LIVRE XXII. — fol. 369. — H. o'n,i48xo'n,i5o
— Couronnement de la Vierge. — Dans les cieux, au centre d’une auréole formée par les Chérubins rouges, Dieu le Père, en rose, bénit la Vierge, en bleu, qu’un ange couronne, tandis qu’un autre tient la traîne de son manteau. Un ange, en blanc, joue de la harpe près du Seigneur. Sur les côtés vingt-six saints et saintes assistent à cette cérémonie. On distingue saint Pierre, saint Paul, saint Jean, saint André, saint Christophe, sainte Barbe, etc.
LIMOGES, BIBLIOTHÈQUE MUNICIPALE, MS. FRANÇ. i3 (21) c. i53o
Saint Augustin, la Cité de Dieu.
Traduction et Commentaires de Raoul de Praelles.
Description générale. — Un gros vol. in-fol. Vélin. Dimension des R. :
H. om,468 x ora, 34o. Justification : om,3o7x om,2i5. i colonnes, avec om,022 d’intervalle.
Ce manuscrit mutilé comprend les vingt-deux livres du traité et contient 474 ff* ? numérotés postérieurement aux lacérations dont il a été l’objet. Les premiers feuillets ont été découpés ainsi que ceux qui renfermaient les miniatures originales. Le couteau, qui a servi à ce vandalisme, a même enlevé deux ou trois feuillets à chaque livre. Le fol. 3, qui a trait au chap. vi du Liv. I, commence par ces mots : « que il voult garder chasteté et purté contre ses ennemis » et le dernier par : « saichent que je suy le seigneur qui les sainctifie » .
Collation. — Les cahiers sont de 8 ff., avec réclames.
Reliure. — Elle est dans un état lamentable. Des fragments de bois, recouverts de velours rouge avec de gros boutons en cuivre, sont tout ce qu’il en reste. Sur la tranche dorée, on aperçoit les marques presque entièrement effacées d’un écusson ou d’un monogramme. Cette remarque nous montre que cet exemplaire n’a jamais formé qu’un volume, ce qui nous est confirmé par ce fait qu’il n’y a pas de solution de continuité entre le Liv. X et le Liv. XI.
Ecriture. — Réglée rouge. Belle écriture de la fin du xvc siècle. Au fol. i v°, se trouve une étiquette collée au centre, avec cette note d’une écriture plus moderne : De la Cité de Dieu par Saint Augustin , traduit sur vélin par Raoul de Praesle , i531. La seconde édition française, éditée à Paris et contenant les Commentaires de Raoul de Praelles ayant paru justement en 1 53 1 , nous supposons que le rédacteur de la note s’en est inspiré et que, par conséquent, cette date ne se réfère pas à la confection du manuscrit. Au fol. 179 v°, nous lisons ces deux signatures : Jehan de Treinact et Guillaume de Piere Bufffyere , et, à la fin du volume, cette longue note : Ce livre appartient a monseigneur Geoffroy, seigneur des Cars de Julhac etc. conseiller et chambelan ordinaire de treshault , excellent et puissant prince Henry , par la grâce de Dieu Roy de Navarre, son seneschal et gouverneur au vicomté de Limoges , aussi son seneschal ez pays et vicomtees de Marsan , Turssan et Gavesdan , lequel livre il a achapté et bien poyé et, par arrest de la cour de Parlement, gaigné et delivre.
Initiales. — A défaut de celles qui ornaient les en-têtes des livres, celles qui commencent les chapitres sont dorées et celles des Explications sont rouges et bleues.
Bordures. — 11 n’y en a plus. Elles devaient décorer les cadres des feuillets à miniatures.
Provenance. — Le caractère et le style de l’écriture indiquent que ce manuscrit a été copié dans les dernières années du xve siècle, et la mutilation ne laisse pas de doute sur l’existence de peintures exécutées à cette époque, en tête de chaque livre. La mention du fol. 179 v° est la seule indication qui nous soit donnée sur l’origine du manuscrit. D’après nos recherches, on peut supposer que c’est un Treignac ou un Pierrebuffière qui a possédé le manuscrit et que ce sont les héritiers de ce personnage qui ont mis leurs signatures au fol. 179 v°.
En effet, Jean II de Comborn, chevalier, baron de Treignac, mourut le i5 janvier 1488, après avoir fait, en 1480, son testament, dans lequel il dicta sa volonté d’être enterré, auprès de son père, dans l’église des Chartreux de Glandiers. Sa fille, Catherine, dont la mort est marquée, dans le nécrologe de ces Religieux, à la date du 29 janvier, avait été mariée, avant 1480, à Pierre de Pierrebuffière, qui précédemment avait eu un fils bâtard, Guillaume, cité en i5i2.
D’autre part, l’acquéreur du manuscrit, Geoffroy de Pérusse, chevalier, seigneur des Cars, baron et seigneur de Pérusse, de Juillac, etc., etc., était fils de noble Antoine
de Pérusse des Cars, damoiseau, chevalier, sénéchal du Limousin, en 1 463, par la démission de Gautier de Pérusse, son oncle. Cet Antoine était au service du Roi en 1474 et faisait partie de son conseil à Moulins en 1490- Il avait épousé, par contrat du 29 novembre i463, Françoise de Pierrebuffière, fille de Jean, dont il eut Jean de Pérusse, dit des Cars, mort sans enfant, et notre Geoffroy. Celui-ci n’a donc pu naître avant 1 4^5. Il est qualifié de vaillant capitaine quand, en i5i3, il alla secourir le roi de Navarre dont le royaume avait été usurpé. Il assista à la bataille de Pavie en 15^5 et gardé comme otage, avec Pierre de Bray, chevalier de Foix en Béarn, il prêta conjointement avec lui 3oooo écus d’or pour payer la rançon de Henri de Navarre, prisonnier au château de Pavie. D’après le calendrier des Frères prêcheurs de Limoges, auquel il donna plusieurs biens, il fut inhumé chez eux, étant mort au château des Cars, le 5 juin 1 534? à onze heures'.
On voit donc que, par sa mère Françoise, il était parent des Pierrebuffière et il n’est pas étonnant qu’il ait racheté, lors d’un partage, un manuscrit qui avait appartenu aux Pierrebuffière et aux Treignac. Comme il est mort en 1 534 et que nous l’avons vu en Italie en 1025, il est probable que c’est vers i53o qu’il fit faire à son volume ce frontispice italien dont nous allons parler.
Miniatures. — Le manuscrit devait avoir été décoré au xve siècle de 22 ou a3 miniatures ornant le commencement des livres ; mais elles ont toutes été dérobées et il n’en est rien resté, pas même les traces, que l’on rencontre quelquefois dans des cas analogues (Ms. de Nantes), déposées sur les feuillets qui ont subsisté. Nous n’avons donc aucune idée du style de ces peintures ni du nom de l’artiste qui en était l’auteur. Notre seigneur des Cars, quand il eut le volume entre ses mains, pensa à y faire mettre ses armes pour affirmer sa possession et, charmé probablement par les œuvres qu’il avait admirées dans le Milanais et dont tous les Français étaient engoués à cette époque, il s’adressa à un artiste italien ou au moins à un peintre très rompu aux ouvrages d’outremonts. C’est du moins ce qui est probable, à moins que la peinture ne soit d’une époque ultérieure. Ce travail consiste en un frontispice, placé au folio 2 et tenant toute la hauteur de la page. Il mesure 46 centimètres. C’est un grand portail d’architecture classique, avec un fronton surmonté d’un arc décoré de palmes vertes. Il donne l’aspect de bronze doré. Deux enfants, nus et ailés, aux extrémités du portail, se font pendant en se tournant le dos. Au milieu de l’arc, un gros enfant, violet avec des ailes vertes, tient un vase à parfum et plus bas, de chaque côté, un autre enfant, en rouge, supporte d’une main la tenture et de l’autre tient le gland des cordons. Enfin, au centre, un homme et une femme de grandeur disproportionnée, 10 centimètres environ, tiennent un écusson aux armes des Des Cars, de gueules au pal de vair , avec la devise : Lors aray ioie.
Cette grande peinture, d’un effet désagréable, est d’un ouvrier plutôt que d’un vrai artiste.
. Joseph Nadaod, Nobiliaire du diocèse et de la généralité de Limoges, Limoges, i856-i863.