‹ Les manuscrits à peintures de la Cité de Dieu de Saint-Augustin (volume 2)Chapitre 145 sur 272 · VOIR PLANCHE XXXIX · texte numérisé non relu

VOIR PLANCHE XXXIX

Description générale'. — Un vol. in-fol. Très beau vélin. Dimension des ff. :

H. om,4oo x om,285. Justification : om,265 x om,i6o. Longues lignes : 37 à la page.

On a compris dans ce volume, en le reliant, huit pages sur papier, d’un format plus petit (om,345 x om,27o) renfermant, sur deux colonnes, la table des chapitres des dix-sept premiers livres d’un De Civitate Dei , qui n’a rien de commun avec le manuscrit que nous allons décrire. Au verso du fol. 8, on lit cette mention : Iste liber est

1. M. G. Warner, llluminaled manuscripts in lhe British Muséum, 1903, 4e série; Bradley, Dictionary of Miniatunsts, tom. II, p. 365, et Reproductions from illuminated manuscripts of British Muséum, Sériés III, pl. XXXIX et XL.

Monasterii sancd Mathie de Muriano, quem ego Nicolaus , prior monasterii sancti Mathie de Muriano , emi pro dicto monasterio , precio ducatorum novern auri. Anno domini 1472. Ipsumque manu propria ruhricavi et miniavi.

Le Ms. i5î46 proprement dit contient les vingt-deux livres du traité, précédés de la table des chapitres et de l’extrait du Liv. II des Retractationes. Il comprend 3 ff. blancs, 354 ff- numérotés de 9 à 36a (faisant suite aux 9 1T. sur papier) et 2 IL blancs. II y a un fol. blanc de préservation entre les ff. 28 et 29. Le fol. 3o (2' du traité) commence par ces mots : « optimus teneris » et le 3Ô2‘ par : • seductore ».

Collation. — - Cahiers numérotés en chiffres romains de 10 ff., avec réclames.

Reliure. — Une enveloppe de basane brune cache la vieille « reliure originale italienne de peau finement ouvragée », dit le catalogue.

Ecriture. — Très claire et très régulière, elle constitue un beau spécimen de la calligraphie italienne du xv" siècle. Titre courant en lettres romaines rouges. Sur le 2" fol. blanc de tête on lit cette note : » Purchased at the D. of Sussex’s sale 3i July 1844 (Lot 91) ». Au centre de la page (fol. 28 v"), est inscrit le titre de l’ouvrage en 7 lignes de capitales d’or bruni : Augustini | sanctissimi doct | oris egregii decivit |

ATE DEI ADMARCELLINU | M LIBER PRIMUS CONT | RA GENTILES INCIP | IT FOELICITER. Ce

titre est entouré d’une bordure circulaire de feuilles vertes et de fruits de couleurs, cerclée d’or, coupée de secteurs roses et renflée de segments bleus. Tout autour s’enroule un festonnage de feuillage vert et de fleurs multicolores, rehaussé de points d'or et soutenu par douze petits amours, aux formes grasses, très légèrement dessinés en bistre. Enfin, aux extrémités des deux diamètres, on voit les quatre écussons des d Avalos . d a*,ur, au chateau somme de trois tourelles d’or , a la bordure componée d’argent et de gueules. Cette ornementation comprend environ o”,3oo de hauteur et de largeur. Les titres des livres et 1 ’explicit sont écrits en lettres d’or’.

Initiales. — Les petites initiales, au commencement des chapitres, sont toutes simples, en or ou en couleur. Les grandes, en tête des livres, sont en or, se détachant sur un dessin qui se continue dans la bordure.

Bordures. Elles n’existent qu’en tête des livres et occupent tout le côté de la page. Elles sont formées d un dessin entrelacé de vigne grimpante blanche ressortant avec relief sur un fond bleu, vert et rose, dont les extrémités s’épanouissent en feuillage multicolore et en fruits d’or’.

Celle qui occupe le fol. 29 et qui sert de frontispice est beaucoup plus importante. Courant autour de la page, elle est composée d’une large bande de feuillages, de fleurs et de fruits, où le vert et 1 or dominent. Sur ce fond étincelant, sont peints quantité d amours, des lions, des cerfs, un ours, un renard, des paons et des poissons, etc., qui donnent un aspect des plus variés et des plus agréables, et qui constituent les caractéristiques d un style très populaire en Italie à cette époque, surtout à Florence. Sur cette ornementation viennent s ajouter de petits médaillons, contenant des figures à mi-

Comme manuscrits ayant une disposition et une ornementation semblables, si fort à la mode en Italie dans la seconde moitié du xv' siècle, nous citerons le Ms. Harley 36s4 du British Muséum, La Guerre d. Macédoine de Tite-Live, aux armes de Jérusalem et d Aragon, où le verso d’un feuillet contient un titre dans une riche décoration et le recto du feuillet suivant est orné d’une belle bordure et d’une grande initiale historiée. Voir aussi : La Défense de Platon par Coutbabids, Ms. lat. 1x947 de la Bibl. Nat., dont le frontispice a été reproduit par E. Mübtz dans La Renaissance en Italie et en rrance, p. 4a4-

a. Deux de ces bordures ont été reproduites en couleurs dans le livre de M. G. Warkeb, Illuminaient manuserints . . . . 4e série. r

corps, charmantes d’attitude ou de véritables tableaux d une finesse extrême. On distingue des anges, des évêques, un saint, et quelques scènes tirées de la Cite de Dieu : un moine enseignant un Dieu unique devant un auditoire assis; un jeune homme parlant à un vieillard sur le seuil d’une porte, avec un joli paysage au fond; une bataille dans une ville, tandis que des personnages vont prier leurs dieux dans un temple; l’institution du mariage, représentée par un seigneur et par une dame bénis par un évéque. Dans le grand médaillon d’en bas, sont peintes les armoiries des d’Avalos, soutenues par cinq amorini. La grande initiale G contient une jolie miniature très fine et très brillante, qui représente saint Augustin avec les insignes épiscopaux, à genoux et en prière. Dans le fond, des cavaliers caracolent sous les murs d’une place forte, qui est inondée des rayons émanant du Père Eternel, figuré en buste dans les cieux. 11 n’y a pas d’autre illustration dans le volume.

Provenance. — Il est certain que le manuscrit dont nous nous occupons a été exécuté en Italie, probablement à Naples, pour un membre de la grande famille des d’Avalos, dont il porte répétées les armes bien connues. Il ne peut y avoir de doute que ce d’Avalos ne soit Don Inigo, qui était fils de Ruy Lopez d Avalos, comte de Ribaldo, créé connétable de Castille en 1 3go par Jean I". Vers 1 4 4 2 , Inigo accompagna Alphonse V d’Aragon en Italie et s’y fixa. Il s’établit à Naples et, par son mariage avec Antoinette d’Aquin, sœur et héritière des grands biens de François-Antoine d Aquin, marquis de Pescaire, comte de Loreto et de Satriano, il devint second marquis de Pescaire. Il vécut à la cour d’Alphonse V et de son fils Ferdinand Tr, qui le créa grand chambellan du royaume. Comte de Monte Odorisio, il fut nommé chevalier de l’Ordre de la Jarretière par Édouard IV, en 1467, et mourut en 1484. Il eut comme petit-fils Ferdinand-François d’Avalos, marquis de Pescaire, et, comme cousin germain, Alphonse d’Avalos, si célèbre pendant les guerres du xvi° siècle1 2.

Nous avons la belle médaille que fit de ce personnage le grand artiste de la Renaissance, Vittore Pisano’. 11 est représenté à droite, coiffé d’un bonnet fourré garni d’un chaperon. Le visage jeune et triste offre une grande régularité de traits. Au revers, on aperçoit les armes des d’Avalos, entre deux branches de rosier.

Ainsi que nous le rapporte M. Georges Warner, Vespasiano da Bisticci3 4, son contemporain, a écrit sur lui une notice très élogieuse sous le titre de s Conte Camarlingo » . Il s’exprime ainsi sur son amour pour les lettres : « Il aimait passionnément les livres et avait chez lui une très belle bibliothèque. Tous ses exemplaires étaient exécutés par la main des plus habiles copistes de l’Italie et décorés de miniatures remarquables » .

Le British Muséum conserve deux manuscrits3, qui rappellent le nom d'Inigo d’Avalos et qui témoignent de son amour éclairé pour les lettres et de son goût délicat pour les livres richement historiés5.

1. Aloiss Heiss, Les Mèdailleurs de la Renaissance , Paris, 1881, gr. în-8°, p. 28, et Beltz, Memoriale of lhe Order of the Garter, London, Pickering, 1841, in-8°, p. XXII.

2. A. Armand, Les Mèdailleurs Italiens , Paris, Plon, 1873-1887, in-8°, tom. I, p. 2.

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