LIVRE V. — Cotée633. — M. o'n,i8oXom,i
— La Roue de la Fortune. — {Planche XXX , b.) La scène représente une salle aux dalles vertes, avec des parois architecturales et des tentures bleues à ramages d or. Au milieu et au fond, un tambour ou ambon en bois doré. A gauche, la Fortune, noble dame décolletée avec une chaîne au cou, vêtue d’une robe verte doublée d’hermine et d’un manteau d’or, et coiffée d’un hennin de haute dimension. Elle fait tourner sa roue, en haut de laquelle on aperçoit Alexandre tout brillant d’or. Il est coiffé d’un turban oriental bleu et jaune, et tient dans ses mains le sceptre et le globe du monde. A l’autre diamètre, en bas, nous voyons le même Alexandre, accroupi, pleurant sa prospérité perdue. Son turban et ses attributs royaux gisent à ses côtés. Au milieu, un roy est étendu à terre, assassiné. Deux autres roys attendent le même sort de l’effet du poison que leurs ministres leur offrent à boire dans des coupes d’or.
A droite enfin, sous un dais vert, un roi, en rouge avec un manteau bleu à hermines, et une reine, en jaune, tous deux assistés de leurs conseillers, aux costumes variés, considèrent avec émotion cette scène pleine d’enseignement pour les grands de la terre. Les noms que nous venons de relever sont écrits en blanc.
Cette miniature, un peu moins rognée que la précédente, permet de lire la première ligne de texte, écrite en rouge sur deux colonnes : Le prologue du Ve Livre qui fait men
PARIS, BIBLIOTHÈQUE MAZARINE, MS. LATIN 59a (290)
Sancti Augustini, de Civitate Dei.
VOIR PLANCHE XXIX, c.
Description generale . — Un vol. in-fol. Vélin. Dimensions des IL : H. om,377 Xom,25o. Justification : o“',262 x om, i65. i colonnes avec om,oi8 d’intervalle : 48 à 53 lignes.
Il contient les vingt-deux livres du traité en latin, précédés d’un titre, de l’extrait des Retractationes , de la plume d’un scribe postérieur, et de la table des chapi-
très, et comprend i fol. de titre et 290 ff. en partie numérotés. Le fol. 2 commence par ces mots : « mores bellis emendare » et le fol. 290 par : « sententiam quam ».
Collation. — Cahiers de 12 ff., avec réclames.
Reliure. — Demi-reliure moderne en peau de truie.
Écriture. — Réglée, en lettre de note ou de court, de différentes écritures. Titre courant en noir et en rouge. Quelquefois les têtes de chapitres sont écrites en rouge. Sur le fol. liminaire, on lit le titre suivant, en noir et en rouge : « Divi Aurelii Augustini, Hipponensis episcopi et ecclesiae doctoris, de Civitate Dei Libri viginti duo ». En bas :
« Ex libris bibliothecae conventus Parisiensis sanctissimae Mariae Annunciatae' ordinis Fratrum Praedicatorum strictioris observantiae in vico novo Sancti Honorati. 1647° 9“ Martii. » — Dono Dni Pétri Quétif.
Cette mention du donateur est encore signalée au bas du fol. 125 : Dono D. Pétri Quetif pro Biblioth. Convent. S'“ Mariae Annunciatae ord. Fratrum Praedicat. Paris iis et via Su Honorati 1647 . Orate pro eo.
Le copiste s’est fait connaître par deux inscriptions. L’une au fol. 125, fin du Liv. X : Johannes D' auchy. L’autre, à la fin du Liv. XXII :
Si Jo ponatur et han simul associalur Et nés addatur , qui scripsit ila vocatur.
d’Auchy.
Au dernier fol., Jacques Quétif a mis la note suivante : Hic liber Sancti Augustini de Civitate Dei quondam extitit D. Odetti Colligniaei , Cardinalis de Chastillon , qui, Calvinianam haeresin amplexatus , obiit in Anglia 157 1 ; a quo ad Francisa nepotis sui primogenitum Gaspardum 3, Franciae mareschalurn, in eadem haeresi defunctum anno 1646 , transiens, ab lieredibus venalem habuit Laurent Saunier , bibliopola Parisiensis, a quo ipsum émit 10 l. die 9 Mart. 1647 . F. Jac. Quétif, P ansinus , pro comuni bibliotheca hujus originalis conventus sui Parisiensis ord. fratrum Praedicatorum, via sancti Honorati, ejus parentis, dono D. Pétri Quétif civis et oriundi Paris. 2 januaru 1647 defuncti, aetat. 76.
Le premier fol. a été refait en partie ainsi que l’indique la mention suivante du même Quétif, inscrite au fol. suivant : Advertat lector hujus folii lacerati redintegrationem non ejusdem esse fidei , ut nec antiquitatis , quippe quam ad veteris libri hujus caracteris similitudinem efformare conatus est 1647, 16 april. F. Jacobus Quétif, Parisinus , ord. Praedic. S. M. Anac Pans. conv. fihus.
Initiales. — Les grandes, en couleurs, sur fond or avec, à l’intérieur, des feuilles de lierre; les petites, en bleu et rouge, sur un tracé rouge.
Bordures. — Semis de petites brindilles avec feuilles de lierre de toutes couleurs sur lesquelles se détachent quelques feuillages plus larges, portant des fruits. Celles des Liv. I et XI sont plus importantes et entourent toute la page.
Provenance. — Le manuscrit semble dater de i43o environ, mais nous n’avons aucune trace de ses premiers possesseurs. Seules les inscriptions que nous avons relatées plus haut nous renseignent sur son sort à partir de la fin du xvi" siècle. Il appartint, en effet, à Odet de Coligny, fils de Gaspard, plus connu sous le nom de cardinal de Châtillon, qui, après avoir embrassé la religion réformée et s’être marié, passa en Angleterre à la cour de la reine Élisabeth, où il mourut, empoisonné par son
1. L’église de ce couvent avait été dédiée sous le titre de l’Annonciation de la Vierge. Voir : A. Franklin, Les Anciennes Bibliothèques de Paris, tom. 11, pp. 3i5-3ai.
valet de chambre, en 1571, au moment où il allait rentrer en France. L’exemplaire devint ensuite la propriété de Gaspard, dit le maréchal de Châtillon (fils de François, qui était lui-même le fils de l’amiral Gaspard, frère d’Odet), célèbre par ses prouesses dans les guerres du xvne siècle et mort en 1646. Il fut vendu par les héritiers à Laurent Saunier', libraire parisien, à qui Jacques Quétif l’acheta au prix de dix livres le 9 mars 1647. C’est en souvenir de Pierre Quétif, comme lui natif de Paris, qu’il fit cette acquisition, et c’est en son nom qu’il le donna à la bibliothèque de son couvent. Il avait fait profession dans cette maison de la rue Saint-Honoré, quand les Dominicains vinrent s’y installer, au commencement du xviic siècle, sous le nom de Jacobins, qui leur venait de leur premier établissement, rue Saint-Jacques. Vers 1647, il fut chargé de la bibliothèque et c’est alors probablement qu’il fit refaire, au commencement du manuscrit, le folio lacéré dont nous avons relaté la réparation. Faut-il rappeler que c’est dans cette même bibliothèque qu’à partir de 1790 'se réunirent les Amis de la Constitution sous le nom de Club des Jacobins ? Les livres n’en furent enlevés que plus tard et dirigés sur le dépôt, établi près de là, dans le couvent des Capucins Saint-Honoré, d’où ils furent dirigés sur les différentes collections publiques. Notre exemplaire suivit le sort des 5oooo volumes que l’abbé Leblond fit entrer à la Bibliothèque Mazarine.
Miniatures. — Si nous connaissons le nom du copiste qui a écrit tout ou partie du texte, Jean d’Auçhy % nous ne savons quel est le peintre qui devait le décorer de deux miniatures, l’une, en tête du Liv. I, l’autre, au commencement du Liv. XI. En réalité, la place de la première est restée blanche, la seconde seulement a été exécutée.
La composition en est quelconque, mais ce qu’on peut en louer, c’est la tonalité bleue dans les tons gris, relevée par les 'ailes rouges des Chérubins et les bonnets rouges et violets des docteurs. L’effet en est des plus heureux. Les physionomies sont fines et sympathiques. Les constructions sont de style français. Il semble bien que nous ayons devant les yeux une œuvre d’art français de i43o environ, due au pinceau d’un enlumineur d’un certain talent.
L’unique miniature, que nous décrivons, ne nous permet pas de rattacher ce manuscrit à un groupe quelconque.
LIVRE XI. — fol. 127. — ■ H. o"',io5xom,o75. — Les deux Cités. — {Planche XXIX, x.) En haut, la Cité céleste, représentée par une ville fortifiée. On aperçoit le Seigneur, en robe violette, avec la tiare, assis dans une grande chaise à dossier. Il est entouré de
la troupe rouge des Chérubins et, de chaque côté, de deux anges, vus en huste. En bas, dans une autre forteresse à murailles grises, la Cité terrestre, saint Augustin converse avec trois docteurs vêtus de manteaux noirs et coiffés de bonnets rouges et violets.
1. Ce Laurent Saunier ou Saulnier était né, en i5g4, de Jean Saunier, libraire et relieur, et de Madeleine Brunet, son épouse. Il succéda à son père en i635; leur maison était rue Saint-Jacques. (Voir : Ph. Renouard, Imprimeurs Parisiens, Paris, Claudin, 1898.)
2. Auchy-les-Hesdin ou Aucby-les-Moines, arr. de St-Pol, Pas-de-Calais, où il y avait alors une abbaye de Bénédictins.
PARIS, BIBLIOTHÈQUE NATIONALE, MS. FRANC. 22. c. 1432
Saint Augustin, la Cité de Dieu.