Inventaire de Clément en
4- On trouve les mêmes désignations, sous le nom d'Alart, à la fin du Ms. franç. 79 de la Bibliothèque de Genève, Abrégé de Tite-Live.
de couleur doublé d’un fdet d’or, d’où s’échappe un léger feuillage, parsemé de feuilles de lierre et de pensées bleues, rouges et or.
Provenance. — La décoration de ce manuscrit nous indique qu’il a été exécuté, vers i43o, par un artiste de valeur, probablement de l’école de Bruges. Les grandes initiales, qui ornent les ff. 8 v° et 9, portent les armes de Pierre de Beaujeu, de France à la brisure de gueules, mais on s’aperçoit, en les examinant avec attention, qu’elles ont remplacé, après lavage, un écusson plus ancien. On y distingue même une barre, mais seulement sur le fol. 8 v°.
Quoi qu’il en soit de ce premier possesseur, notre manuscrit passa dans la riche collection de Jacques d’ Armagnac, duc de Nemours, ainsi qu’en témoignent les armes et les douze lettres de la tranche, qui, rétablies dans un ordre judicieux, donnent la devise de ce prince : Fortune d’amis'. Le calcul des feuilles et des histoires , conservé sur l’étiquette de la garde, mention qu’on retrouve souvent sur les livres de cette provenance1 2, vient encore affirmer cette possession.
Une autre indication vient ensuite nous faire connaître que le manuscrit entra dans la librairie de Pierre de Beaujeu. C’est la note signée : Alard, que nous avons transcrite plus haut. M. le comte Durrieu3 a rassemblé les différentes hypothèses qu’on peut formuler sur la transmission des livres de Jacques d’ Armagnac à Pierre II de Bourbon et en a savamment discuté la valeur.
On peut croire que, confisqués le 10 juillet 1477 et adjugés au Roi, ils furent donnés par celui-ci à sa fille Anne de Beaujeu qui avait épousé précisément Pierre de Bourbon. Peut-être furent-ils compris dans les biens de Jacques d’ Armagnac, qui, restitués à son fils Jean, passèrent entre les mains de Pierre de Bourbon-Beaujeu par suite de la vente que Jean lui fit en mai 1489 des vicomtés de Carlat et de Murat. On peut encore supposer que les livres du décapité furent délivrés à sa fille, Catherine d’ Armagnac, qui avait épousé, en 1484, le duc Jean II de Bourbon, bibliophile luimême, lequel mourut, sans enfants, après sa femme, en 1488, laissant, comme héritier du titre et des biens, son frère cadet Pierre de Bourbon-Beaujeu. Enfin, comme certains manuscrits, ayant certainement appartenu à Jacques d’ Armagnac, se retrouvèrent chez Pierre de Bourbon-Beaujeu, chez Tanneguy Du Châtel, comme nous l’avons vu pour le Ms. franc. 25, et chez Jean Du Mas, seigneur de l’Isle, qui prirent part à l’arrestation des rebelles, on a pu croire assez justement que ces personnages s’étaient partagé les dépouilles du condamné.
Toutes ces hypothèses ont leur valeur et rien n’empêche de les considérer comme toutes justifiées respectivement en ce qui concerne telle ou telle partie des biens de Jacques d’ Armagnac. 11 serait imprudent d’en adopter une exclusivement et il vaut mieux considérer chaque cas comme une question d’espèce.
Pour nous, qui n’avons pas à faire l’historique de la succession d’Armagnac, nous 11’envisagerons que la destinée de notre manuscrit. Nous voyons que la mention inscrite par Alard qualifie Pierre de Beaujeu de 2e duc de Bourbon et de vicomte de Carlat et de Murat. Nous pouvons donc affirmer que cette note a été rédigée entre 1489, date de l’acquisition par Pierre II, alors duc de Bourbon, des Vicomtés de Carlat et de Murat,
1. Pour les origines de la librairie de Jacques d’Armagnac, nous prions le lecteur de se reporter à la Description n° 29 du Ms. franç. 25 de la Bibliothèque Nationale.