INFLUENCE DE LA TRADUCTION FRANCAISE
Tout d’abord remarquons qu'avant la fin du xiv° siècle, quatre manuscrits seulement ont été décorés de peintures. Ce sont ceux des bibliothèques de Florence, de Pforta, de Prague et d'Heidelberg, et encore ne renferment-ils que des frontispices ou des lettres historiées qui évoquent, d’une facon générale, le texte de saint Augustin, sans prétendre constituer une illustration proprement dite. Tous ces exemplaires sont en latin et s'adressent aux clercs et aux docteurs. L'Église a la haute main sur les gloses dont on enrichit le texte du traité et elle dirige les interprétations picturales exécutées le plus souvent dans les monastères par la main des Réguliers.
1. M. le comte Paul Durrieu a montré dernièrement le parti qu'on pouvait tirer, pour classer des œuvres d'art, de l'examen des armes portées successivement par le roi René. (4cadémie des Inscriptions et Belles-Lettres, séance du 28 février 1908).
2. (Note de l'auteur). « L'histoire de la peinture du moyen âge ne peut s'écrire, faute d'anciens tableaux, qu'avec « l'étude des miniatures. » C'est ainsi que s'exprimait mon père, le comte, puis marquis Léon de Laborde, il y a plus de Glossaire, p. 494, au mot sceL.
Francais, Paris, H. Leclerc, gr. in-8°, 1906,
cinquante ans, dans MVotice des émaux..…. du Louvre, Paris, Vinchon, in-8°, 185:
« Cela est toujours vrai », ajoute M. Henry Martin dans ses Winiaturiste p- 7; et M. Marcel Poëte, dans ses Primitifs Parisiens, Paris, H. Champion, pet. in-8°, 1904, p. 19, déclare que : « bien
é, tandis que les miniatures qu'il est loisible d'examiner sont en nombre incal-
« rares sont les tableaux qui ont subs égées par les volumes qui les renferment, fort bien conservées. »
Les miniaturistes furent donc les ancêtres des peintres et, quand ils devinrent leurs contemporains, leurs œuvres, sauvegardées entre les feuillets des manuscrits, devaient arriver jusqu'à nous, tandis que les premiers tableaux « cloants », aient toutes les chances de disparaître dans les hasards des déplacements. Il
« culable et, pre
c'est-à-dire fermants à volets et portatifs, à fallut arriver plus tard aux tableaux de chevalet, fixés à la muraille, pour leur assurer de précaires probabilités de durée.
Mais à la fin du xiv° siècle, quelque temps après son avènement, Charles V, aussi lettré et curieux qu'il était sage et avisé, fit traduire par des savants des ouvrages de toutes sortes tirés de la littérature profane et sacrée et copier de tous côtés des manuels et des abrégés d'histoire et de morale. On sent qu'il avait à cœur d’instruire son peuple dans sa langue courante, de généraliser les connaissances, qui, jusque-là, avaient été du ressort ecclésiastique, et de laïciser, pour ainsi dire, le domaine intellectuel pour le plus grand profit de la masse qui entendait mal le latin. C’est alors qu'il fit traduire le Polycratique de Jean de Salisbury, les Voies de Dieu, des traités de Senèque, le Livre des Propriétés des choses de Barthélemy l'Anglais, les Remèdes de l'une et l'autre fortune de Pétrarque, les Æeurs des chroniques de Bernard Guy, les Collations de Cassien, le Rational des divins offices, l'Information des Princes, les Chroniques d'Espagne, les Soliloques de saint Augustin, la Bible, plusieurs livres d’Aristote, de Valère-Maxime, etc., etc.’
En 1371, il demanda à Raoul de Praelles de translater en français le De Civitate Dei de saint Augustin et d’en éclaircir le texte par des Explications copieuses sur tous les sujets abordés par le saint évêque, principalement sur ceux tirés de l’histoire ancienne. En effet, les gestes mémorables de l'antiquité grecque et latine, d'Alexandre et des Empereurs romains, passionnaient alors le public qui avait déjà accueilli avec faveur les compilations de Vincent de Beauvais. Le succès fut considérable et dès lors, si Les clercs firent encore copier des exemplaires latins du De Civitate Dei, en général sans miniatures, pour y étudier principalement les enseignements théologiques du Père de l'Église, les princes, les grands seigneurs et les riches marchands se firent exécuter de beaux exemplaires de la traduction et des commentaires de Raoul de Praelles, dans lesquels ils allèrent chercher, moins les idées de l'évêque d'Hippone sur le Christianisme, que les gloses du traducteur sur le monde antique.
C’est ainsi que les copistes et les peintres eurent peine à suffire aux demandes qui les sollicitaient et que, de 1376 à 1503, nous trouvons 57 manuscrits à peintures, dont 45 exemplaires en français, des plus beaux, et seulement 12 en latin, dont quelques-uns commandés par des étrangers ou des ecclésiastiques, à qui cette dernière langue était familière. Remarquons que c’est dans la première période que la production fut la plus abondante. En effet, l'exécution de plus de la moitié de ces manuscrits eut lieu entre les années 1373 et 1410, et coïncida avec les aspirations littéraires de Charles V et les prodigalités artistiques de ses frères, splendides collectionneurs.
1. M. Léopold Delisle, dans ses belles Recherches sur la librairie de Charles V, tom. I, chap. 1x, a cité les vers ci-dessous transcrits ev tirés du Chemin de long estude de Christine de Pisan, qui précisent le but que poursuivait le sage monarque :
Fist il pour celle entencion
Mainte noble translacion,
Qui oncques mis n'ot esté faitte, Et moult fu noble œuvre et perfaitte, Faire en françois du latin traire Pour les cuers des François attraire A nobles meurs par bon exemple.
Combien que le latin tout emple Entendist, les voult il avoir,
Affin de ces hoirs esmouvoir
A vertu, qui pas n'entendroient
Le latin, si se entendroient.