In., op. cil., pp. io-3y
elles (Liv. I, II, VI), retrouvées chez M. Bonnin, antiquaire à Mâcon, finirent par rentrer à la Bibliothèque, en vertu d’un arrêt de la cour de Lyon du 10 juillet 1894, après un long procès qui ne se termina qu’en 1896.
L’année suivante, deux autres (Liv. IV et X), qui avaient été achetées par M. de Quirielle de Montaigüet, furent restituées par cet amateur, moyennant une indemnité de 3oo francs1 *.
Enfin, trois autres (Liv. III, VII et IX), qui avaient passé du Maçonnais dans le Bordelais et de là en Angleterre, furent exposées, en 1868, à la National Exhibition of Works of Art de Leeds, par les soins de leur propriétaire, M. W. H. Forman, Esq., de Callaly Castle (Northumberland) qui les avait fait restaurer assez habilement. Mais leur apparition resta ignorée en France. Ce n’est qu’en 1899 que M. Léopold Delisle1, en dépouillant le catalogue d'une collection qui devait se vendre à Londres le 7 juillet, et qui était celle de feu M. Forman3, eut l’idée qu’il s’agissait d’un débris du manuscrit de Mâcon. L’envoi en communication des trois feuillets, accordé par les directeurs de la vente, permit à l’éminent Administrateur de s’assurer de la réalité du fait. La municipalité de Mâcon fut saisie de l’affaire. Malheureusement, les ressources dont elle pouvait disposer étaient insuffisantes et, les limites de la commission qu’elle avait envoyée à Londres s’arrêtant à 3ooo francs, l’adjudication fut prononcée sur une enchère de y5oo francs au profit de M. Quaritch, le grand libraire de cette ville.
Les trois feuillets passèrent dans la collection de M. John I. Adams, de Snaithfield Eeclesall, nr. Sheffield, puis ils reparurent, en 1904, dans le magasin de M. Quaritch, qui en demandait iy5oo francs.
C’est alors (janvier igo5) que, mis au courant de la situation, émus de l’idée que ces miniatures allaient passer en Amérique, soutenus par l’assurance d’une cotisation de 25oo francs que M. H. Yates Thompson, esq., avec un désintéressement admirable, offrait spontanément pour le rachat des malheureux feuillets et encouragés par la bonne grâce de M. Quaritch, qui voulut bien réduire à 14000 le chiffre primitif de ses prétentions, nous eûmes l’idée d’une souscription qui eut un plein succès, grâce à l’aide que nous fournit le Journal des Débals, dans la personne de son aimable directeur, M. Francis Charmes, et de son savant rédacteur, M. André Hallays, toujours prêt à soutenir la cause de l’Art3.
En offrant notre concours à la municipalité de Mâcon, nous n’avions mis qu’une condition, c’est qu'on profitât de l’occasion pour replacer dans les volumes les huit miniatures récupérées, à la place qu’ elles avaient occupée.
Les deux tomes, apportés à Paris par M. Lex, furent remis en possession de leurs peintures par les soins délicats de M. Lenoir, chef des ateliers de reliure de la Biblio-
1. La photographie d’une de ces miniatures avait été communiquée dès i883 par M. le comte de Soultrait, de la Société des Bibliophiles françois, à M. Léopold Delisle, qui reconnut plus tard à quel exemplaire elle avait été dérobée.
a. Origine de trois feuillets d'une Cité de Dieu (extrait du Journal des Savants de juillet 1899), Paris, lmp. Nat., 1899, in-fol., 14 p., 3 héliogr.
3. Catalogue of valuable books.... including many from the library of the late sir John Hayford Thorold, Bail., the library.... formed by the late W. H. Forman, Esq., and sélections from olher libraries. Days of sale : July 3rd-8th. (London, Sotheby, Wilkinson and Hodge, auctioneers, 1899; in-8°), p. 101, n° 1219. « De civitatk Dei de S. Augustin, traduction française de Raoul de Prèles. Trois pages sur vélin avec illustrations dues à un artiste de l’école de François Foucquet, xv' siècle. Dimensions de chaque page : 17 pouces 5/8 sur 12 1/2. Ces trois remarquables pages sont en parfait état; le coloris en est des plus brillants ».
3. Les articles de M. André Hallays sont des i3 janvier, 3 février et a4 mars 1905. Tous les détails et les noms des souscripteurs, tant Parisiens que Bourguignons, sont rapportés par M. L. Lex, op. cil., pp. 34-36.
thèque Nationale, sous la haute direction de M. H. Omont, conservateur du département des manuscrits de ce dépôt1 2.
Et maintenant, une seule égarée gémit en captivité dans quelque collection particulière. Nous ne voulons pas croire qu’elle ait été détruite au cours de ces épreuves et nous espérons que, grâce à la présente publication, nous aurons la joie de recevoir un jour une lettre nous faisant connaître le lieu de sa détention.
Pour faciliter ce retour, nous pouvons assurer, par analogie avec les miniatures des manuscrits similaires, qu’elle doit représenter les Tourments de l’Enfer , mesurer environ om,46ox om,320 et que les premiers mots du texte sont ceux du Liv. XXI : « Pour ce que les deux cités dont l’une est du deable et l’autre de Dieu » . Ajoutons, pour être encore plus précis, que le fol. 243 précédent contient la liste des chapitres du Liv. XXI et que son verso est'blanc. La miniature occupait donc le recto du folio suivant 244? arraché, et finissait au verso par ces mots : « Et comment il est des bestes qui vivent au feu et les vers qui vivent en eaues » auxquels font suite les premiers mots du folio recto 245 subsistant : « chauldes et boulans et si chauldes qu’on ne les peut tenir » .
Miniatures. — Le manuscrit était originairement décoré de 23 grandes peintures, une pour le prologue et une en tête de chacun des vingt-deux livres et d’autant de lettres initiales historiées ou ornementées. A la suite des recouvrances que nous avons relatées, il ne manque plus que celle du Liv. XXL
Aucune indication, signature, armes ou devise, ne nous étant donnée par le manuscrit lui-même % nous ne pouvons nous faire une opinion sur les conditions de son exécution et sur sa provenance qu’en établissant une comparaison avec les autres exemplaires de la même famille.
Nous constatons d’abord l’absence de toute marge décorée, quoique le scribe ait disposé son texte, en tête des livres, dans le but de ménager l’espace pour une peinture et une bordure. L’intervalle entre les deux colonnes devait même permettre à l’enlumineur d’y peindre des fleurs ou le cimier de quelques armoiries.
Mais pour une cause que nous ignorons, il n’en a été rien. L’enlumineur n’a pas reçu l’ordre de peindre des bordures et s’est contenté de décorer les lettres initiales. On peut supposer que l’amateur, n’ayant pas fait ménager de blanc pour des vignettes dans les corps du texte, a voulu réserver plus d’espace aux feuillets de tête de chaque livre afin de donner plus d’importance à l’illustration.
Quoi qu’il en soit, le manuscrit a été décoré en prenant pour modèle le Ms. 18-19 de la Bibl. Nat. — Ms. de Gaucourt — ainsi qu’il est facile de s’en assurer, en lisant la description que nous donnons de ces peintures et en comparant les planches que nous
1 . Les miniatures nous revinrent d’Angleterre à la fin de mars. Le travail de réintégration se fit dans les premiers jours de mai et, au milieu de ce mois, les volumes reprirent leur place sur les rayons de la Bibliothèque de Mâcon.
2. Les seules inscriptions qu’on trouve dans les peintures du manuscrit consistent en 3 mots, de 4 lettres chacun, qu’on voit sur la travée de la chapelle peinte au fol. 2 du premier volume. Quelques-unes des lettres qui les composent sont difficiles à déterminer; on pourrait lire : TIRE — M3US — AON3. Nous avions pensé à Robert Gaguin ou à Fortune d'amis (devise de Jacques d’Armagnac), mots qui renferment 12 lettres, mais dans chaque cas on se trouve arrêté par la lecture d’une ou deux d’entre elles.
Nous avions pensé aussi que ces syllabes renfermaient dans un anagramme le nom de l’artiste. On aurait pu lire Pire, Rens, Hene et le nom aurait été Pierre Hennes, artiste de valeur, qui peignit, en 1417, le portrait de Marguerite de Bourgogne (Voir : Pinchart, Archives des Arts, Sciences et Lettres, tom. III, p. 188). Mais cet artiste, qui est déjà signalé dans un compte de i395, devait être mort depuis longtemps à l’époque qui nous occupe.
Enfin peut-être ne faut-il voir dans cette inscription que des lettres de fantaisie?
LA CITÉ DE DIEU. [c. 1480]
avons reproduites. Signalons particulièrement les miniatures des Liv. I, II, III, IV, V, VI, XIV, XV, XVI, XVIII, XIX, XX et XXII.
L’amateur, qui a fait faire le travail, a agi comme ses collègues en bibliophilie; il a fait copier le manuscrit de Charles de Gaucourt'. Mathieu Beauvarlet1 2, par mesure d’économie, avait fait faire une réduction; Philippe de Comines3 avait fait exécuter un exemplaire d’une opulence remarquable; lui, moins ambitieux, désirait un livre plus riche que celui de Gaucourt et plus fourni de matières, sans aller aussi loin que le grand historien. Il a donc demandé à son peintre de traiter de nouveaux sujets, absents dans le manuscrit original, et celui-ci a profité de tous les espaces libres pour représenter des épisodes tirés soit du texte de saint Augustin, soit des commentaires de Raoul de Praelles. L’entente parfaite de l’œuvre du saint évêque, dont témoigne le choix des sujets, nous fait croire que l’artiste a été dirigé par un érudit, qui lui a donné un canevas très précis et très détaillé, comme Maître François l’avait été par Gaguin. Donnons quelques exemples de cette façon de procéder.
Le manuscrit de Mâcon a été copié sur le Ms. 18-19 de Bibl. Nat. (Ms. de Gaucourt) et non sur celui de La Haye-Nantes. Par exemple :
LIVRE I. Saint Hilaire est représenté comme dans le manuscrit de Gaucourt et il est absent dans le manuscrit de La Haye.
LIVRE IL Les femmes romaines, qui ont été ajoutées sur la terrasse de la maison dans le manuscrit de La Haye, n’existent pas dans les deux autres manuscrits.
LIVRE IV. L’épisode de Phaéton se trouve dans les manuscrits de Gaucourt et de Mâcon et a été supprimé dans celui de La Haye.
LIVRE V. L’artiste du manuscrit de Gaucourt a écrit la légende : Hic est pater qui me genuit , paroles qu’on retrouve sur le manuscrit de Mâcon et qui ont été omises sur le manuscrit de La Haye.
LIVRE VI. Les deux manuscrits de Gaucourt et de Mâcon présentent une ressemblance absolue, tandis qu’au manuscrit de La Haye il y a tout un registre supprimé; dans celui qui subsiste, saint Augustin ne dit pas : Omnes dii gentium demonia , paroles qu’on retrouve dans les deux autres manuscrits.
LIVRE XIX. Le manuscrit de Nantes donne Achademito au lieu de Achademico , bien écrit dans les deux autres manuscrits.
Il semble inutile de prolonger davantage la série de ces observations pour se convaincre que le manuscrit de Mâcon a été inspiré par le manuscrit de Gaucourt, et par celui-là seul.
Quant aux scènes nouvelles, l’artiste du manuscrit de Mâcon, qui renchérissait sur celui de Gaucourt, les a prises dans le texte français du manuscrit, sous la direction de quelque érudit, sans connaître le manuscrit de La Haye. En effet, chaque fois qu’il a copié les légendes du manuscrit de Gaucourt, il les a inscrites telles quelles, en