Ibidem , p
château de Gaillon. C’est ce qu’il ressort de l’inventaire du 3i août i55o'.
On sait que cette librairie fut dilapidée sous l’administration de l’archevêque Charles de Bourbon-Vendôme, premier cardinal de ce nom ; mais sous le court archiépiscopat du cardinal Charles II de Bourbon-Vendôme (i5go-i594), notre exemplaire y figurait encore, puisqu’il porte, comme nous l’avons vu plus haut, la mention : 4593, Gaillon , date où il reçut sa reliure actuelle, d’après les ordres du Cardinal qui fit recouvrir la plupart de ses manuscrits de cette façon en y faisant frapper ses armes.
Le manuscrit fut porté ensuite à Paris sous le règne de Henri IV, conservé dans le cabinet du Louvre et incorporé sous Louis XV dans les collections de la Bibliothèque du Roi2.
Miniatures. — Elles sont au nombre de 2, les autres n’ayant pas été exécutées, quoique les feuillets qui devaient les contenir aient été ménagés à cet effet, comme nous l’avons vu. Elles appartiennent à l’art français, dérivant de l’école de Tours, mais elles subissent déjà l’engouement général pour la mode italienne3. Au premier aspect, elles semblent être des gravures coloriées dans une note sombre et lourde. Les visages, traités à la plume d’une façon très accusée et un peu épaisse, présentent des bouches ouvertes et des yeux extasiés d’une certaine banalité. Ils sont coloriés au pinceau dans une tonalité rouge et sans transparence. Les plis des vêtements sont habilement dessinés et le coloris est cru, sans demi-teintes. L’ensemble présente de la sécheresse et fait penser à un artiste plus maître de son dessin que coloriste.
Le choix des sujets est peu en rapport avec le texte, autant qu’on en peut juger par les deux seules miniatures qui ont été exécutées ; on ne saurait àvoir aucune idée d’un manuscrit antérieur sur lequel elles auraient été copiées.
Voici la description de ces peintures :
LIVRE VII. — fol. ii2v°. — H.om,o9oXom,o75. — Divinités païennes. — {Planche XXII, c.) Dans un temple, aux dalles rouges et vertes, s’élève, sur une colonne, une statue d’or. Un pontife, revêtu des insignes épiscopaux, encense la déesse. Il est accompagné d’un groupe d’une quinzaine de païens, qui, agenouillés derrière lui, écoutent son enseignement.
LIVRE X. — fol. i66v°. — H. om,o8oxora,075. — Monothéisme. — Dans un temple semblable, laissant voir au fond un peu de paysage, un groupe d’une quinzaine de fidèles sont agenouillés devant cinq anges aux ailes multicolores. Ils portent tous des robes de différentes couleurs.
EDIMBOURG, ADVOCATES’ L1BRARY, MS. LATIN i. i. a. i5o3
Sancti Augustini, de Civitate Dei.
VOIR PLANCHES CXXIX, CXXX, CXXXI, CXXXII, CXXXIII, CXXXIV et CXXXV.
Description générale. — Un gros vol. in-fol. Beau vélin. Dimension des ff. :
H. om,357Xom,25o. Justification : om,235xom,i5o. 2 colonnes avec om,o 19 d’intervalle :
40 lignes.
1. A. Deville, Comptes...., p. 549- « Ung volume en parchemin, de civitate Dei, couvert de veloux jaune. »
2. M. Léopold Dblisle, Cabinet des Manuscrits , tom. I, pp. 257-260, a donné les détails les plus intéressants sur le sort des volumes de la librairie du château de Gaillon.
3. Cette invasion de l’art italien se montre d’une façon typique dans le Ms. 1 58 1 de la Bibl. Mazarine, Antiquités judaïques, exécuté pour le Cardinal vers la fin de sa vie. Deux mains différentes, Tune italienne et l’autre française, ont participé à sa décoration. L’étude de ces deux influences fait ressortir leurs caractéristiques réciproques et laisse présager la désastreuse prépondérance que va bientôt exercer l’art d’au delà des monts.
LA
Il contient le texte latin des vingt-deux livres du traité, précédé de l’extrait des Retractation.es et de la table des chapitres. Il comprend 3 feuilles de papier, 3g5 ff. de vélin non numérotés et i feuille de papier.
Le fol. i du texte, 4" des feuillets de vélin, commence par ces mots : « ac pro largiore » et le dernier par : « enim erit ». Ce dernier fol. finit par la mention : « Explicit féliciter » .
Le manuscrit devait autrefois former deux volumes dont le premier comprenait les dix premiers livres et le second le reste de l’ouvrage. En effet, le fol. 147, fin du Liv. X, est suivi d’un folio réglé, mais non rempli, qui finissait le premier volume. La nouvelle reliure n’a pas tenu compte de cette division.
De plus, le manuscrit a été mutilé avant d’étre recouvert de la reliure actuelle. Le fol. 129 v° termine le Liv. IX par ces mots : » Incipiunt capitula libri decimi », qui précèdent le Liv. X. Mais au fol. i3o qui suit, le texte du Liv. X est déjà commencé; on lit, au titre courant : « Decimus » et les premiers mots sont : « non imperitorum verum etiam doctissimorum et cognaccionibus » qui figurent à la fin du chap. 1 du Liv. X du traité de saint Augustin. Il manque donc la liste des chapitres du Liv. X la miniature qui devait décorer le commencement de ce livre et les deux tiers du premier chapitre, soit la valeur de deux feuillets ' .
Collation. — Les cahiers sont de 8 ff. et sont souvent numérotés par des lettres affectés des signes I, II, III, IIII, etc., mais parfois ces indications ont disparu sous le couteau du relieur. Les réclames sont presque toujours rognées; on aperçoit encore celles de la fin du Liv. VII : » de questione naturalis théologie » .
Reliure. — Demi-reliure du commencement du xix' siècle, en basane rouge, avec le dos en maroquin rouge. Titre : Sanctus Augustinus | De Civitate Dei | Manuscrit sur VÉLIN.
Ecriture. — Très belle écriture en lettre de forme , de la fin du xv" siècle, d’une régularité remarquable avec beaucoup d’abréviations. Titre courant en rouge, Liber au verso et l’indication en lettres jusqu’au Lib. Duodecimus et ensuite en chiffres romains.
Initiales. — Le commencement des livres est orné de grandes capitales dorées, se détachant sur un feuillage de toutes couleurs. Celui des chapitres n’est décoré que de petites initiales en or, rouge et bleu, d’où s’échappe un léger feuillage à la plume, rehaussé d’or.
Bordures. — - Celles qui ornent les marges des têtes de chapitre, au commencement de chaque livre, sont formées de feuillages, or, bleu et rouge, et n’entourent que la marge contiguë ainsi que le haut et le bas de la colonne. Celles qui décorent les miniatures courent sur les quatre côtés du feuillet et sont composées de feuillages de toutes couleurs, avec fruits, fleurs, animaux réels et fantastiques, personnages et grotesques à cheval, qui font le plus heureux effet. Elles sont rehaussées d’une multitude de points dor. Elles portent, dans le bas du feuillet, un écusson, posé sur un tertre, avec une crosse tournée à senestre, dont les armes se blasonnent ainsi : pallé dor et de gueules de 6 pièces. Il est probable que cette décoration est l’œuvre de Jean Serpin qui était employé par le Cardinal à l’enluminure de ses livres”.
1. Ce défaut existait déjà en i8a5, car le catalogue de la vente Mac-Carthy, dont nous parlerons plus loin, en fait mention.
2. A. Deville, Comptes de dépenses de la construction du château de Gaillon, p. 442. « A Jehan Serpin, pour l’enlu-
Provenance. — Ce beau manuscrit' porte, comme nous le voyons, les armes de la famille d’Amboise et a été exécuté aux frais du cardinal Georges en i5o3. Deux articles des Comptes de dépenses du château de Gaillon semblent, en effet, s’appliquer avec raison à notre manuscrit : « Le VIIe de janvier [i5oa], à Jehan Pichore, de Paris, pour les histoires qu’il a faictes au livre de la Cité de Dieu, XII" », et « à Jehan Pichore, demeurant «à Paris, pour XXII petites histoires et deux grandes au livre de Civitate Dei et a ung autre livre une grande histoire et V petites, le XXVIIIe de juing MVC et III, IIII"2 » . Notre exemplaire, en tenant compte de la peinture du Liv. X qui a été dérobée, comprenait bien 2 grandes miniatures et 20 petites, ce qui diffère peu de la rédaction cidessus. Le chiffre de IIII livres pour un aussi gros travail montre que c’est un reliquat de la somme totale dont l’artiste avait déjà reçu XII". Ajoutons que la date de juin i5o3 cadre bien avec celle du règlement de compte pour l’enluminure du second volume qui est de novembre i5o2.
Remarquons, d’autre part, que les livres exécutés à cette date pour Georges d’Amboise, qui était cardinal depuis 1498, portaient, comme sa Cité de Dieu (Ms. lat. 2070 de la Bibl. Nat., Descript. n° 5g), le blason de la famille, accompagné du chapeau et des insignes cardinalices ainsi que de la devise adoptée par ce prélat3. Pourquoi donc ce second exemplaire du même ouvrage, établi un an après, aujourd’hui conservé à Edimbourg, ne porte-t-il, avec les mêmes armes, qu’une crosse de prieur, d’abbé ou même d’évêque, placée derrière l’écusson4? Puisqu’il n’était pas copié pour le cardinal, quoique à ses frais et aux armes de la famille, c’est qu’il était destiné en cadeau à un autre membre ecclésiastique du nom d’Amboise. Or, si nous consultons le Père Anselme8, nous trouvons que Georges avait cinq frères dans les ordres. Écartons tout d’abord Jean, évêque de Langres, qui était mort en 1498. Des quatre autres, Aimery, grandmaître de Rhodes, Louis, évêque d’Alby, Pierre, évêque de Poitiers, et Jacques, de l’Ordre de Saint-Benoît, il nous semble qu’il faut penser plus particulièrement à Louis, évêque d’Alby, sur lequel le célèbre généalogiste s’exprime ainsi : « Lieutenant général pour le Roi en Bourgogne en 1480 et en Languedoc et Roussillon, suivant plusieurs actes et quittances de lui scellés aux armes d’Amboise avec une crosse derrière l’écu, établit le parlement de Dijon au nom du roi Louis XII en 1498, mourut en i5o5 et fut enterré dans son église ». Le détail donné sur le sceau de ce personnage nous semble un renseignement qu’on ne saurait dédaigner0. Le fait que l’exemplaire est en
minure du second volume de saint Augustin, le XXVe jour de novembre VCCII, VI*, XIIIF, IXd. « Dans ces mêmes comptes, nous trouvons la mention de la reliure et de la dorure : pp. 437 et 438, « Le V' de janvier [i5oa], a Hector d’Auberville, pour avoir lyé le premier livre de la Cité de Dieu, Ls. » et « Le XXVIIIe de may, a Estienne Du Monstier, pour avoir doré les feules du premier livre de saint Augustin, Xs. »
1. M. Paul Meyer, Manuscrits français en Angleterre , Paris, 1871, p. 106, en a parlé pour la première fois. Il s’exprimait ainsi : « Et, parmi les manuscrits exposés dans des vitrines, une magnifique Cité de Dieu, aux armes du cardinal d’Amboise. » Signalé plus tard par Schenkl, Bibliollieca oalrum latinorum britannica, Wien, 1896.