‹ Les manuscrits à peintures de la Cité de Dieu de Saint-AugustinChapitre 235 sur 354 · LIVRE XIX. — fol. 291. — H. 0,075 X<o · texte numérisé non relu

LIVRE XIX. — fol. 291. — H. 0,075 X<o

— Justice humaine. — Dans l'intérieur d’une prison, vu en coupe, dont les détenus regardent attentivement à travers les barreaux de leurs cachots, un patient est étendu sur un chevalet, les mains attachées et les pieds liés par des cordes que deux aides maintiennent à un anneau. Deux bourreaux le torturent et le soumettent à la question par le supplice de l’eau. Un légiste, assisté de deux greffers, recueille ses aveux, Sol dallé, constructions bleues avec des toits rouges. Cette peinture, d’une technique différente, semble d’une autre main.

LIVRE XX. — fol. 329 v. — H. 0",o70 X<o",120. — Le Jugement dernier, ou la justice divine en opposition avec la justice humaine. — De chaque côté, les morts sortent de leurs tombes. On distingue un roi, une reine, un évêque et un docteur. Le Christ nimbé, laissant voir ses plaies, est assis sur un piédestal de marbre. Il appelle les trépassés. Deux anges tiennent au-dessus de lui les instruments de la Passion. Deux autres sonnent de la trompette. Saint Jean, dont le visage ressemble à celui de Charles V peint dans la vignette de présentation, est à la dextre du Christ. À senestre, une Madeleine, à genoux, pleine de charme. Fonds bleus pointillés.

LIVRE XXI. — fol. 370. —H.0",068%<0",120. — L'Enfer. — Un ange très grand, aux ailes roses, pèse les âmes dans une balance d’or; sur un des plateaux, un élu sauvé par un ange, sur l’autre, un damné appréhendé par un diable. A droite, la Bête énorme de l'enfer, à la gueule enflammée, reçoit les malheureux que les démons viennent verser dans le gouffre. Une grande cuve contient d’autres réprouvés. Au fond, les espaces bleus. (Cette miniature est reproduite par M. le comte Paul Durrieu, ainsi que celle du fol. 3 du Ms. 22912, dans l’Histoire de l'art, publiée par Anpré Micer, Paris, Armand Colin, tom. IT, 1907, pp. 135-136.)

LIVRE XXII. — fol. 408 v. — H. o",o71 ><o0",117. — Le Paradis. — Au centre, Dieu le Père, avec la tiare et le nimbe crucifère, bénit de la main droite et tient la sphère des mondes dans la main gauche. Assis dans une auréole ogivale rouge, il est entouré des quatre figures des Évangélistes, des anges, de la Sainte Vierge, de saint Jean et de saints. Fonds bleus.

INANG:

LONDRES, BRITISH MUSEUM, MSS. LAT. ADD. 15244-45. SanCTI AUGUSTINI, DE Civirate Det.

VOIR PLANCHES VI, VII, VIII et IX.

Description générale". — Deux vol. gr. in-fol. Superbe vélin. Dimension des ff. : H. 0°,445 <0",300. Justification : 0",290 <0",190. 2 colonnes avec 0",020 d'intervalle : 30 lignes.

Le tome I (15244), qui contient les dix premiers livres, précédés de la table des chapitres et de l'extrait des Rétractations, comprend » ff. blancs, 238 ff. numérotés et 2 ff. blancs.

Le tome IL (15245), qui contient les douze derniers livres, comprend 2 ff. blancs, 410 ff. numérotés et 2 ff. blancs.

Il est à remarquer que, dans le tome II, un feuillet a été arraché entre les ff. 290 et 291 sans qu'on en ait tenu compte dans le numérotage qui, de plus, commence par le chiffre 2.

Au tome I, le fol. 2 commence par ces mots : « Disputatione sit » et le fol. 238 et dernier : « fidem faciendam »; au tome II, le fol. 3 : « et hominis invenitur » et le fol. 410 et dernier : « sua preterita ad etiam damnatorum eos ».

Collation. — Cahiers de 12 ff., avec réclames.

Reliure. — Du xx° siècle, en maroquin rouge doublé de même, orné de fers. Au dos : $. Aueusrus | DE | Civirare Der | Conex memeran | Vor. I | Mus. Brir. || June || emprronis || 15244. De même au Vor.. II, 15245.

Sur le premier plat, on remarque le chiffre du Révérend Théodore William, avec sa devise : Deus alit me. Sur le deuxième, les armes suivantes : de gueules à 3 corbeaux d'or 2 et 1 et une tête de lance en chef de même, à la fasce de sable chargée de 3 croissants d'or.

Écriture. — Ce manuscrit nous offre un excellent type de grosses lettres de forme, employées dans plusieurs grands volumes des librairies de Charles V et du duc de Berry”. Titre courant en lettres rouges, excepté du Liv. VI inclus au Liv. X inclus. En tête de chaque chapitre, il y a une explication résumée, écrite à l'encre rouge.

Initiales. — Grandes initiales au commencement de chaque livre, plus belles au premier volume. Au deuxième, elles contiennent souvent une miniature; dans ce cas, il n’y a pas de vignette, excepté pour le Liv. XI qui forme une sorte de frontispice de la deuxième partie de l'ouvrage. Quand elles ne renferment pas de miniatures, elles sont richement ornées de feuillages et de feuilles de lierre sur fond d’or bruni ou de dessins de couleur. Les petites initiales, qui sont consacrées aux têtes de chapitres, sont plus modestes. Elles sont insérées avec leurs ornements de feuillages et de dessins dans un rectangle d’or.

Bordures. — 11 n'y a de bordure qu'au commencement des livres. C’est une

1. Cf. le catalogue des Additional Mss. du British Museum et G. Wanwen, {lluminated Manuscripts in the British Museum, London, 1901, third series, ainsi que le Guide to the Manuscrits in the British Museum, éd. 1906, p. 131 et Reproductions from illuminated Manuscripts in the British Museum, series I, London, 1907, et series III, London, 1908.

2. M. Léopold Delisle, Fac-simile de livres copiés et enluminés pour le roi Charles F, p. 17.

branche de lierre qui court élégamment autour de la marge en prenant racine dans un encadrement bleu, rouge et or. Elle porte des feuilles de lierre rehaussées d’or bruni. Des grotesques, pleins d'expression, sont juchés sur les montants et des oiseaux sont perchés dans les brindilles.

Provenance. — Ce manuscrit appartenait au Révérend Théodore William, quoiqu'il ne figure pas dans le catalogue de sa collection dressé en 1827. Le chiffre de cet amateur se trouve sur le premier plat et il est probable que ce sont ses armes qui sont frappées au second plat. L’exemplaire se retrouva quelques années plus tard, lot 90, dans la bibliothèque de H. R. H. le duc de Sussex, à la vente de laquelle le British Museum l’acheta le 13 juillet 1844. Mais, avant le xrx° siècle, quelle a été son histoire? Nous n’en savons que peu de chose.

Dans la bordure du bas, au commencement du Liv. I et en plusieurs autres endroits, on remarque un écusson supporté par deux lions passant, tel qu'on le voit dessiné sur le frontispice de plusieurs livres de Charles V. Mais cet écusson a été rempli après coup et non surchargé par les armes d’un particulier qui pourrait bien être Hugues Aubriot', le célèbre prévôt de Paris qui acheva l'enceinte dite de Charles V et fit bâtir la Bastille. Elles se blasonnent ainsi : d'azur à une étoile de 8 points d'or (ou une molette d’éperon), au chef bandé de sable et d'argent de six pièces à la bordure de gueules”.

L'exemplaire semble donc avoir été copié pour Charles V, mais n’a pas été sans doute incorporé dans la librairie du Louvre. Nous savons, en effet, par les inventaires, qu'il n’y avait dans cette bibliothèque qu’un exemplaire en latin en un volume, dont les indications ne répondent pas à la présente désignation’.

Examinons, si cela est possible, quelle est la date respective du présent manuscrit et de l’exemplaire n° 22912-13 de la Bibl. Nat. que nous avons décrit à l’article précédent. Tous les deux du même art, du moins en ce qui concerne les deux tomes II, presque du même atelier, ils ne sont pas du même artiste. De plus, l'illustration du manuscrit latin comporte, au premier tome, deux miniatures seulement, qui semblent d’un art plus ancien (frontispice et Liv. I); le Liv. II nous offre l'emplacement laissé en blanc d’une peinture qui n’a pas été exécutée et les autres livres ne sont décorés que d’initiales. Au contraire, le tome II à été illustré tout entier et, détail à signaler, les peintures des deux exemplaires sont copiées les unes sur les autres, comme on peut

1. M. Léopold Delisle écrivait, le 12 juin 1903, à M. H. Yates Thompson, à propos de l’exemplaire de la Cité de Dieu que possède ce grand amateur et que nous décrivons ci-après : « Quant à la Cité de Dieu du British Museum (n° 15244- 45), c'est le fameux Hugues Aubriot, prévôt de Paris, qui en est devenu le propriétaire. Ce sont ses armes qui ont été peintes après coup entre les deux lions. » Dans ses Recherches sur la librairie de Charles F, tom. I, pp- 56 et 220 et pl. XII, le savant écrivain se demandait si ces volumes n'avaient pas appartenu au célèbre prévôt de Paris, car ils portent les armes de la famille Aubriot de Dijon reconnues par M. Ernest Petit (Histoire des ducs de Bourgogne, om. VIII, p- 873) qui les a trouvées sur un sceau de Hugonin Aubriot appendu à une charte de l'année 1337. (Voir Bennarn Prosr, /nventaires….. des Ducs de Bourgogne, Paris, Leroux, 1904, tom. I, p. 623).

2. Elles ont été encore reproduites par M. Léopold Delisle dans : Fac-simile de livres copiés et enluminés pour le Roi Charles F, pl. XII, 2. Il y a dans cette question d'armoiries quelques points obseurs. Le manuscrit porte bien les armes que nous avons blasonnées ci-dessus. D'autre part, Rietstap dit que les Aubriot, de France, portaient de gueules à une étoile d'or, au chef de Bourgogne ancien, qui est bandé d'or et d'azur, à la bordure de gueules. De son côté, M. Arsène Périer, dans une bonne étude sur le Prévôt de Paris, Hugues Aubriot, Dijon, 1908, in-8°, p+ 168, répète bien que le sceau de Hugonin de 1337 portait une molette d'éperon au chef chargé de 3 bandes, mais il ajoute que Hugues Aubriot, promu chevalier le 8 janvier 1374, reçut les armoiries suivantes : de gueules au chevron d'or accompagné de 3 molettes de même.

3. M. L. Deusce : Cabinet des Mss., tom. II, p. 129, n° 294 : « De Civitate Dei, de belle lettre de forme boulonnoise et avec ce, le livre des retractations, de confessions et de vera et falsa penitencia, que fit saint Augustin. Rent nisi. »

s’en rendre compte par la similitude des sujets traités', tandis que le thème des deux miniatures du premier tome du manuscrit de Londres ne concorde pas avec celui de son correspondant de Paris.

Pour toutes ces raisons, nous nous permettrons de supposer, car on ne saurait rien affirmer, que le manuscrit latin fut commencé pour Charles V, comme le dit M. Léopold Delisle, et cela avant la traduction de Raoul de Praelles, c’est-à-dire dans les environs de 1370; mais que, devant cette traduction, qui faisait espérer un intéressant commentaire, il fut abandonné à son début et que le premier volume seul fut achevé et encore imparfaitement, car, à partir du Liv. III, nous ne voyons plus que des initiales au lieu de peintures. Puis, quand le manuscrit français fut terminé, en 1376, Hugues Aubriot qui aurait acquis l’exemplaire latin, laissé en souffrance, en aurait prescrit l'achèvement vers 1377 dans l'atelier où on avait décoré la traduction française et aurait fait ajouter ses armes sur l’écusson destiné primitivement à recevoir les fleurs de lys.

C’est pour nous la seule façon d'expliquer l’état particulier du présent manuscrit : les lions de Charles V, les armes d’Aubriot, l’imperfection du tome I et son art différent, et enfin la similitude des deux seconds tomes (add. 15245 et Ms. franc. 22913) comme style, comme choix de sujets et comme détails de ces sujets. Il est peu probable, en effet, que le prévôt des marchands ait fait établir un manuscrit latin après la traduction française, cette récente nouveauté, et cela, avec un premier volume défectueux. D’autre part, ce grand patriote n’a pas dü l’acquérir et le faire décorer après la mort de Charles V (1380), car, tout de suite après la disparition de son royal bienfaiteur, il fut en butte à de graves molestations, dues à la haine du clergé et de l'Université dont il avait essayé d’enrayer les abus. Il ne quitta, en effet, la prison que pour aller mourir, en Bourgogne, vers 1386, dépouillé d’une partie de ses biens”.

Après cette date, le sort du manuscrit nous échappe. Nous ne le retrouvons qu’au xix° siècle en Angleterre.

Miniatures. — Elles sont au nombre de treize soit en vignettes, soit contenues dans de grandes initiales au commencement des livres. Elles nous apparaissent dans le premier cas entourées d’une bande de feuillage doublée d’un trait d’or avec ornements aux angles. Aucune d'elles n’est accompagnée de légendes.

La première est mauvaise et sans intérêt; celle du Liv. XXI est médiocre et d’une main différente; mais il n’en est pas de même des autres, qui sont d’un ordre supérieur et dont la facture dépasse les limites du métier. Le dessin de l’artiste est correct et sûr, son coloris mesuré et sobre. Il excelle dans les expressions des visages, les attitudes et les gestes. Les personnages sont pleins de noblesse, de distinction et d'élégance. L’anatomie de nos grands-parents est d’un style très pur et d’une finesse de formes que l'on ne trouve à ce moment en France que chez les bons artistes de l’école de Paris. Les physionomies sont vives, spontanées et passionnelles. Les plis des vêtements témoignent d’une étude très minutieuse. Les paysages sont caractérisés par un sol vert pâle et par des arbres dont le tronc penché supporte, comme dans le manuscrit précé-

1. Voir les quatre planches VI, VII, VIII et IX et le tableau analogique de la Famille n° 1, p. 193. On remarquera que quelques peintures du Ms. 15245 sont des abrégés de celles du Ms. 22913 (p. ex., Livre XIV), ce qui prouve l'antériorité d'exécution du manuscrit français sur le manuscrit latin.

2. Les livres d'Hugues Aubriot étaient renfermés dans son bel hôtel de la rue de Jouy, plus tard l'hôtel du Porc-Épic. Il est possible qu'ils aïent passé après la ruine du Prévôt entre les mains de Guy de La Trémoïlle et ensuite, par vente, entre celles de Pierre de Giac, chancelier du Roi, Cf. Ansène Péren, op. cit., p. 245.

[1370-1377] MANUSCRITS A PEINTURES. 239 dent, des bouquets de verdure en forme de champignons. Les fonds mosaïqués, diaprés et échiquetés appartiennent bien à l’époque de Charles V.

Toutes ces considérations nous font penser que notre manuscrit a été exécuté, sinon par Jean d'Orléans, du moins par quelques-uns de ses confrères de l’école de Paris vers 1377. L’exemplaire a été copié sur le Ms. 22913 de la Bibl. Nat., mais comme l’espace ménagé dans les initiales était moins grand que dans l'original, le peintre a réduit la scène. Ainsi dans la miniature du Liv. XV, Romulus et Rémus sont supprimés.

Voici maintenant la description des miniatures dont on trouvera les rapports avec les sujets traités dans le Ms. de Paris (22912-22913) et dans celui de la collection Thompson (n° 80) en consultant le Tableau des manuscrits de la Famille n° 1, p. 193.

Tome I. — FronrisPice. — fol. 2. — H. 0",055 ><o0",063. — Saint Augustin. — Près d’un pupitre tournant et supportant des manuscrits ouverts, saint Augustin, mitré et crossé, vêtu d'une robe noire et d’une dalmatique bleue doublée de rouge, discute avec trois docteurs qui présentent leurs traités. Le fond est noir avec des fleurs de lys rouges’. Cette miniature très médiocre est d’un tout autre artiste que celui qui a peint les histoires suivantes. Elle nous confirme dans cette idée que le manuscrit a été commencé, abandonné et repris, par la suite, dans d’autres conditions.

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