‹ Les manuscrits à peintures de la Cité de Dieu de Saint-Augustin (volume 2)Chapitre 30 sur 272 · VOIR PLANCHE XXVIII · texte numérisé non relu

VOIR PLANCHE XXVIII

Description générale. — Un vol. gr. in-fol. Très beau vélin. Dimension des ff. :

H. om,433xom,3i5. Justification : om,270Xom,i85. 2 colonnes avec om,oi8 d’intervalle :

53 lignes.

Le premier volume manque. L’exemplaire ne contient donc que les Liv. XI à XXII et comprend 272 ff. non numérotés. Le fol. 2 commence par ces mots : « que toute créature laquelle n’est ».

Collation. — Les cahiers, numérotés par les lettres A B C et ensuite Aa, Bb, — Gg, sont de 6 à 8 feuillets, avec réclames.

Reliure. — Elle est moderne, en peau verdâtre. Au dos : S. Augustin | de la Cité de | Dieu. Tom. II.

Ecriture. — Réglée rouge en belle lettre de forme. Titre courant en rouge. Les lettres en tête des chapitres, ainsi que Xexplicit , sont quelquefois en or et souvent rubriqués. Bouts de ligne.

Initiales. — Les grandes sont en or et en couleurs, inscrites dans un carré colorié. Les petites, en tête des chapitres, sont plus simples.

Bordures. — Elles n’existent que dans les feuillets de tête des livres et sont formées de légères brindilles d’or et de couleur qui s’échappent d’un montant de même.

Provenance. — La miniature du Liv. XII nous montre, portée par un ange, une bannière sur laquelle on distingue les armes suivantes : d’argent a la croix de gueules. Ces armoiries sont celles d’une famille française, les Baudricourt, mais nous ne croyons pas qu’elle se rattache à celle du célèbre maréchal de Charles VIII, mort en 1499, 9U* portait : d’or au lion de sable , lampassé et couronné de 'gueules' . On rencontre une autre indication dans ce manuscrit, c’est celle de son passage dans la belle bibliothèque de M. l’abbé d’Orléans de Rothelin, mais cette mention porte le n° 3n. Or, si nous ouvrons le catalogue1 2 de ce bibliophile distingué, nous trouvons que ce n° 3 1 1 se rapporte à l’édition de la « Nova Collectio conciliorum per Stepban Baluzium », tandis que le seul exemplaire manuscrit de la Cité de Dieu en français y figure sous le n° 456. Cet article est ainsi conçu : « S. Augustin, de la Cité de Dieu, traduite avec des expositions (par Raoul de Presles), ms. sur vélin, avec miniatures, 2 vol., grand in-fol., » vendu 65 1. 5 s.

Il résulte de ces différentes mentions que l’exemplaire des Baudricourt aurait passé, au xvme siècle, dans la bibliothèque de l’abbé de Rothelin et que, le premier volume ayant disparu, le tome II est venu s’échouer dans la magnifique librairie de sir Thomas Phillipps, à Middlehill, transportée ultérieurement à Thirlestaine House3.

Miniatures . — Elles devaient être au nombre de 12, une en tête de chacun des douze derniers livres, mais celle du Liv. XI, la première, paraît avoir été enlevée, car la trace du couteau qui a servi à cette mutilation se voit encore au feuillet suivant qui a été entamé.

Ce beau manuscrit, qui, à notre connaissance, n’a pas encore été décrit, a été décoré par les soins d’un véritable peintre, dépassant certainement le niveau d’un artisan ordinaire. Les types des personnages sont délicats et pleins de grâce; les attitudes, élégantes et distinguées dans leur aisance, accusent de l’aménité; les têtes petites et fines trahissent la recherche de la beauté et de la race. L’anatomie des damnés dans le tableau de l’Enfer est remarquable. Le coloris est d’une harmonie pleine de charme

1. Ces dernières armes se trouvent sur une miniature d'un livre d 'Heures d'Anne de Beaujeu-Amplepuis, dame de Baudricourt, qui a été reproduite au frontispice de La Peinture à l' Exposition des Primitifs Français , Paris, 1904, par son savant possesseur, M. le comte Paul Durrieu.

2. Catalogue des livres de feu M. l'abbé d? Orléans de Rothelin, Paris, Gabriel Martin, 1746, in-8°.

3. Voir l'autre exemplaire, complet, de la Cité de Dieu, conservé dans cette même bibliothèque et décrit plus haut, Descripl. n° 25, Ms. 435g.

et se tient dans une gamme de tons clairs et mauves du plus heureux effet, sur lesquels se détache la blancheur des vêtements, teintés légèrement à la sépia dans les ombres. Des rehauts d’or ajoutent à la richesse de ces tableaux dont tous les détails sont traités au pinceau comme dans une aquarelle. Le paysage, au sol vert avec des fleurs jaunes, est représenté avec beaucoup de réalisme et d’une façon toute nouvelle pour l’époque. Le thème très spécial de montagnes en tire-bouchon trahit une main septentrionale. La facture du tableau de la Nativité rappelle beaucoup celle des livres à’ Heures. Il règne dans ces scènes un air de familiarité champêtre qui produit une agréable impression.

Toutes ces observations indiquent le travail d’un de ces artistes délicats et charmants que le plus grand des princes bibliophiles français, Jean, duc de Berry, avait su grouper autour de lui et dont il dirigeait les travaux avec un goût aussi sûr que raffiné. Citons André Beauneveu, Haincelin de Haguenau, Jacquemart de Hesdin, Ymbert Stanier, Jacques Coëne et les frères Limbourg.

Il est difficile, en l’absence de toute indication, de préciser davantage, mais on peut chercher parmi leurs œuvres celles qui rappellent la technique de nos miniatures. Deux manuscrits, conservés à la Bibliothèque Nationale, nous offrent, dans leurs peintures de singulières analogies avec les petits tableaux dont nous nous occupons. Ce sont les Mss. franc. 2810, Le Livre des Merveilles du Monde , et 9141, Le Proprietaire des choses.

Le premier, au fol. 16, Jardin du Vieux de la Montagne, et au fol. 84, Nègres faisant une récolte, dessine de la même façon ses arbres et ses rochers et enveloppe ses scenes de la meme tonalité rose et mauve. Le second, au fol. 48, représente avec une ressemblance encore plus grande les arbres à trois pointes, les rochers en hélice, le soleil aux rayons embrasant la terre et les personnages aux têtes penchées, aux attitudes gracieuses et à la barbe à deux pointes'. Du reste, ces deux manuscrits ont entre eux une parenté frappante et c’est pour cela que M. le comte Durrieu, dans ses remarquables études*, les a attribués à un peintre qu'il a nommé le Maître des Heures du maréchal de Boucicaut, pour rappeler celui qui a illustré les belles Heures, autrefois en la possession de M. Guyot de Villeneuve, notre regretté président de la Société des Bibliophiles François, et maintenant conservées dans la riche collection de Madame Édouard André.

Quel que soit le nom de cet artiste, que ce soit un de ceux que nous venons de citer ou un de leurs compagnons, ou bien qu’il s’appelle Jacques Coëne, comme on l’a dit1 2 3, nous proposons de lui attribuer également la décoration du présent manuscrit de Cheltenham, qui semble bien appartenir à cette école des peintres du Nord-Est qui, travaillant à Paris, sous la direction du Duc de Berry, ont produit des œuvres si charmantes, ayant un caractère particulier dans la recherche de la beauté et le goût naissant des paysages inspirés par la nature.

Du reste, tout un groupe de manuscrits, exécutés sous le règne de Charles VI, et sous le mécénat du Duc de Berry et de Jean sans Peur, duc de Bourgogne, exerce en ce moment la sagacité des érudits. Ils sont 1 œuvre des artistes que nous venons de citer

1. Voir aussi les ff. 55, 1 38 v°, iy5, 197, 218, 219 (portrail du Duc de Berry) et 258 Ve. Les fonds sont en partie mosaïqués.

2. Comte Paul Durrieu, Le Maître des Heures du maréchal de Boucicaut, i articles parus dans les numéros de juin et juillet 1906 de la Revue de l'Art ancien et moderne.

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