‹ Les manuscrits à peintures de la Cité de Dieu de Saint-Augustin (volume 2)Chapitre 183 sur 272 · On a écrit par erreur mil lxxv, en oubliant ccc · texte numérisé non relu

On a écrit par erreur mil lxxv, en oubliant ccc

des miniatures de chacun de ces exemplaires'. Commandés par un amateur dont nous ne connaissons pas le nom1 2, ils furent probablement achetés par Philippe de Comines, l’auteur des célèbres Mémoires , alors qu’ils étaient en cours de travail et c’est pour cela que le premier volume porte les armes de cet historien rapportées par-dessus un écusson antérieur, tandis que le second nous les offre peintes de première main3.

Si nous considérons la richesse de ce manuscrit et le grand nombre des miniatures qui le décorent, nous devons penser que l’amateur, qui en avait établi le plan, était un opulent personnage et qu’une circonstance impérieuse, telle que sa mort ou sa ruine, ne lui avait pas permis de poursuivre son projet. L’époque de l’établissement de ce travail évoque aussitôt le nom de Jacques d’ Armagnac, emprisonné et décapité en 1477, et nous nous demandons si ce n’est pas lui qui a commandé au peintre François et à ses ouvriers ce magnifique exemplaire. Cette supposition est plausible et cependant nous n’osons la soutenir, car nous ne voyons pas trace de grattage de la devise que le Duc de Nemours avait l’habitude de faire tracer sur ses livres et nous savons que ce grand bibliophile avait déjà un exemplaire de la Cité de Dieu , dans sa bibliothèque 4. Faut-il penser aussi au roi René, mort en 1480, et à Charles II d’Anjou pour lequel « l’enlumineur François et son compagnon avaient travaillé » ?

Quoi qu’il en soit, il est permis de croire que Comines fit achever les volumes au moment où il était au comble de sa puissance, vers 1478-1480, quand il n’était pas encore assailli par des procès et qu’il était soutenu par la faveur du roi Louis XI contre les revendications des La Trémoïlle. On sait que le seigneur d’Argenton épousa en 1473 Hélène de Chambes, dame de Montsoreau, qu’il en eut une fille, Jeanne, mariée, en i5o4, à René de Brosse, comte de Penthièvre, petit-fils du célèbre maréchal de Boussac, et décédée en i5i4, et que son gendre hérita de la plus grande partie de ses biens. Notre exemplaire passa donc probablement dans cette famille; ils disparurent pendant deux siècles et furent dépareillés à une époque que nous ignorons.

Nous retrouvons le premier volume dans le cabinet de Nicolas-Joseph Foucault, conseiller d’Etat et membre de l’Académie des Inscriptions, qui recherchait alors des manuscrits pour complaire à Colbert et qui finit par en rassembler pour lui-même5 6. C’est ce que nous indique la note manuscrite que nous avons signalée au premier folio blanc de notre second volume. « La bibliothèque de Foucault fut dispersée et ce malheur s’accomplit selon toute apparence du vivant même de celui qui l’avait formée » , c'est-àdire avant 1721°.

Le volume passa dans la bibliothèque de Crozat de Tugny, dont la vente eut lieu en 1751. Acheté par Gaignat pour la somme de 23q livres 19 sols, il fut, à la dispersion de la bibliothèque de cet amateur distingué7, en 1769, revendu 3oo livres, sous le

1. M. Léopold Delisle a fait ressortir l’identité de ces peintures dans un article intitulé : La Cité de Dieu, paru dans le Journal des Savants de septembre 1898, pp. 564-568.

2. M. Léopold Delisle, Les Origines de trois feuillets, Paris, lmp. Nat., in-4°, 1899, p. 7, note 1.

3. Le Ms. Harley 4374-4^75 du British Muséum, V alerius Maximus, dont M. Georges F. Warner a donné une si intéressante description ( Valerius Maximus, Miniatures..., in-fol., London, 1907) et qu’il date de 1476 environ, porte les armes de Philippe de Comines, seules ou accolées à celles de sa mère (Arnemuyden) et un monogramme où M. Warner lit les lettres P. U., initiales de Philippe et de Hélène. Nous croyons que ce chiffre est plus complet et qu’il comprend toutes les lettres de ces deux noms, P. H. I. L. E., cc qui confirme l’assertion du savant conservateur du British Muséum. (Voir nos Planches LF~II et LVI1I).

Page 1