‹ Les manuscrits à peintures de la Cité de Dieu de Saint-Augustin (volume 2)Chapitre 68 sur 272 · VOIR PLANCHE XXXIV · texte numérisé non relu

VOIR PLANCHE XXXIV

Description générale. — Un vol. in-fol. Très beau vélin. Dimension des ff. :

H. om,435 X om,285. Justification : om,285xom, i65. Longues lignes, 39 à la page.

Il comprend l’extrait des Retractationes et le texte complet des vingt-deux livres.

Il contient 453 ff. Le fol. 2 commence par ces mots : « Interea cum Roma » et le 453e par : « [vacajte et videte quoniam ego sum Deus » .

Collation. — Cahiers de 10 ff., avec réclames perpendiculaires et signatures.

Reliure. — Moderne, en maroquin rouge. Tranches dorées.

Ecriture. — Belle écriture italienne en grands caractères romains, réglée au stylet.

Pas de titre courant. Enoncé et numérotage des chapitres en rouge et en bleu.

Initiales. — Au commencement des livres, magnifiques initiales du meilleur goût, à dessins géométriques, fleuronnés, de toutes les couleurs, sur fond or pointillé, le tout contenu dans un rectangle de om,09 de côté. On y distingue des amours, des animaux, des dragons et quelques vues de paysage. Leur décoration varie à chaque livre. Les chapitres commencent par des lettres d’or, dont le cadre fait partie de la bordure.

Bordures. — Excepté au fol. 2 et 3, elles n’existent pas au commencement des livres, mais seulement dans la marge où commence un chapitre, c’est-à-dire à presque tous les feuillets. Elles sont formées d’un montant d’or traversant une bande d’arabesques et d’entrelacs blancs sur fond bleu et vert.

Celle du fol. 2 est plus large et plus riche. Elle porte, dans un écusson bleu, les armes des Piccolomini : d'argent a la croix d' azur , chargée de 5 croissants d'or , surmontées du chapeau de cardinal à 5 glands. A gauche de l’écusson, on distingue, écrits sur un entrelacs, comme sur une banderole, soutenu par un putto , ces mots : Opus •

Iacobi Defabriano. En haut, à droite, un jeune artisan, au béret rouge, montre son profil, qui pourrait être le portrait de l’artiste. La bordure du fol. 3 est de même importance, mais différente. Elle contient les mêmes armes et le nom du titulaire s’y lit en toutes lettres : f Franciscus • Cardinalis • Senensis. Ces deux feuillets sont frappés du timbre de la Bibliothèque du couvent de Saint-Silvestre.

Nous relevons quelques indications importantes dans les initiales suivantes :

Fol. 68 v°, Liv. V, nous retrouvons l’inscription Opus • Iacobi Defabriano.

Fol. 170 v°, sur le cadre de l’initiale : f Hoc opus fecit • fieri | Dominus • Gili •

FoRTIS DE • | BoNCONTIBUS • DEPISIS • | DECRETORUM DOCTOR.

Fol. 189, sur les montants de l’initiale A : Iste • liber est domini | Gili • Fortis •

DE BONCONTIBUS.

Enfin, au fol. 206, sur le cadre : f Opus • Iacobi • de • Fa | briano • miniatoris I QUOD FACTUM • FUIT • | FabRIANI. A.D.M.CCCC.LVI.

Provenance. — Ces différentes mentions permettent de faire l’historique du volume.

Elles ont déjà été signalées, ainsi que les miniatures dont nous parlerons ci-après, par le Père Préfet de la Bibliothèque Vaticane, F. Ehrle, dans un très intéressant article

intitulé : Due nove vedute di Roma del secolo XV1 2. Il nous permettra de lui emprunter une partie des renseignements suivants.

Ce beau manuscrit a été exécuté, en i456, par les ordres d’un riche prélat, docteur en droit canon, Guglielmo Fortis1 dei Bonconti de Pise, sur lequel nous ne savons rien. L’artiste se nommait Giacomo da Fabriano. On le trouve cité dans la liste des ouvriers employés par Pie II, en 1460, et, dans les registres de la Trésorerie Secrète, il figure aux comptes de 1461-1 463, sous le nom de Zacomo de Fabriano , mastro dell' oriolo e miniatore. Il était donc horloger du palais et adjoint comme miniaturiste au service des livres de la bibliothèque pontificale et de la chapelle du Palais3. Peut-être avait-il travaillé dans l’atelier de Gentile da Fabriano mort en i45o? 11 a dû décorer le manuscrit de la Cité de Dieu à Fabriano même, avant de venir s’installer à Rome, et le Père Ehrle fait remarquer que sa patrie, voisine de Gubbio, qui donna le jour au miniaturiste Oderisi, « l’onor d’Agubbio », était le centre d’une école d’habiles artistes4.

Le volume passa plus tard5 entre les mains du cardinal Francesco Piccolomini, neveu du pape Pie II, quand ce prélat occupait le siège archiépiscopal de Sienne, avant d’être élu pape lui-même sous le nom de Pie III, en i5o3. On sait quelle admirable bibliothèque ce grand seigneur avait rassemblée6 et le projet qu’il avait formé de la déposer dans la librairie de la cathédrale de Sienne si magnifiquement décorée, à la mémoire de son oncle Pie II, par le Pinturicchio. Quelques-uns des livres figuraient déjà à Sienne, mais d’autres étaient restés à Rome, au moment de la mort de Pie III. Notre manuscrit fut au nombre de ces derniers. Aussi était-il encore conservé dans le palais des Piccolomini quand, à la fin du xvi9 siècle, la descendante de la famille, Constancia Piccolomini, duchesse d’Amalfi, les donna aux Pères Théatins de Saint- Silvestre-au-Quirinal, à la charge d’édifier une nouvelle église dédiée à S. Andrea délia Valle. C’est pourquoi notre volume porte la trace de ce passage par le timbre qui y a été apposé par ces clercs réguliers. Au commencement du xvm° siècle, le pape Clément XI se fit octroyer la bibliothèque des Théatins et l’incorpora à la collection du Vatican. Les manuscrits latins furent inscrits au Fonds de la Reine de Suède et c’est ainsi que notre manuscrit porte aujourd’hui à la Vaticane le n° 1882 de ce fonds précieux7.

Miniatures . — Le volume dont nous nous occupons renferme deux miniatures aux feuillets 2 et 3. Celle du fol. 3 est comprise dans l’initiale G de Glorios iss imam et représente saint Augustin, mitré et nimbé, en robe rouge, assis de face, devant une

1. Paru dans : Atti del //" Congresso inlernazionale di Archeologia Cristiana, tenulo in Roma nell' aprile IÇOO, Roma, Spithôver, 1902.

2. Cette lecture est douteuse. Il s’agit peut-être d’un seul prénom : Gilifobth, comme nous trouvons, pour un saint de Pavie : Guinifoiite.

3. 11 ne figure pas dans Bradley, Dictionary of Miniaturiste, mais il est cité par G. Marini, Degli archiatri pontificj, tom. II, p. i54. Il est nommé parmi les personnages admis, en 1460, au premier « linello » de Pie II : « Jacobus de Fabriano super borologium ». MM. Muntz et Fabre, dans La Bibliothèque du Vatican au xy% siècle, p. 123, ont relevé les dépenses qui lui ont été réglées et les appellations sous lesquelles il est désigné : « M° dello oriolo e miniatore » et « miniatore di Sua S1* ».

4- Il décora aussi un manuscrit contenant plusieurs traités de saint Augustin et d’Origène, conservé à la Vaticane sous le n° 4g3 du fonds Vatican. Cet exemplaire a appartenu au cardinal Arcimboldi et porte la même signature : Opus. Jacobi.de. Fabriano.

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