Ms. franç. 18-19 Bibl. Nat., Descript
a. Ms. franç. 246 de la Bibl. Sainte-Geneviève, Descript. 55.
3. Manuscrits français, séparés aujourd’hui, de La Haye et de Nantes, Descript. 56.
latin; mais quand il a innové, il a écrit de nouvelles légendes, toujours en français. Or, s’il s’est rencontré dans quelques épisodes avec l’artiste du manuscrit de La Haye', c’est par une coïncidence très explicable, puisqu’il s’appuyait sur le même texte; mais, s’il l’avait, copié, il aurait reproduit ses légendes qui sont toujours en latin comme il avait copié celle du manuscrit de Gaucourt qui sont également en latin. Nous citerons comme exemples :
LIVRE XVI. Le manuscrit de Mâcon a été copié sur le manuscrit de Gaucourt pour le sujet principal, et les paroles du Seigneur sont écrites en latin sur les deux exemplaires2. Mais l’artiste de Mâcon a ajouté, entre autres scènes, celle des Hommes monstrueux , et, tandis que l’artiste du manuscrit de Comines fait dire, fol. 162, à saint Augustin : Hec omnia , si racionalia sint , ex Adamo processerunt , il inscrit cette pensée en français et écrit : tous procèdent d’Adam premier homme. ( Cité de Dieu , chap. vin.)
Il en est de même au Liv. VIL Le peintre du manuscrit de Mâcon a copié exactement les trois scènes du manuscrit de Gaucourt et leurs légendes en latin, mais, dans celle où il a innové, il a mis la légende en français. De même, au Liv. V, les noms des temples édifiés sont en français3.
Pour en finir avec la question des modèles dont a pu se servir le peintre en vue d’exécuter son illustration, il est à remarquer que la seule peinture qui ne procède pas du manuscrit de Gaucourt est la première, celle du fol. 2, qui représente X Histoire de Clovis. Il est possible que l’artiste, au commencement de son travail, ait connu un des manuscrits de la Famille n°4 , commandés par des princes d’Angleterre ou de Bourgogne, qui, ainsi que nous l’avons fait remarquer, représentent tous ce sujet, et qu’il n’ait eu sous les yeux le manuscrit de Gaucourt qu’après avoir achevé son premier tableau.
Charles de Gaucourt, qui, de 1 473 jusqu’à sa mort, habitait Paris, en qualité de gouverneur de cette ville, prêta probablement son précieux exemplaire à un de ses amis de son entourage seigneurial ou financier, habitant comme lui la capitale.
Aussi bien nous croyons que le peintre du manuscrit de Mâcon, où se révèle la participation d’au moins deux mains4, ne saurait être Maître François, mais qu’il appartenait à l’école parisienne ou tout au moins aux régions septentrionales immédiatement voisines de Paris, telles que l’Ile-de-France ou la Normandie. On remarque, en effet, dans les détails architecturaux, qu’il se complaît à multiplier dans ses tableaux, une prédilection très accusée pour l’art français dont les plus pures manifestations se trouvent dans cette partie de la France, sa patrie d’origine. Considérons, en effet, les lieux que l’artiste a choisis pour développer ses scènes de la miniature du Liv. IL Ne voyons-nous pas ces maisons à pignons avec poutres brunes, entrecroisées, si chères aux bourgeois de cette contrée? Dans l’épisode de Bérécynthie et d’Orose haranguant les Romains, ne remarquons-nous pas une tour d’horloge, avec pont transversal sur la rue, qui nous fait penser au célèbre monument de Rouen ? Dans la même miniature,
1. La scène de Bérécynthie (Liv. II) se trouve au fol. 34 1 v° du manuscrit de La Haye. Celle des livres de Numa Pompilius (Liv. VII) au fol. 352 v°; celle d’Astyages et de Mandane (Liv. III) au fol. 1 37 ; celle de Lameth et de Caïn (Liv. XII) au fol. 139 v° du manuscrit de Nantes; celle des Monstres (Liv. XVI) au fol. 162; celle de l'échelle de Jacob (Liv. XVIII) au fol. 197; mais tous ces épisodes sont traités d’une façon différente.