‹ Les manuscrits à peintures de la Cité de Dieu de Saint-AugustinChapitre 222 sur 354 · Peut-être : cervum · texte numérisé non relu

Peut-être : cervum

mouvement que l'artiste a bien rendu. On aperçoit un bélier sur la gauche. Plus loin à droite et au premier plan nous voyons Isaac, vieillard vêtu de bleu et de rouge, se chauffant devant une cheminée, assis dans un fauteuil (/saac caligans). De sa main gauche il se garantit de la flamme; de la droite il tient un tisonnier. Derrière, Moïse, en bleu, enjambe un monticule dans un mouvement plein de vivacité et reçoit les tables de la Loi des mains du Seigneur (rouge). La foule, dont on aperçoit les nombreuses têtes, le suit des yeux,

SEGOND COMPARTIMENT. — Quatrième âge, de Moise à la Captivité. — Nous apercevons d'abord deux Rois (rouge, bleu et vert), pour lesquels les explications sont effacées. Il est probable que ce sont David et Salomon. Nous assistons ensuite au meurtre de Joram par Jéhu. Le roi est dans un char bien disproportionné pour sa taille; il s'efforce de fuir. Mais à ce moment il est transpercé par la flèche de Jéhu monté sur un cheval bleu. On voit la blessure en plein cœur, quoique la flèche soit encore restée sur la corde de l'arc. Derrière, le compagnon de Jéhu (rouge), plus grand, quoique plus éloigné, brandit son arc en signe de joie. Le terrain est vert et l'arbre est bleu.

TROISIÈME REGISTRE. PREMIER COMPARTIMENT. — Cinquième àge, jusqu'à la naissance du Christ. — Les indications portent : Sorobabel civitatem aedificans. Juda Jonathan loricati et scutati. Nous assistons à la reconstruction du temple de Jérusalem. Deux veilleurs, dont on ne voit que la tête, font le guet à travers les créneaux, et un garde, placé sur un pont, qui rattache la tour au donjon, souffle dans un cor; deux ouvriers travaillent à ajuster des pierres, l’un sur les remparts, l’autre à l'intérieur. A droite Judas et Jonathan Machabées, en hérauts d'armes, se tiennent debout derrière leurs boucliers armoriés, la lance levée.

SECOND COMPARTIMENT. — Le Paradis ou la Cité de Dieu. — Les indications du brouillon sont claires et précises. D'abord saint Jean-Baptiste en buste, puis saint Pierre, vêtu de bleu, tenant les clefs de la main droite et portant de la main gauche la forteresse de l'Église. Plus bas, saint Étienne : cum vexillo (rouge) et palma, saint Martin de Tours, en blanc, mitré avec la crosse et l’Église, et enfin, sainte Agnès en bleu avec la rose (cum rosa). Ils sont tous nimbés.

Dans l’arcature inférieure, le peintre a donné place aux apôtres qui posèrent les fondements de l’Église, en opposition avec les écrivains de l’histoire profane. Nous voyons à gauche saint Paul (bleu avec un manteau vert), et à droite saint Jean (rouge et bleu), tous deux nimbés et se détachant sur une draperie d’or

2. Toutes ces explications allégoriques de la Bible ont dû être prises dans la Glose ordinaire de Wazarnien Srraro ou dans l'Aurora de Pienne Rica. L'Église a toujours envisagé dans son enseignement (et l'art aussi bien que la litté-

rature n'ont jamais été chez elle qu'un enseignement) le parallélisme de l'Ancien et du Nouveau Testament. Le premier renferme la Promesse et le second l'Accomplissement. C'est sur cette idée que repose un des ouvrages les plus répandus

du Moyen Age, le Speculum humanae salvationis.

avec fond bleu étoilé. Ils tiennent une banderole restée blanche.

Au milieu, l'artiste a peint un ange, vert aux ailes bleues et rouges, assis sur un coussin rouge et écrivant un manuscrit placé sur un pupitre bleu. Derrière lui, une étoffe d'argent le sépare d’un fond vert.

M. le Dr. Bergner pense avec raison, croyons-nous, que cet ange est celui de saint Mathieu qui représente généralement le symbole de l'Évangile. Dans l’article précité de M. le Dr. Haseloff, il est fait mention de l'opinion de M. le Dr. Ernst von Dobschütz, professeur à l'Université de Strasbourg, qui, s'appuyant sur le brouillon où il est écrit : « ang- (ou aug), scribens et sedens », suppose que le peintre a dessiné par erreur un ange là où le directeur du travail voulait voir l’évêque d'Hippone.

Nous reconnaissons tout ce que cette supposition a d’ingénieux; mais nous y mettons quelque réserve. En effet, le peintre a dessiné un ange parce qu'il a vu écrit « ang ». Car il est à remarquer que la forme « ang » est classique pour « angelus », tandis qu’on eût écrit « Augustin » si on avait voulu désigner « Augustinus » en abrégeant seulement la désinence «us », comme on écrit « Paul? », pour désigner saint Paul.

Du reste, n'est-il pas naturel que le directeur du travail ait voulu placer l’Ange de l'Évangile entre les deux apôtres pour symboliser la Cité de Dieu, tandis qu'il a placé Varron entre les auteurs anciens pour représenter les idées philosophiques de la société païenne?

La seconde peinture (Planche III), fol. 3, mesure H. 0",307 <0",208. Elle est consacrée à la Civitas terrena. Le cadre des portes de la cité est le même, mais les médaillons qui l’ornent nous présentent les effigies des principaux dieux du paganisme, idoles de la terre, peintes en buste pour la plupart. Ce sont les dii selecti que saint Augustin énumère en s'appuyant sur le livre des Antiquités de Varron. Les voici avec les attributs particuliers, qui les désignent suffisamment, sans recourir au brouillon qui laisse paraître encore quelque noms lisibles.

En haut, de gauche à droite : Janus bifrons (bleu), avec le bâton et la clef; Saturne (bleu), avec sa faux; Jupiter (vert et rouge), en costume royal avec le sceptre; Junon, avec une plume de paon; Tellus (en blanc), avec un globe terrestre et l’urne des fleuves; Cérès (en blanc et rouge), avec une gerbe d’épis; Diane (en bleu), avec un arc et un carquois ; Vénus (en rouge), avec une pomme d’or et une colombe; Minerve, casquée avec un bouclier bleu et un rameau d’olivier; Fortune, avec sa roue rouge portant deux rois à son diamètre; Vesta (en bleu), avec son flambeau; Thétis (en blanc), avec des ondes bleues; Neptune (vert et rose), avec un trident et un poisson bleu; Vulcain (rouge), avec un marteau et des tenailles; Pluton (blanc et vert), avec un trident rouge; Hercule, en chausses rouges, avec une massue et une peau de lion; Mars, en chevalier, à cotte de mailles bleue, avec un glaive et un bouclier vert; Mercure (rouge), avec des ailes bleues et rouges

et le caducée; Apollon (rose), avec une lyre jaune à six cordes, et Bacchus (rouge et bleu), avec une bouteille de vin. Jupiter se détache sur un fond d'or et ses deux voisins sur un fond d'argent et ainsi de suite alternativement.

Viennent ensuite les six âges de l’histoire profane.

PREMIER REGISTRE. PREMIER COMPARTIMENT. — Le premier âge. — On peut lire dans le brouillon : Lucifer - angelus - Cay - Lamech - sagitta - occidens puerum-arcu-Enoch-civitatem-aedificans. Nous apercevons Lucifer, ange couronné, aux ailes bleues et rouges, vêtu d’une magnifique robe rose à pierreries. Debout sur un monticule, il bénit de la main gauche et de la droite déroule une banderole sur laquelle on lit : PONAM SRDEM MEAM AD AQUILONEM, etc. Plus bas, nous assistons au meurtre de Caïn par Lamech. Celui-ci (robe rouge et manteau vert), dont la vue s'était affaiblie avec l'âge, se faisait conduire à la chasse par un enfant qui lui désigna un bosquet où se cachait Caïn. Lamech le tua d’une flèche, puis, ayant imputé son erreur à l'enfant, il frappa également ce dernier, Il porte une robe rouge et un manteau vert, Caïn est en jaune et l'enfant en bleu. Le taillis est représenté par huit arbres verts et rouges, La scène est rendue d’une façon très dramatique. Au-dessus nous voyons deux ouvriers occupés à l'édification d’une ville. C’est la cité terrestre bâti par Enoch, fils de Caïn. Un tailleur de pierres, vêtu de rouge, travaille à une porte, monté sur une échelle, tandis qu'un autre, habillé de vert, fore un trou dans le toit d’une maison.

DEUXIÈME COMPARTIMENT. — Deuxième âge. — Les indications portent : Nembroth gigas faretram et arcum tenens : Regnum Assyriorum : Belus Ninus regent : Semiramis civitatem aedificans. À gauche, le grand Nembroth (Nemrod), avec son are et son carquois; puis les deux rois Bélus et Ninus, avec leurs sceptres; enfin Sémiramis couronnée, avec une robe bleue et un manteau rouge présidant à la reconstruction de Babylone. On aperçoit des ouvriers travaillant dans des poses diverses, et on peut distinguer sur la muraille les mots : BABEL.. TURRIM.

DEUXIÈME REGISTRE. PREMIER COMPARTIMENT. — Troisième âge. — Enée (bleu), fondateur du Latium, et Cécrops (bleu), fondateur d’Athènes. En dessous, deux chasseurs, habiles tireurs, Ismael (rouge) et Esaü (bleu). Sur la planche II, on peut voir que Cécrops et Ismael se détachent sur un fond d'argent.

SECOND COMPARTIMENT. — Quatrième âge. — Ici les explications sont claires : Golias loricatus, scutatus, hastatus, gigas. Jeroboam, rex Pharao, Necho. Nous voyons en effet Goliath représenté en chevalier, les deux rois Jeroboam et Pharaon dans les créneaux et à droite Necho.

TROISIÈME REGISTRE. PREMIER COMPARTIMENT. — Cinquième âge. — Cambises, Artaxerxes reges sce- Ptrum tenentes manibus, Antiochus rex et Bacchides loricati. Les deux premiers portent un manteau bleu et se tiennent au pied d’une tour à meurtrière. Les autres, armés en chevaliers, avec leurs boucliers armoriés, galopent fièrement sur des chevaux (bleu et

rose pommelé). La scène se détache sur des fonds or et argent.

SECOND COMPARTIMENT. — Sixième âge. — Les mots du brouillon sont en partie effacés. On distingue : Herodes rex... ero.... Hic... diaconus manu globum

tenens mat. praefectus. Nous voyons d’abord Hérode et Néron, de chaque côté d’une tour. En dessous, une scène entre un païen et un chrétien. Le fonctionnaire (vert avec un manteau rouge) semble lui donner un ordre. Le diacre agite un encensoir en détournant la tête. Il tient un livre rouge. Il s’agit probablement du diacre Nicolaus de l'Église de Jérusalem, le fondateur ou le chef de la secte hérétique des Nicolaïstes.

En bas, le peintre a placé, en opposition avec les

apôtres évangélistes, cinq représentants de l’histoire profane. Les indications portent : Apuleius et Plato, philosophi. Ermes (ou Ennius), Virgilius poetae, Varro sedens et scribens. On lit plutôt Ermes et ce serait plus en situation, car saint Augustin parle souvent d'Hermès Trismégiste, mais ce mot poetae accolé à Virgile, se rapporterait mieux à Ennius. A gauche, nous voyons Apulée en rouge avec un manteau bleu et Platon en bleu avec un manteau jaune. A droite, Hermès porte une robe verte et Virgile est vêtu d’une robe bleue et d’un manteau rouge. Les constructions représentent la ville de Rome. Au centre Varro, coiffé d’un bonnet, écrit ses Antiquitates assis devant un grand pupitre. Ils déroulent tous des banderoles restées blanches,

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