‹ Les manuscrits a peintures de la bibliothèque de Sir Thomas Phillipps a CheltenhamChapitre 20 sur 24 · XXXIV · texte numérisé non relu

XXXIV

Tite-Live, traduction française de Pierre Bersuire (n° 266).

L’origine de ce manuscrit est indiquée par cette longue note écrite dès le xve siècle, et complétée à la fin du xvne ou au commencement du xvme siècle, qu’on lit sur le verso du dernier feuillet du texte :

« Le roy Jehan de France fist escripre cestui livre et translater de latin en romant, lequel roy le donnait à Marie, sa fille, duchesse de Bar, marquise du Pont et dame de Cassel, que ledit roy Jehan de France ot de la royne Bonne, sa femme, qui fust fille au bon roy Jehan de Behaingne; et de ladilte duchesse revint en la main du duc Edouart de Bar, son filz; et puis revint ledit livre en la main de Loys, frere audit duc Edouart, cardinal et duc de Bar; lequel dit cardinal, duc de Bar, donnait laditte duchié de Bar et ses seingnou-

DE LA BIBLIOTHÈQUE DE CHELTEIVHAM

ries à René, fïlz du roy Loys de Secille et duc d’Anjou, lequel dit roy Loys ot ledit René de la fille du roy d’Arragon et fille de la royne Yolant, fille du duc Robert de Bar et de la dessus ditte Marie, fille dudit roy Jehan de France, que fuit femme dudit duc Robert de Bar ; lequel dit René, roy de Secille et de Jérusalem, duc d’Anjou, de Bar et de Lolhraine, quant il voult aler en son royalme de Secille pour prendre la succession qui ly estoit escheute de par le roy Loys, son ainsné frere, donnait cestui dit livre à honnourey chevalier messire Robert de Baudrecourt et bailly de Ghalmont; et ledit messire Robert le preslait à Jehan de Yy, l’eschevin, fîlz de feu messire Jehan de Yy, chevalier. Lequel dit Jehan de Yy le fist contre escripre par maistre Jehannin de Rouen, Fescripvain. Et fust ledit livre enluminés par maistre Henry d’Orquevaulz1 , et fust parfait et affenis en l’an mil 1111e et XL. Lequeilz dit livre le desurdit Jehan de Yy, [qui] fut filz le signur Jehan de Vy, chevellier, que le signour Jehan oit de dame Bietrix sa femme, que fut fille Jehan le Hungre l’anney, le donait par son testament [à] Pierre Baudoche, son nevolz, fdz le signour Jehan Baudoche, chevellier, lequeilz dit signour Jehan fut fîlz le signour Arnoult Baudoche, chevellier, que le signour Arnoult oit de damme Ysabel, sa femme, que fut fille le signour Poince le Gournaix, chevellier, lequeilz Piere dexirdit li dit signour Jehan Baudoche, chevellier, oit de dame Bietrix sa femme, fille de Thiebalt de Vy, frere au dessurdit Jehan de Vy, lequeilz Thiebault de Vy oit de Jennette, sa femme, que fut fille du signour Poince Louve, chevellier, que lidy signour Poince oit de damme Paratte, sa femme, que fut fille signour Jehan Baudoche, chevellier, que fut2. — Et ledit livre est revenu à mesire Gui de Baudoche et à dame Bonne de la Mark, en suitte il est passé dans la maison de Hamels par le mariage de Vulcane de Baudoche avec Antoine de Hamels, chevalier, seigneur de Lincourt, gouverneur de Gorbie, en suitte il est venu dans la maison de la Viefville par le mariage d’Anne- Glaire- Eugénie de Hamels avec Antoine, sire de la Viefville, baron d’Orvillé, grand père et grande mère de Ferdinand de la Viefville, comte d’Orvillé. »

Au recto du deuxième plat de la reliure ont été écrits au xve siècle ces mots : « Pierre Baudoche, l’eschevin, filz signour Jehan Baudoche, chevellier. »

1. Maître Henry d'Orquevaulz tire évidemment son nom du petit village d’Orquevaux, dans la Haute-Marne, arrondissement de Chaumont, canton de St-Blin.

2. Tout ce qui précède est d’une écriture du xve siècle. Ce qui suit, au contraire, a été écrit seulement au xvne ou peut-être même au xvme siècle.

Les notices consacrées aux familles de Vy et Baudoche par le baron d’Hannoncelles, dans son ouvrage sur Metz ancien \ confirment et permettent de compléter les renseignements généalogiques contenus dans la note ci-dessus. Le personnage pour qui le manuscrit fut copié sur un exemplaire venant de la Maison de France et appartenant alors à Robert de Baudricourt, si connu pour le rôle qu’il a joué auprès de Jeanne d’Arc, est un Messin, Jean de Yy, troisième du nom, écuyer, seigneur de Saint-Juré, échevin du palais à Metz, fils de Jean II de Vy, chevalier, mort en 1398, et de Béatrix Le Hungre, morte en 1390. Jean III de Yy mourut le 7 mars 1449 et fut inhumé aux Gélestins de Metz. Marié trois fois, d’abord à Perrette, fille de Jean Baudoche, l’échevin, morte au mois d’août 1400, puis à Perrette, fille de Jean Braidy, morte le 13 décembre 1409, et enfin à Jennette, fille de Jean Renguillon dit Baulcon, qu’il épousa le 49 février 4428, et qui lui survécut, Jean III de Vy ne laissa aucune postérité de ses trois unions. On comprend ainsi comment le manuscrit, terminé pour lui en 4440, passa à sa mort, comme le dit la note du xve siècle, à son neveu, ou plus exactement à son petit-neveu, Pierre Baudoche, fils de sa nièce Béatrix de Vy, mariée à Jean Baudoche.

L’origine certaine du manuscrit lui donne un intérêt tout particulier, que vient encore rendre bien plus accentué l’indication des noms du copiste Jehannin de Rouen et de l’enlumineur maître Henry d’Orquevaulz, sans parler des portraits dont j’ai mentionné l’existence dans la dernière miniature du volume.

Les familles de Yy et Baudoche, au cours du xive et du xve siècle, n’ayant pas quitté le pays messin, il est évident que le manuscrit a dû être exécuté dans la région même. On se trouve donc posséder en lui un spécimen à date certaine et à auteurs connus de ce que l’on savait faire comme librairie de grand luxe et comme miniature en Lorraine dans la première moitié du xve siècle1 2.

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