne par ser Phylippo Ceffi, notaire florentin, en 1324, in-folio à deux colonnes, avec lettres historiées (n° 10617).

[XCII]. Poèmes de Virgile, en latin, in-folio à longues lignes (n° 6549).

[XCIII]. Et Specchio délia Croce (n° 12304), manuscrit in-4° sur deux colonnes, de 1384, avec deux affreux dessins coloriés.

La valeur esthétique se relève déjà avec deux manuscrits d’origine vénitienne :

[XCIV]. Une copie contemporaine des Chapitres ou Ordonnances rendus par le doge Andrea Contareno, au moment de sa proclamation en 1367 (n° 8843) ; in-folio à longues lignes, décoré de deux grandes lettres historiées dont la seconde montre le doge lui-même, portant le gonfanon, à genoux devant le lion de saint Marc ;

[XCV]. Et une Vie des Apôtres , écrite en dialecte vénitien (n° 11858), in-4° de 298 feuillets, avec de nombreuses initiales historiées contenant des bustes de saints, qui trahissent une influence ou une imitation très sensible de l’art byzantin.

[XCVI]. Mais voici un dernier manuscrit du xive siècle qui est orné d’illustrations dont les connaisseurs les plus difficiles en matière d’art s’accorderont certainement à reconnaître la remarquable beauté. C’est un exemplaire in-folio du poème latin de la Thébaïde de Stace (n° 1798), venant de Meermann et ayant fait partie antérieurement, sous le n° 968, de la bibliothèque de l’abbé d’Orléans de Rothelin. En tête de chacun des douze livres du poème de Stace, est un dessin en longueur, de 0m160 à 0“180 de large, où les figures, le terrain et les accessoires tracés à l’encre et ombrés au lavis s’enlèvent sur un fond bleu cru de teinte uniforme. Le style de ces dessins, de même que le caractère paléographique de l’écriture, est tout à fait italien. Mais,

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chose curieuse, les grandes lettres se détachant sur or bruni dénotent au contraire l’influence du goût français. Peut-être pourrait-on en conclure que le manuscrit a été exécuté à Avignon, où la présence des papes rendait alors très florissante l’industrie des livres de luxe. Ce qui est certain en tout cas, c’est que ces dessins sont l’œuvre d’un excellent artiste italien, et probablement florentin, de la suite de Giotto. On voit notamment dans la composition qui orne le livre IV une exquise figure de lemme agenouillée, cueillant des fleurs pour un enfant, qui ferait honneur aux maîtres les plus éminents de l’école. Il faut aussi citer, comme particulièrement dignes d’attention, les deux compositions des livres II et III.

XVe siècle.

Parmi les manuscrits italiens du xve siècle, je citerai d’abord rapidement six volumes qu’il suffît de mentionner en quelques mots, aucun d’eux n’offrant le moindre intérêt particulier sous le rapport de l’art :

[XCVII]. Ciceronis epistole, in-4° (n° 24346).

[XCYIII]. Istorie di Trogo Pompeio , manuscrit in-4°, dont le copiste signe « Baldasar de Viglevano », et malheureusement détérioré (n° 3353).

[IG]. Bréviaire in-4°, sur deux colonnes, daté de 1474, d’exécution très grossière (n° 12310).

[C]. Poésies d'Orphée , texte grec écrit en Italie (n° 3503), où M. Omont a reconnu la main du copiste Jean Rhosos, et qui s’ouvre par une assez jolie petite miniature représentant le poète.

[CI]. Ovidii Epistole (n° 8416), de format réduit, 0m162 sur 0ra95, avec vingt miniatures à pleine page, très vulgaires, mais se recommandant par leur fraîcheur.

[GII] . Œuvres d'Eutrope, également de petit format (portant a la fois les nos 16386 et 18158), aux peintures encore plus faibles.

Les manuscrits qui suivent sont au contraire beaucoup plus remarquables, soit par leur beauté, soit tout au moins par leur origine illustre.

La merveilleuse époque du xve siècle, si féconde à tous les points de vue, a été marquée par la formation en Italie ou tout

au moins par l’accroissement dans des proportions considérables de splendides bibliothèques possédées par les papes et par des princes ou grands seigneurs, les uns fixés dans le pays, les autres étrangers, mais ayant pour fournisseurs des libraires de la Péninsule. Quatre des plus célèbres parmi ces bibliothèques du xv® siècle sont représentées, par des manuscrits enluminés ayant été spécialement exécutés pour elles, dans les collections de sir Thomas Phillipps : la bibliothèque des souverains pontifes, celle des rois de Naples de la dynastie aragonaise, celle des Médicis de Florence, enfin celle de Mathias Gorvin, le glorieux roi de Hongrie.

Manuscrit provenant de la bibliothèque des souverains pontifes.

[GUI] - Polybii historia , traduction latine par Nicolas Perotti (n° 4787), in-fol. de 0ra280 sur 0m190, à longues lignes, exemplaire de dédicace offert par le traducteur au pape Nicolas V, dont il porte le chiffre, tracé sur un écusson au bas du second des deux frontispices encadrés qui ornent le volume. Belle production de librairie de luxe, mais sans rien d’exceptionnel cependant.

Manuscrits provenant des rois aragonais de Naples ou exécutés dans leurs Etats.

Deux manuscrits, tous deux très beaux au point de vue materiel, étalent sur leurs frontispices les armes des souverains de la dynastie aragonaise qui ont régné à Naples.

[CIV]. L’un est un Missel à peintures (n° 4790), de format in-fol., 0m370 sur 0m250, à deux colonnes. La première page du texte est entourée d’une riche bordure que domine 1 écusson royal. Dans le bas, une miniature de forme allongée montre le souverain pour qui le missel a été fait, à genoux en prière, ayant derrière lui plusieurs seigneurs de la cour. Autant que je puis en juger d’après mes souvenirs, les éléments de comparaison m’ayant fait défaut au moment même de mon examen et n’ayant pu être consultés qu’après mon retour en France, les traits donnés au roi dans la miniature en question semblent bien désigner Alphonse Ier, qui régna de 1435 à 1458. Le volume renferme encore quarante autres images, tantôt disposées en carre dans les colonnes, tantôt insérées dans les lettres historiées.

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[CV]. Le second volume ayant ]a même provenance est un recueil, également de format in-fol., 0m336 sur 0m225, écrit à longues lignes, des Épîtres , en latin, de Francesco Barbaro (n° 6640), exemplaire de dédicace offert par Zaccaria Barbaro, fils de Francesco, au roi Ferdinand Ier, successeur d’Alphonse (1458-1494). Le volume ne renferme pas de miniatures proprement dites, mais la partie décorative, consistant en deux frontispices à bordure et en trois titres en lettres d’or sur fonds pourpre, y est traitée d’une façon très brillante. On lit à la fin la signature du copiste Giovanni Marco Cinico di Palma, que l’on sait avoir travaillé pour la cour napolitaine entre 1470 et 1492 :

« Joannes M. Cynicus Parmensis Ferdinando Ara- « gonio Cae. Aug. fundatori quietis exscripsit. »

Des deux superbes livres que je viens de citer, il convient de rapprocher deux autres manuscrits ne paraissant pas, il est vrai, avoir fait partie de la bibliothèque des souverains de la dynastie aragonaise, mais qui ont été certainement écrits et peints dans le royaume de Naples à l’époque où ils y régnaient. Ces deux manuscrits, qui, pour l’élégance de leur décoration, peuvent rivaliser avec les volumes d’origine royale, sont les suivants :

[CVI]. Joannis Jovio.ni Pontani opéra (n° 7084), grand in-fol., relié en vélin blanc aux armes d’un membre de la grande famille napolitaine des Carrafa, portant les mêmes armes peintes en bas d’un bel encadrement qui orne la première page ;

[CVII]. Et les Commentaires de César , en latin, de format petit in-fol. (n° 273), ayant appartenu, à la fin du xve siècle, à un seigneur, probablement français , qui avait pour blason un écusson palé d’azur et d’argent de six pièces au chef d’or1.

Manuscrits provenant de la bibliothèque des Médicis ou exécutés à Florence.

[CVIII]. Les armes des Médicis, accompagnées de la devise « Le tant revient » , inscrite sur un phylactère , sont peintes dans l’encadrement du frontispice d’un admirable manuscrit in-fol. renfermant le texte des Historié Auguste Scriptores (n° 2163), dont la transcription a été achevée, suivant la sous-

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