ANGLETERRE
Chose assez curieuse, sir Thomas Phillipps n’avait recueilli qu’un nombre plus que réduit de manuscrits enluminés ayant été exécutés dans les ateliers de la Grande-Bretagne.
Je n’en ai, en effet, retrouvé que trois :
[CXXI]. Encore est-ce sous toute réserve, et en me fondant seulement sur certains caractères de l’écriture, que j’attribue une origine anglaise au plus ancien d’entre eux, un Livre d'Evangiles, in-4°, à longues lignes, paraissant être du xe siècle (n° 4558) . Ce qu’il y a de certain, c’est que la seule page illustrée du volume, représentant, en cinq médaillons, le Christ et les quatre évangélistes, figurés par des corps humains à têtes d’animaux, comme dans le sacramentaire de Gellone, est un vrai barbouillage de la plus atroce barbarie1.
[CXXII]. L’origine locale, au contraire, est indiscutable pour un exemplaire petit in-fol., à deux colonnes, de la Topographia hibernica de Giraldus Cambrensis (n° 6914). Des dessins à l’encre, dans lesquels il y a souvent une intention marquée de caricature, tracés sur les marges de ce volume par une plume très ferme et exercée, et rehaussés de tons d’aquarelle, sont un bon spécimen de l’art des illustrateurs de manus-
1. Les figures sont dessinées à l’encre et grossièrement coloriées de rouge, bleu, violet et jaune.
crits en Angleterre au xme siècle. On remarque surtout, dans ces dessins coloriés, l’esprit d’observation et la fidélité piquante avec laquelle l’auteur a saisi et reproduit, dans ses figures, la physionomie propre des habitants de la Grande-Bretagne.
[CXXIII]. Le troisième et dernier manuscrit de la série date de la première moitié du xve siècle : Lidgate’s Fait of princes, traduction de l’ouvrage de Boccace, De casibus nobilium virorum, faite, suivant le catalogue, vers 1430 (n° 4254). Ce qu’il y a de plus intéressant à noter dans ce volume in-fol., à deux colonnes, c’est que le très médiocre auteur des enluminures, qui était bien Anglais de naissance et d éducation artistique, a évidemment cherché à s’inspirer des beaux manuscrits parisiens de l’école de Pol de Limbourg. Mais combien il est resté loin de ses modèles !