‹ Les manuscrits à peintures de la Cité de Dieu de Saint-Augustin (volume 2)Chapitre 235 sur 272 · LIVRE X. — fol. 263. — H. om,o85xo,n,o · texte numérisé non relu

LIVRE X. — fol. 263. — H. om,o85xo,n,o

— Le souverain bien. — Cinq docteurs, vêtus de robes de couleurs diverses, discutent, en regardant le Seigneur dans l’azur d’un ciel étoilé d’or. Une banderole, au-dessus, résume leur doctrine : La vraie beneu- RETÉ, SOIT ES ANGES, SOIT ES HOMMES, EST DONNEE PAR

ung Dieu.

La famille des Condé, n’ayant eu, à cette époque, que la première moitié de l’œuvre de saint Augustin, fit, à une date indéterminée, pour compléter son exemplaire, l’acquisition d’une seconde partie (actuellement Ms. 3a3) qui, dépourvue de miniatures, avait été exécutée à la fin du xv' siècle. Quoique la description de ce volume ait plus de raison de trouver place au chapitre de la Bibliographie des manuscrits non décorés, nous en parlerons ici, comme faisant suite au Ms. 322.

Description générale. — Un vol. gr. in-fol. Vélin. Dimension des ff. : H. o",4oo X0“,285. Justification : o“,3ooxo",igo. 2 colonnes, avec o“,025 d’intervalle : 53 lignes.

Il contient les douze derniers livres du traité, précédés de la table des chapitres

et du prologue et comprend 397 ff. et 1 fol. blanc. Timbre révolutionnaire comme au premier volume.

Le fol. 2 commence par ces mots : « [expo]sicion quant a nous » et le 287' par : « septième aage » .

Collation. — Cahiers de 8 ff., avec réclames.

Reliure. — Même reliure que la première partie.

Ecriture. — Réglée rouge, en lettre de court. Écriture lâchée de la fin du xv" siècle. Titre courant en chiffres romains rouges. Corrections marginales.

Bordures. — Quelques centimètres de bordure existent dans la marge extérieure, en tète des livres. Elles sont formées de fleurs et de rinceaux de couleurs avec des brindilles de lierre parsemées de points d’or.

Initiales. — Les grandes initiales en tête des livres sont en couleurs sur fond or avec fleurs coloriées.

Provenance. — Ce volume, exécuté à la fin du xv* siècle, a dû passer au siècle suivant entre les mains d’un nouveau possesseur qui l’a marqué de ses armoiries. Puis il est entré chez les Condé avant 1770, puisqu’il est recouvert de la reliure de cette époque.

Miniatures. — Le manuscrit était copié et enluminé et n’attendait plus que la main du miniaturiste, car la place des peintures en pleine page et des vignettes avait été ménagée. Une raison inconnue l’a laissé inachevé. Cependant, quelques-uns de ces blancs ont été utilisés plus tard (Liv. XI, XVII, XVIII, XX et fin de la dernière colonne) pour recevoir un écu entouré d’une banderole portant cette devise : Déclina a malo et fac bonum. Les armes peuvent se blasonner ainsi : de gueules, à 6 grillets dor poses S, 2, !, avec une étoile d’argent en abîme. La facture de ces insignes semble être du xvi° siècle.

PARIS, BIBLIOTHÈQUE NATIONALE, MS. LATIN 2070. i5oa

Sancti Augustini lïbri, de Civitate Dei.

VOIR PLANCHE XXII, c.

Description générale. — Un vol. pet. in-fol. Très beau vélin. Dimension des ff. :

H. o”,36o X o",265. Justification : o",25o x 0”,i67. 2 colonnes avec o“,oi8 d’intervalle; 35 lignes.

Il contient les dix premiers livres du traité, précédés de l’argument des Retractationes et comprend 1 fol. blanc et ig3 ff. numérotés. Le fol. 2 commence par : « quibus vitiorum » et le fol. 192 : ■ potest Porphyrius ». Le manuscrit offre quelques lacunes.

Le fol. 23 est blanc; il aurait dû contenir la fin de la table des chapitres du Liv. II. fl en est de même du fol. 41, qui aurait dû renfermer le chap. 1 et le commencement du chap. 11 du Liv. III. Sont également blancs : le fol. 80, au Liv. V, le fol. 100 au Liv. VI et le fol. i5i au Liv. IX. Ces feuillets attendaient le travail de l’enlumineur et les miniatures dont le peintre devait les décorer.

Collation. — Il n’y a aucune trace de réclames; elles ont peut-être disparu sous le couteau du relieur.

Reliure. — Maroquin bleu-vert à filets d’or, en mauvais état. Sur le dos, le titre suivant : D. August. | de. Civi. | tate. | Dei. | M. et plus bas l’écusson du cardinal de Bourbon : De France , avec une cotice pour brisure.

Écriture. — Réglée rouge, en jolie italienne ronde. Titre courant en rouge et bleu. Aux derniers ff. du Liv. VI, on a déjà écrit par erreur : Septimus. Dans la marge, nombreuses notes à l’encre bleue avec références aux auteurs et à leurs œuvres. Les titres des livres et des chapitres sont à l’encre bleue et rouge et les tables des chapitres, en tête des livres, offrent des bouts de ligne d’or. Le manuscrit finit au fol. 192 v°, mais au fol. 193, 20 colonne, on voit, écrite à l’encre bleue, la mention suivante : Ad vota Reverendissimi Patris et pre stands s imi domini domini Georgii de Ambasia , cardinales Sancti Sixti : Archipontificis Rothomagensis , Provincie Normaniae gubernatoris et prirnarii s ace r do lis , in universo Galliarum Regno Legad quant meridssimi , libris decem quos Aurelius Augusdnus de civitate terrena edidit , Cyprianus calamo suo finern devodssime dédit , Anno a salutari Virginis puerperio mil. quadringentesimo primo , nonis januarii. Il faut lire : quingentesimo [i5o2, n. st.], et on s’explique difficilement l’erreur du copiste, si ce n’est qu’à la fin d’un siècle l’habitude d’écrire la notation de ce siècle est prise depuis longtemps et qu’on continue à l’exprimer dans les premiers jours de la nouvelle période.

Sur la garde de tête, on lit dans le coin intérieur : 1593. Gaillon , et, au fol. 1, de la main de l’abbé de Targny : 3763.2.

Initiales. — Celles qui se trouvent en tête des chapitres sont formées de rinceaux peints à la gouache et se détachant en blanc sur un rectangle d’or, parsemé de petites fleurs de couleur. Celles qui sont en tête des livres sont plus importantes et de même style, mais ordinairement le fond de la lettre est bleu. Elles contiennent les armes de Georges d’Amboise, cardinal légat, avec le chapeau et la croix pastorale : pallé d’or et de gueules de six pièces, (ff. 3, 3 v°, 61, 1 1 3, 1 32 et 167.) Celle du fol. 61 est parsemée de fleurs de lis d’or.

Bordures. — Elles n’existent qu’au commencement des livres et n’entourent que les colonnes où se trouvent les grandes initiales. Elles se composent de bandes, alternativement rouges, vertes et bleues, parsemées d’étoiles d’or, avec une banderole d’or qui s’enroule autour d’un tronc d’arbre également d’or. Cette banderole porte écrits ces versets des Psaumes que le cardinal d’Amboise avait adoptés comme devises : Non confondas me , Domine , ah expectadone mea et Transivimus per ignem et aquam et induxisd nos in rejrigerium' .

Provenance. — La mention inscrite au fol. 292 v° et les versets des Psaumes portés sur les banderoles des marges indiquent assez que ce manuscrit a été exécuté pour le célèbre et habile ministre de Louis XII, le cardinal Georges d’Amboise, archevêque de Rouen et légat du Saint-Siège en France. Il n’est pas étonnant que ce grand amateur, qui venait de voir et d’admirer lors de sa campagne dans le Milanais la production du génie italien, se soit fait faire un exemplaire qui lui rappelât la technique des ouvriers d’outre-monts, et la date de i5o2 s’explique fort bien pour cette exécution. Nous savons que c’est Maître Cyprien1, lequel s’occupait de la librairie de l’archevêque,

1. Ps. CXVIII, 116 et LXV, 12. Le premier se rencontre dans les Mss. lat. 5891, 6891 et 6568 de la Bibl. Nat. et aux ff. 3 1 1 et 38^ v° du Ms. 1 58 1 de la Bibl. Mazarine. Le second se lit au frontispice du Ms. franç. 54 de la Bibl. Nat. Quant aux armes elles se retrouvent dans plusieurs manuscrits, entre autres le manuscrit de la Cité de Dieu de la Bibliothèque des Avocats à Edimbourg dont nous parlons plus loin.

2. M. L. Delisle, Cabinet des Manuscrits, tom. I, pp. 249 et 254*

470 LA CITÉ DE DIEU. [i5o2]

qui en avait assuré la copie, mais il est plus difficile de préciser quel artiste a peint les deux miniatures qui ornent notre manuscrit.

Nous n’ignorons pas, en effet, que le cardinal d’Amboise avait su grouper autour de lui quelques artistes remarquables qui travaillaient pour son compte en Normandie, et en particulier à Rouen, au commencement du xvia siècle. Ils avaient nom Jean Pichore, de Paris, Jean Serpin, Étienne du Moustier, Nicolas Hiesse et Robert Boyvin1. Mais quelle était la part de chacun d’eux dans les travaux qui leur étaient confiés? C’est ce que nous allons essayer de déterminer en ce qui concerne les manuscrits qui nous occupent.

Georges d’Amboise avait eu dans sa librairie trois manuscrits de la Cité de Dieu , les Mss. 87 italien et 2070 latin de la Bibl. Nat. et le Ms. latin 1.1.2. de la Bibl. des Avocats d’Edimbourg, exécuté pour l’un des siens.

Mettons de côté le manuscrit italien, qui, exécuté dans la péninsule, avait été acheté au roi Frédéric III de Naples. Nous l’avons signalé précédemment au chapitre de la Bibliographie des manuscrits sans miniatures.

Le Ms. 2070 ne comprend que la première partie du traité de saint Augustin, c’està-dire les dix premiers livres. Inachevé, il ne renferme que deux peintures. Nous ne connaissons pas le second volume.

Le manuscrit d’Édimbourg comprend l’œuvre tout entière et est décoré de 2 1 miniatures, dont 2 grandes. Mais nous verrons plus loin, en le décrivant, qu’il contenait primitivement 22 miniatures.

Or, si nous consultons les Comptes du château de Gaillon publiés par M. A. Deville, on voit que le trésorier du cardinal d’Amboise paye :

Le VIIe de janvier [1502} a Jehan Pichore , de Paris , pour les histoires qu’il a faictes au livre de la Cité de Dieu , XII" 3 ;

Le XXVe jour de novembre VCCII a Jehan Serpin , pour l' enluminure du second volume de Saint Augustin , VIn XI III‘ IXdi ;

Le XXVIIIe de juing MVC et III , a Jehan Pichore , demourant a Paris , pour XXII petites histoires et deux grandes au livre de Civitate Dei , et a ung autre livre une grande histoire et V petites , ///Z*4;

Le troisième paiement s’applique bien au manuscrit d’Édimbourg, comme nous le verrons à la description suivante de ce volume. Or, il est de 4 livres pour près de 3o histoires. Donc le premier paiement de i3 livres ne peut concerner le Ms. 2070 qui, incomplet, n’est décoré que de 2 miniatures. Il faut donc penser que ces deux paiements sont 1 un, un à-compte et l’autre un solde et qu’ils sont relatifs tous deux au manuscrit d Édimbourg. Il en résulte qu’aucun des comptes relevés par M. Deville et concernant le De Civitate Dei ne peut s’appliquer au Ms. 2070 et que nous n’avons aucun document propre à nous éclairer sur la personnalité de l’artiste qui l’a si imparfaitement illustré.

Notre manuscrit 2070 fut légué avec les autres manuscrits latins par le Cardinal à son successeur et fut conservé dans la bibliothèque des Archevêques de Rouen au

1. M. Léopold Dblisle, Cabinet des Manuscrits, tom. I, pp. a45-26o; A. Deville, Comptes des dépenses de la construction du château de Gaillon, Paris, i85o, pp. 4^7» 438, 44a» 497» 5a3, 5a4, 549 55a; Comte Paul Durrieu, Bul-

letin de la Société nationale des Antiquaires de France, 1906, p. a36.

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