Hystoire de Monseigneur Girard de Roussillon (cod. 254g
g. Le Comte de Laborde, Les Ducs de Bourgogne, tom. I, p. LXXXV, note, s'exprime ainsi, peut-être avec sévérité : « Cet enlumineur avait toutes les qualités comme tous les défauts de son métier. L'habileté de la main résume toutes les qualités; quant aux défauts, ils sont de toutes sortes : abus de couleurs brillantes, tons criards, prédilection pour le bleu dans les vêtements et les toits des maisons, bleu vif qui rend mal l’ardoise, monotonie dans les expressions des figures, type uniforme; les yeux étonnés, la tête souvent en l’air, les pieds mal posés sur terre, les figures dessinées comme si elles étaient vues de haut et à vol d’oiseau, les fonds minutieusement détaillés, mais froids dans l'effet, insipides et sans trace d imitation ». Et il ajoute : « Et, malgré l’âpreté de cette critique, je reconnais que la plupart des manuscrits cités dans beaucoup de Bibliothèques pour leurs belles miniatures, ne sont pas plus recommandables ».
haut, n° 3o, et qui est conservé actuellement dans la Librairie de Bourgogne à Bruxelles (Ms. 9005-9006). 11 avait appartenu à Philippe le Bon et figurait dans l’inventaire de la Librairie de Bourgogne, dressé vers 1467? après la mort du Duc1. Il n’est pas étonnant que le Grand Bâtard ait assigné comme modèle, à son peintre, le manuscrit qui appartenait à son père et qui était conservé précisément à Bruges.
Pour appuyer le bien fondé de cette opinion, nous avons dressé le tableau des manuscrits de la Famille n° 4 (voir pp. 198-199), comprenant tous les manuscrits copiés les uns sur les autres. Le lecteur pourra se rendre compte de l’analogie exacte des sujets traités par les différents peintres. Il verra que le manuscrit de Turin a été copié sur le Ms. 9005-9006 de Bruxelles et qu’il a servi lui-même de modèle au graveur de l’incunable d’Abbeville, comme nous le ferons ressortir, quand nous en arriverons à la description de ce livre à figures.
Mais chacun de ces trois artistes a apporté dans l’exécution de son œuvre la manière qui lui était propre, selon son tempérament et son éducation artistique. Celui du manuscrit de Bruxelles a traité ses fonds comme on les exécutait aux environs de 1400, c’est-à-dire avec un décor mosaïqué qui faisait office de toile de fond. Celui du manuscrit de Turin, au contraire, éminemment paysagiste, a remplacé ce décor par des lointains variés, où les eaux serpentent au milieu d’une campagne rocheuse. Enfin, le graveur de i486, comprenant ce qu’il pouvait demander à l’outil dont il se servait, a abandonné les fonds à dessins et les paysages pour des masses architecturales que la taille du bois rendait merveilleusement. C’est ainsi que trois artistes différents, à trois époques successives, ont pu s’inspirer les uns des autres, en gardant à leur œuvre la marque de leurs temps respectifs. L’examen des planches XXIII, XXIV, XXV, XXVI, XXVII, XLII, CXXXVI et CXXXVII permettra au lecteur d’apprécier la justesse de ces observations.
Voici maintenant l’explication des miniatures :
Tome I. — LIVRE I. — fol. 1. — H. om,i65 Xom,2o5, cadre compris. — Histoire de Clovis. — ( Planche XLII.) Saint Augustin, revêtu des insignes épiscopaux, avec un manteau bleu, est assis à gauche sur une haute chaire à baldaquin. Il écrit son traité sur un pupitre placé à sa portée. Les manuscrits qu’il compulse sont épars autour de lui ; un ange rose, semblant venir du ciel, inspire ses travaux, en planant au-dessus de sa tête. Au premier plan, Clovis, dans une robe rouge brodée d’or et bordée d’hermine, est debout au milieu de la scène; il a la tête légèrement tournée vers un ange jaune, qui lui apporte du ciel l’écu fleurdelisé. Derrière, à gauche, un aigle couronné fixe le soleil, dont il supporte les rayons sans fléchir, une colombe descend d’en haut, tenant la sainte ampoule dans son bec et, sur le sol parsemé de fleurs, est fichée la hampe de l’oriflamme, dont l’étoffe est en soie rouge. La rivière, sortant d’une colline qui abrite la cellule de l’ermite, court dans la vallée; un pont est jeté d’une rive à l’autre. Le fond de la scène est occupé par une vaste construction monastique, l’abbaye de Saint- Denis, aux pierres grises et bleues. La campagne s’étend au loin verdoyante. Toute cette scène est la
représentation détaillée du prologue de Raoul de Praelles, rappelant à son bienfaiteur Charles Y les lointaines origines de la monarchie française. Le cadre de la miniature est fleurdelisé. On remarque, dans les marges, l’emblème et les armes du Grand Bâtard et, en bas, sa devise en lettres d’or.