VOIR PLANCHE XXXVIII
Description générale. — Deux vol. gr. in-fol. Très beau vélin. Dimension des ff. : H. om,477 x om,33o. Justification : om,295 x om,2o3. 2 colonnes, avec on',029 d’intervalle : 39 et 40 lignes.
Le premier tome, coupé arbitrairement, contient les trois premiers livres, précédés du discours de présentation, de la sentence tirée du Livre II des Rétractations et des prologues. Il se termine avec la fin de l’exposition du chap. xxxi. Il comprend 1 fol. blanc, 241 ff. numérotés et 1 blanc. Le fol. 2 commence par ces mots : « Et sur toutes ces choses » et le 241" par : « Pourquoi me contrains tu ».
Le second tome contient les sept livres suivants et commence avec la table des chapitres du Liv. IV. Il comprend 1 fol. blanc, 336 ff. numérotés et 1 fol. blanc. Le fol. 2 commence par ces mots : « que len devoit aourer » et le 336e par : « ou que on les doie » .
Collation. — Cahiers de 8 ff., avec réclames, lesquelles ont été quelquefois rognées à la reliure malgré la grandeur du volume.
Reliure. — En veau brun, de 1757, aux armes d’Angleterre sur les 2 plats, avec des couronnes royales aux quatre coins et à l’intérieur. Dos de pièces rouges avec ce titre : La Cité de Dieu de Saint Augustin. Traduite par Raoul de Praelles. Tom. I. Livres i-3 et Tom. II. Livres 4-10. 17. F. III. R. Edw. IV.
Ecriture. — Réglée rouge, en lettre de forme , très grande et très claire.
Initiales. — Les petites, au commencement des chapitres, sont en bleu ou en or sur treillis rouge. Les grandes, en tête des livres, sont coloriées et dorées sur fond de couleur, mais assez médiocres par rapport à l’ importance du manuscrit.
Bordures. — Elles occupent seulement la marge extérieure et sont formées de feuillages lourds et épais, avec des fleurs et des fruits bleus, rouges, verts et or, rehaussés de points d’or. Celle de tête, au fol. 1, fait presque tout le tour de la page, encadrant le texte et la miniature. Elle offre la même ornementation, avec des grappes de raisins et des pensées. Elle porte en plus, cinq fois répétées, les armes d’Édouard IV d’Angleterre (né en i442? monté sur le trône en 1461 et mort en i483) : au i et 4, d azur a trois fleurs de lis d or , qui est France, et au 2 et 3 , de gueules a 3 léopards l'un sur Vautre dor , qui est Angleterre. Deux fois elles se dressent au haut d’une hampe tenue par un ange agenouillé. L’écusson d’en bas, au centre, est entouré
du collier de l’Ordre de la Jarretière avec la devise : Honni soit qui mal y pense. Dans la marge de droite, on voit un losange, mi-parti bleu et jaune, dans lequel est dessinée la rose blanche d’York, avec la devise : Dieu et mon droit. Il en est de même de la bordure du Liv. VI, fol. 120.
Provenance. — Cet exemplaire, qui ne contient aucune mention manuscrite, nous fait savoir cependant, par son style et par les armoiries de ses bordures, qu’il a été exécuté vers i47° pour le roi Edouard IV d’Angleterre et par un artiste flamand, dont le mérite ne dépasse pas celui d’un bon enlumineur.
Si on se rappelle que le roi Edouard IV vint sur le continent, dans le courant de l’année 1470, demander à Charles le Téméraire, son beau-frère, des secours contre la faction de Warwick et qu’il repassa par Bruges le i3 janvier 1471 (n. st.), reçu magnifiquement les deux fois à l’hôtel de la Gruthuyse par le célèbre Louis de Bruges, il est permis de supposer que c’est à ce moment qu’il se fit faire le manuscrit dont il s’agit ou qu’il le reçut, à titre d’hommage, de son hôte, le grand bibliophile, qui employait de nombreux artistes à décorer les livres de sa librairie'.
Miniatures. — Elles sont au nombre complet de onze, neuf vignettes et deux peintures à mi-page, celle du prologue et celle du Liv. VI. Nous avons vu que le traité de saint Augustin était divisé en deux parties et chacune de ces deux parties en deux sections. Le Liv. VI ouvre la 2e section de la 1" partie et c’est pour cela qu’il est orné d’une peinture plus grande, qui lui sert de frontispice.
Ces miniatures sont d’un art médiocre. Le dessin est bon, mais le coloris est cru et plat. Les expressions sont banales et n’accusent aucune personnalité. Les personnages sont trop grands dans le cadre où ils se meuvent et leurs visages rougeauds, comme leurs corps ramassés, dénotent un style commun et sans idéal. Les attitudes sont sans distinction et les gestes ne révèlent rien de la vie. L’artiste aime les constructions ; il place toujours ses scènes sur les places publiques, dans les salles des palais et dans les nefs des églises. Il semble éviter le paysage, qui ne lui est pas familier. Sa composition est banale, sans aucune originalité. Il se répète sans cesse et refait successivement la même scène, celle des philosophes discutant des points de théologie, au lieu de représenter le sujet de leurs discussions. Cependant, il suit en quelque sorte, pour le choix des sujets, les Mss. 9005-9006 de Bruxelles et le manuscrit de Turin et à ce titre peut être compris dans la Famille n° 4, sous la réserve que nous indiquons. (Voir le Tableau pp. 198-199.)
Voici la description de ces peintures :
Tome I. — Prologue. — fol. 1. — H. om,225 Xom,2oo. — Présentation du manuscrit. — Dans une salle dallée, aux murs noircis, sur un trône en bois sculpté, tendu d’une étoffe rouge, Charles Y, roi de France, est assis couronné. Il porte une robe bleue doublée de fourrures, avec un col d’hermine. Il reçoit
le manuscrit, recouvert de velours vert avec une croix d’or, des mains de Raoul de Praelles, à genoux devant lui et vêtu de noir. Deux conseillers de chaque côté, en robes bleues, vertes et roses, assistent à cette scène mal éclairée par deux fenêtres grillagées qui s’ouvrent sur le fond.
1. Plusieurs volumes, ayant appartenu au même souverain, ont la même origine et sont conservés au British Muséum. Caslby [A Catalogue of the manascripls of the King's library ) rapporte ainsi les titres de deux de ces manuscrits. Le premier est intitulé : « Le quart volume de l’histoire scolastique, contenant le livre de Tobie jusqu’à les faiz des apostres « avec plusieurs belles miniatures, lequel livre fut fait a Bruges par commandement du roy Edouard 4, l’an i4yo. Escrit « par J. du Rees ».
L’autre porte pour titre : a La grande histoire de César tiree de Lucain, Suetone, Orose, etc., faite a Bruges du « commandement du roi Edouard 4i l’an 1 479 avec peintures ». (Voir : Van Praet, Reclierehes sur Louis de Bruges , Paris, De Bure, i83i, pp. 11 et 33o).
LIVRE I. — fol. 8 v°. — H. om,i4oxom,o9o. — Polémique entre saint Augustin et les Romains. — Dans une salle, sur un tambour gris sombre, s’élèvent trois colonnes d’or dont les idoles viennent de tomber sur le sol. Saint Augustin, mitré, avec une dalmatique d’or, suivi de trois assistants, discute avec trois Romains, qui accusent la nouvelle religion d’être la cause des malheurs de Rome.
LIVRE IL — fol. 54- — H. om,i2oxon,,o90. — Les Jeux scéniques. — Dans une longue salle dallée, aux parois sombres, dont on aperçoit les fenêtres de côté, sur une colonne au chapiteau d’or, s’élève la statue d’une divinité ancienne. Sept païens dansent en rond en se tenant par les mains. Ils sont richement habillés de vêtements rehaussés d’or. C’est le culte des idoles avec les scènes de licence qu’elles engendraient.