‹ Les manuscrits à peintures de la Cité de Dieu de Saint-Augustin (volume 2)Chapitre 184 sur 272 · Idem, tom. I, p · texte numérisé non relu

Idem, tom. I, p

7. Cailleau, Dictionnaire bibliographique, Paris, 1790, in-8°, tom. I, p. 76.

n° 242 de son catalogue', à Gérard Meerman, le savant auteur des Origines typographie ae. Comme auparavant, en iy65, Meerman avait acquis en bloc les manuscrits du Collège de Clermont et, parmi eux, une Cité de Dieu , contenant seulement les douze derniers livres du traité de saint Augustin, il se trouva en possession d’un exemplaire complet formé de deux volumes dépareillés, se faisant suite. Il fit casser leur reliure et les habilla de la couverture en maroquin brun janséniste dont ils sont encore revêtus à La Haye, dans le Muséum Meermanno-Westreenianum où ils sont conservés. En décrivant plus haut, p. 3oq, le Ms. ?55 de ce Musée, nous avons dit comment les deux volumes avaient passé de la bibliothèque de Gérard Meermann dans celle de ce dépôt, dû à la munificence de son neveu*.

Quant au second volume, celui qui est actuellement déposé à la Bibliothèque municipale de Nantes, il semble qu’il ait été vu, à la fin du xvue siècle, par Du Molinet, qui faisait la chasse des manuscrits pour le compte de Colbert. Ce conseiller du Roi découvrit1 2 3 *, en effet, à Nantes un bel exemplaire de la version française de la Cité de Dieu de saint Augustin, mais nous ignorons pourquoi il ne put s’en rendre acquéreur. Quoi qu’il en soit, le volume se retrouva, n° 5o des in-fol., dans la bibliothèque des Oratoriens qui étaient venus s’établir à Nantes au commencement du xviii* siècle et il y resta jusqu’à la Révolution, époque à laquelle les livres possédés par cet ordre furent confisqués par l’État5.

Le premier inventaire que nous rencontrons du dépôt public est manuscrit et date de 1807. Dressé par Carcani, il est actuellement déposé à la Bibliothèque de Nantes sous le n° 1917. Nous y trouvons, au fol. 8 v°, la mention suivante : « Saint Augustin, de la Cité de Dieu , traduction de Raoul de Praesles. Manuscrit sur vélin avec miniatures 35 1 et lettres en or. 1 vol. folio ». Le volume est ensuite signalé, avec indication élogieuse des peintures, dans l’ouvrage cité plus haut de M. Ludovic Chapplain, puis sous le n° 1784 dans le Catalogue méthodique de i85g, dressé par Em. Péhant, enfin sous le n° 18 1 dans le Catalogue général des Manuscrits des Bibliothèques publiques de France , de 1893, établi par M. A. Molinier. Les quatre rédacteurs accusent tous 35 1 miniatures.

Miniatures. — Nous avons vu que le Ms. 18-19 de Bibl. Nat. contenait vingtquatre grandes peintures dues au pinceau de Maître François. Nous avons fait ressortir également que le Ms. 246 de la Bibl. Sainte-Geneviève renfermait vingt-trois miniatures (6 grandes et 17 petites) copiées sur les précédentes parle même peintre, ou du moins dans son atelier, mais réduites et d’importance moindre.

1. Supplément à la Bibliographie instructive ou Catalogue des livres du Cabinet de L. J. Guignât, Paris, de Bure, *779’ in-8“. a vol., tom. I, n° 242, p. 67 : « Les dix premiers livres de la Cité de Dieu de S. Augustin, translatés du latin en François, à la réquisition de Charles V, Roi de France, par Raoul de Pralles ou Praesle, Ms. sur vélin... décoré de 286 miniatures..., g r. in-f° ».

2. Revue des Provinces de l'Ouest, i855-i856, tom. III, pp. 674-677; tom. IV, pp. 536-537-

3. M. Léopold Delislb, Cabinet des Manuscrits, tom. I, p. 463.

4- Nous ne savons si ces Religieux l’avaient eu de Charles de Bourgneuf de Cucé, évêque de Nantes, décédé en 1617, qui leur avait légué ses livres, ou des achats de l’abbé Barin, qui avait beaucoup augmenté la bibliothèque, ou de toute autre cause.

5. Ludovic Chapplain, art. paru dans les Annales de la Société académique de Nantes et du département de la Loire- Inférieure, tom. X, Nantes, C. Mellinet, 1839 : « Les Oratoriens, très attaqués par les Jésuites, avaient, en 1753, rédigé un projet avec l'appui du Maire, M. Bellabre, par lequel ils ouvriraient leur Bibliothèque au public, à condition qu’une certaine somme d argent serait chaque année affectée par la Ville h l'augmentation de ce dépôt de livres. L'arrangement lut accepté. La prise de possession et l’ouverture de la Bibliothèque eurent lieu le 19 nov. 1753. Le premier conservateur fut le Père Girard, ancien supérieur de l’Oratoire et savant professeur. Il n’était pas dit que les Oratoriens donnaient leur Bibliothèque, mais ils en octroyaient l’usage. Il semble que cet étal de chose ait continué jusqu'à la Révolution ».

Notre présent manuscrit de La Haye-Nantes, au contraire, offre à nos regards vingtdeux grandes peintures et six cent trente-huit vignettes qui constituent une amplification remarquable de l’original et accusent l’opulence de l’amateur qui l’a commandé et du bibliophile qui l’a fait exécuter.

Donnons un exemple du travail auquel s’est appliqué le peintre en décorant ces trois manuscrits, selon l’importance que chacun de ses clients entendait lui donner.

La grande miniature du Liv. IX du Ms. 18 de la Bibl. Nat. ( Planche LII ), représente, en deux registres, le V aisseau d' Aristippe et des Chrétiens agenouillés devant le Médiateur.

Dans le manuscrit de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, la scène 'se réduit à une vignette et représente seulement les Chrétiens agenouillés devant le Médiateur , avec moins de personnages et sans paysage ( Planche LXXI , d.).

Dans le manuscrit de La Haye ( Planche LXXXII), nous retrouvons, en grand format, la scène des Chrétiens avec plus de vingt personnages, mais l’épisode du Vaisseau d’ Aristippe est rejeté dans une petite vignette, peinte au fol. 4 02 v°, dans le chapitre qui le concerne1 2.

Le même agencement se retrouve d’une façon constante, selon un plan systématiquement établi, dans toutes les miniatures correspondantes de ces trois manuscrits : le premier n’ayant que de grandes peintures à plusieurs registres ou compartiments, le deuxième, de petites vignettes (à quelques exceptions près), et le troisième, des grandes peintures à une seule scène, les autres sujets étant traités en vignettes dans leurs chapitres respectifs.

Nous verrons ci-après que le manuscrit de Mâcon, inspiré par celui de la Bibliothèque Nationale, mais sortant d’un autre atelier, ne présente que de grandes peintures où les sujets sont représentés en petites scènes juxtaposées, sans séparation distincte.

Les miniatures du manuscrit de La Haye-Nantes sortent de l’atelier de Maître François et dénotent l’intervention de plusieurs mains, nécessaires pour mener à bien une œuvre aussi considérable. Mais il est à croire que le maître a présidé à cet immense travail pour y assurer l’unité d’inspiration, d’agencement et de style qui y éclate à chaque page. On reste confondu à la pensée d’un tel labeur, dans lequel l’artiste a su faire montre d’une imagination incroyable pour interpréter les sujets de chaque chapitre de ces vingt-deux livres et pour varier à l’infini et, sans aucune trace de fatigue depuis le commencement jusqu’à la fin, près de sept cents tableaux1 où s’agitent environ dix mille personnages !

Que le lecteur veuille bien lire un chapitre du traité de saint Augustin et examiner ensuite quelle verve narrative le peintre a déployée, pour le traduire avec son pinceau. Il sera émerveillé de la richesse de son invention3.

1 . Ces dispositions respectives nous offrent encore quelques exemples :

La scène de Metellus et d’Énée sauvant leurs idoles du fol. 180 v° du Ms. 18 se retrouve à la vignette du fol. 287 v° du manuscrit de La Haye.

Il en est de même de la scène de la femme d’Asdrubal, qui se jette du haut des tours avec ses deux enfants. (Fol. 180 v° du Ms. 18. — Vignette du fol. 146 du manuscrit de La Haye). De même pour le deuxième registre du Liv. VI du Ms. 18 qui est peint en vignette au fol 209 du manuscrit de La Haye, Deus aquarum.

De même pour les Ames des Trépassés, qui font l'objet du deuxième registre du Liv. VII du Ms. 18 et qui sont reportées dans le manuscrit de La Haye à la vignette du fol. 320.

2. Exactement 665 miniatures dont un grand nombre à plusieurs registres ou compartiments.

3. On se demande si Gaguin ou quelque érudit ne l'a pas guidé dans l’interprétation des sujets, car ces petites vignettes témoignent d’une grande culture historique et d’une connaissance approfondie des auteurs anciens.

Tout ce que nous avons pu faire ressortir du talent dépensé par Maître François dans la décoration du Ms. 18-19 de la Bibl. Nat. se trouve répété et confirmé dans les peintures de notre présent exemplaire. Les mêmes qualités d’ordonnance pondérée, de coloris harmonieux, de tonalité fondue, d’entente du paysage et de vivacité dans les attitudes se retrouvent dans les tableaux qui se succèdent sous nos yeux.

Nous remarquons les mêmes caractéristiques : tertres verts dans les marges, chevaux pommelés, médaillons dans l’architecture des portes et dans les bordures des costumes, expressions sérieuses, vives attitudes, touches d’or sur les objets éclairés.

Il résulte de ces observations que ces trois manuscrits, 18-19 franc, de la Bibl. Nat., 246 de la Bibl. Sainte-Geneviève et l’exemplaire de La Haye-Nantes, les deux derniers copiés sur le premier dans cet ordre chronologique, constituent bien une Famille homogène et par le choix des sujets et par le style de son illustration1 2.

Malheureusement ce dernier exemplaire a été mutilé. C’est ce que nous allons faire ressortir à la suite d’un collationnement minutieux auquel nous nous sommes livrés.

Le premier volume (La Haye) comprenait originairement 1 1 grandes miniatures et 276 petites. Elles y figurent encore.

Par contre, le second volume (Nantes) devait contenir i3 grandes miniatures et 365 petites. Or il ne reste plus que 1 1 grandes peintures et 34o petites. Il manque donc 2 miniatures à pleine page et 25 vignettes.

Les deux grandes sont celles qui ornaient les commencements des Liv. XVI et XXII. On peut affirmer leur existence et leur disparition par ce fait que le blason de Comines, qui les décorait, a laissé sur le feuillet opposé la trace de l’oxyde d’argent provenant des coquilles de ces armoiries. Quant aux petites, comme la décoration du manuscrit comportait une vignette par chapitre, il est facile de noter leur enlèvement, puisque chaque fois qu’elles manquent on peut constater la disparition d’un feuillet du texte.

Il est étrange qu’aucun des quatre rédacteurs des catalogues des manuscrits de la Bibliothèque de Nantes, tous d’accord pour compter 35 1 peintures, ne se soient pas aperçus de cette mutilation. Il nous appartient de décharger l’administration actuelle de toute accusation de négligence, car le vandalisme qui s’est exercé sur ce volume est antérieur à 1807, époque où Carcani a rédigé le premier catalogue. Il a pu se produire à une époque très ancienne1 ou peut-être pendant l’ère révolutionnaire3.

En donnant ci-après la description détaillée de toutes les miniatures4, nous signalons la disparition de celles qui ont été enlevées, avec l’indication de leur emplacement,

1. C’est ce que M. Léopold Delisle a bien deviné sans avoir pu examiner, autrement que par des photographies, le manuscrit de La Haye. (Article sur la Cité de Dieu de saint Augustin paru dans le Journal des Savants, septembre 1898). Que l’éminent académicien nous permette de lui renouveler ici l’expression de notre vive gratitude, puisque c’est son étude comparative qui a été l’origine et la raison d’être du travail d’ensemble que nous avons entrepris.

2. La mutilation est postérieure à la séparation des deux volumes, puisque le premier tome est resté intact.

3. M. Ludovic Chapplain, dans le Xe volume des Annales de l'Académie de Nantes , que nous avons déjà citées, raconte que pendant la Révolution des amateurs peu scrupuleux profitèrent des troubles qui remplissaient la ville et du peu de surveillance qui était exercée dans l’établissement, pour enlever un assez grand nombre de livres, qui ont été signalés depuis chez des bouquinistes.

4- Nous nous sommes étendu davantage sur celles que nous avons reproduites. Quant à cette reproduction, elle a été forcément limitée, vu le grand nombre de vignettes renfermées dans le manuscrit. Nous nous sommes contenté d’en faire un choix destiné à faire ressortir la variété et la souplesse du talent de l’artiste.

de leurs dimensions et du sujet qu’elles doivent représenter. De cette façon, si elles ont échappé à la destruction, il sera sans doute possible de les identifier, dans le cas où on les retrouverait isolées dans quelque collection.

Tome I (Manuscrit de La Haye). — Discours de Présentation. — fol. 1. — H. om,2o4Xom,i77. — Présentation du manuscrit et Docteurs de l'Église latine. — ( Planche LXXIII .) Copie exacte du Ms. 18 de la Bibl. Nat. « Les personnages y ont les mêmes costumes et les mêmes attitudes. Les seules différences à noter sont d’ordre tout à fait secondaire. Le peintre a supprimé dans l’exemplaire de Philippe de Comines un des cinq docteurs, saint Hilaire; il a interverti les rangs dans deux groupes de religieux ; Jean Scot a pris la place d’Alexandre de Haies, Jean de Bologne celle de Thomas de Walden, et réciproquement. Pierre de Tarentaise a simplement le costume de dominicain dans l’exemplaire de Charles de Gaucourt, tandis que, dans l’exemplaire de Philippe de Comines, s’il est encore habillé en dominicain, il est coiffé de la tiare à triple couronne. Il y a bien quelques variantes dans les inscriptions tracées en lettres d’or : Dominus Bonaventura DOCTOR DEVOTUS, Fr. JOHANNES SCOTI DOCTOR SUBTILIS, Johannes de Bolonia, Johannes Golein, Thomas Walden, S. Thomas doctor, Petrus de Tharensia, Thomas de Argentina; mais au fond la similitude est telle que, dans les deux tableaux, le nom d’Albert le Grand, a subi la même altération; Alabertus Magnus1. »

Extrait du Liv. II des Rétractations. — fol. 4 v°. — Histoire de Valens'. — ( Planche LXXXIV , a.) 2 registres. i° L’empereur Valens, en robe bleue, sur son trône. Hic fuit arrianus hereticus indique qu’il avait embrassé la doctrine d’Arius. Devant lui, à genoux, les Goths lui demandent : Peti- MUS A TE PASTORES ET DOCTORES CATHOLICOS. Il leur répond : Hos habete pastores et doctores, en leur désignant un groupe d’évêques et de docteurs dénommés : Arriani heretici. — 20 Les Goths, révoltés contre l’avidité des agents impériaux, prennent d’assaut et incendient Andrinople, où Valens périt dans les flammes3 * 5 6.

LIVRE I. — Prologue. — fol. 6. — H. om,25o Xora,i87. — Cité céleste et Cité terrestre. Les Vices et les Vertus. — ( Planche LXXIV.) Copie du Ms. 18. La Trinité est réduite à une seule Personne. Il y a écrit : Largesse et Abstinence au lieu de Libéralité et Sobriété.

— Chap. 1. — fol. 6 v°. — 2 registres. Prise de

Troys. — Assassinat de Priam aux pieds des autels par Pirrus.

— Chap. 2. — fol. 7 V0. — 2 registres. Diomedes, Ulices et la statue de Minerve. — Symon rend hommage au roi Priant (Priam).

— Chap. 3. — fol. 8 v#. — Histoire dEne’e. {Planche LXXXIV, c.) 2 registres. i° Heneas, en robe bleue, couché sur son lit, voit en songe Hector qui lui amène Panthus, fils d’Othrys, prêtre et garde du temple de Plioebus Apollon, et son petit neveu, tous deux porteurs des statuettes des dieux vaincus. Hector dit au héros : Recommendo tibi deos domesticos*. — 2° IIeneas vogue avec ses compagnons dans trois navires sur la mer Tyrrhénienne. Fureur de Juno5, en bleu, qui ne veut pas que ses pénates vaincus, apportés par le héros, abordent en Italie. Elle s’adresse à Eolus, en rouge, le roi des vents, et le supplie de disperser les fugitifs par une tempête : Commove mare ventis et demerge Eneam. L’artiste a représenté souvent les dieux coiffés de grands chapeaux pointus, comme ceux dont on affuble les magiciens.

— Chap. 4- — fol. 9 v°. — 2 registres. Temple de Juno. — Alarich, au siège de Rome, fait reporter les vases sacrés dans les églises.

— Chap. 5. — fol. 10 v®. — Sort des villes prises d’assaut. — {Planche LXXXVI, a.) 2 registres, i® Cayus Julius César siège au Sénat avec Junius Silanus et M. Caton qui s’écrie devant les Romains, à propos de l’affaire de Catilina : Infinita mala inde sequentur. — 2° Pendant le sac de Rome, on peut se rendre compte des maux qui fondent sur la malheulieureuse cité, sans que les dieux fassent respecter leurs temples. On lit : Catheline au lieu de Catilina.

— Chap. 6. — fol. U. — 2 registres. Marcus Marcellus fait le siège de Syracuse. — A la prise de Syracuse par Marcellus, un soldat met à mort Archi-

MEDES.

— Chap. 7. — fol. 12. — Histoire de Fabius Maximus. — {Planche LXXXVI, c.) 2 registres. i° Fabius Maximus s’empare de Tarente. Les échelles, dressées contre les murs, montrent encore le chemin que vient de prendre l’armée romaine victorieuse. Quatre soldats s’approchent de leur général et, lui apportant les images des dieux de la ville, lui demandent ce qu’ils doivent en faire : Dimictite Tarentinis deos suos iratos8, leur répond-il . — 2" Le même Fabius

1. M. Léopold Delisle, Journal des Savants , sept. 1898, p. 565. M. le docteur W. G. C. Byvanck, directeur à la fois de la Bibliothèque royale de La Haye et du Muséum, a fait exécuter une gravure en couleur de cette peinture.

2. Ces petites miniatures occupent en largeur l’espace invariable d’une eolonne, soit om,o8o. Leur hauteur est d’environ

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