‹ Les manuscrits à peintures de la Cité de Dieu de Saint-Augustin (volume 2)Chapitre 43 sur 272 · VOIR PLANCHE XXX · texte numérisé non relu

VOIR PLANCHE XXX

Grâce à l’amabilité de M. le Prof. Dr Springer, Directeur du Cabinet des Estampes de Berlin, nous avons pu faire des recherches dans des cartons renfermant des miniatures isolées, arrachées autrefois à des manuscrits de toutes sortes. Or, dans le carton n° g, nous avons trouvé, sous les n05 632 et 633, deux miniatures sur vélin, coupées au ras de la peinture.

En examinant avec attention ces compositions, nous avons pu constater qu’elles constituaient les miniatures de tête des Liv. IV et V d’une Cité de Dieu en français.

Nous avons fait part de cette identification à M. le Conservateur du Cabinet et nous avons obtenu la permission de faire prendre des reproductions de ces deux fragments.

Bordures. — La bordure, d’après ce qu’il en reste, était composée de feuillages et de fruits, ressortant en vert et en rouge sur un fond blanc et or.

Provenance. — L’écusson de la Maison de France, que l’on voit peint sur la porte du donjon de la première miniature, pourrait faire croire que le manuscrit a été exécuté pour le Roi de France, ou du moins lui a appartenu. D’autre part, les détails des peintures semblent nous ramener à i43o environ. Nous nous trouverions donc en face de fragments d’un exemplaire du roi Charles VII, mais il ne faut pas attacher trop d’importance à ce détail, car nous savons que les peintres, pour désigner une habitation royale quelconque, peignaient, en France, les fleurs de lis et, en Allemagne, les armes impériales.

Miniatures . — L’auteur de ces miniatures, sans être un grand artiste, est un peintre d’un certain talent, un enlumineur de métier. Le dessin, quoique un peu gauche, est juste dans ses attitudes, la composition est naturelle et très intéressante dans ses groupements, les physionomies sans grande personnalité. Les couleurs sont crues et la tonalité générale nous apparaît verte et bleue. On est frappé par les détails de l’architecture qui sont traités très heureusement et par des lointains d’une perspective très agréable.

Le style de ces peintures semble avoir subi une influence flamande assez prononcée

et nous lait penser à quelque artiste bourguignon, auquel l'art des écoles du Nord n’aurait pas été étranger. Certains détails de paysage seront traités de même par Tavernier et Guillaume Vrelant.

Le manuscrit appartient à la Famille n° 2 et offre toutes les analogies avec les Mss. franc. 23-24, et 27-28 de la Bibl. Nat. et avec le manuscrit de la Bibliothèque des Avocats d’Edimbourg. Peut-être ont-ils tous comme prototype le Ms. franc. 6271 de la Bibl. Nat., qui avait appartenu au Duc de Berry? Il est contemporain de cet Estienne Gaultier qui possédait le dit Ms. 23-24.

Voici la description de ces deux miniatures :

LIVRE IV. — Cotée632. — H. o0,,2ioxom,igo. — La Tour de Babel. — {Planche XXX, a.) A gauche, la grande ville de Babylone, dont les constructions grises, d’architecture française, s’étagent jusqu’au ciel. Elles présentent, au premier plan, un donjon à deux tours, décoré d'un écusson à la couronne royale, soutenu par deux anges. Sur cet écusson d’azur, on distingue encore, quoique très effacées, les trois fleurs de lis de la Maison de France. En bas, dans le gazon, on voit écrit : Babilionne, en lettres d'or.

A droite, inscrite de même, la tour de babilionne, s’élève sous les efforts de cinq ouvriers habillés de vêtements bleus, rouges et jaunes, qui disposent les matériaux en travaillant sur des établis ou des échelles. Deux autres taillent des pierres sur le sol. L’entrepreneur, en jaune et vert, s’avance vers le géant Nembrot, d’une stature double de celle des autres hommes, qui, cuirassé d’or, avec un casque de même et une épée passée dans un ceinturon rouge, tient une hallebarde d’acier. Il fait un geste d’étonnement; c’est que le Seigneur qu’on aperçoit en buste, vêtu d’un manteau d’or, avec la tiare, entouré dans les nuées d’une auréole de Chérubins bleus, vient d’envoyer son ange, vêtu d’un manteau d’or, avec des ailes bleues, vers la Tour, pour y confondre les audacieux.

Au fond, une autre ville fortifiée, avec de grands édifices au bord d’une rivière, apparaît dans une jolie perspective sous un ciel bleu couronné de petits nuages, formés d’un gribouillis en forme de monticules.

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