Antoine Lancelot, l'un des membres
les plus illustres de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, laissa en 1738 à la Bibliothèque du Roi ses manuscrits, qui forment encore aujourd'hui un fonds particulier, comprenant environ deux cents volumes, parmi lesquels les Mss. français n°* 25
et 26 de la Cité de Dieu, dont nous parlerons plus loin. — Cf. Pauuix Paris, Les Manuscrits francois de la Bibliothèque du Roi, Paris, Techener, 1836-1848, tom. I, p. 28, et Léorozo Deusce, Le Cabinet des Manu. Paris, 1868-1881, tom. I, p. 409.
2. Mémoires de littérature, tirés des Registres de l'Académie Royale des Inscriptions et Belles-Lettres, tom. XIII, 1740, pp. 607-665, édit. in-°.
3. Paris et ses Historiens aux xiv+ et xy+ siècles, par Le Roux pe Laney et TisseranD, Paris, Imprimerie Impériale, 1867, pp. 81-115.
4. Inventaire de Jeanne de Presles, veuve de Raoul de Presles, fondateur du collège de ce nom, 1347, paru dans le tom. XXXIX de la Bibliothèque de l'École des Chartes, 1878. Tirage à part.
5. Recherches sur la librairie de Charles V, Pais, Champion, 1907, tom. 1, pp. 107-114.
Il faut distinguer trois personnes du nom de Raoul de Praelles', qu'on a trop souvent confondues.
Le premier qui porta ce nom fut Raoul de Praelles, du diocèse de Laon, né en 1260; il s'établit à Paris à la fin du x siècle. I1 devint, sous Philippe le Bel, un des légistes les plus distingués de cette période avec Pierre Flotte, Guillaume de Nogaret, Enguerran de Marigny et Pierre de Latilly.
Il est fait mention de lui dans un acte de 1300, comme s’étant porté caution pour Adam, abbé de Prémontré, pour une somme de 9400 livres tournois, l'abbé s’engageant à lui payer chaque année une somme de 1300 livres tournois, payable « in « domo sua de Praellis vel alibi, in loco tuto, cum periculis et sumptibus nostris, « ubi voluerit, ad quinque vel ad sex leucas prope ecclesiam Premonstratensem”®. »
Par lettres datées de Paris, mars 1305 (v. st.), Philippe le Bel accorde à Raoul de Praelles, qualifié de clerc, la faculté d'acquérir, quoique non noble, jusqu’à 500 livres tournois de terres dans le comté de Champagne?.
En 1307, une charte de Philippe, abbé de Saint-Médard de Soissons, affranchit, à la prière de Raoul de Praelles, « Gilea de Wassemacof ».
En 1308, Louis, roi de Navarre, comte palatin de Champagne et de Brie (plus tard Louis le Hutin), transporte en faveur de maistre Raoul de Praelles, son clerc, « clerici nostri », sur les villes de Cis et de Praellis, une rente de 40 livres parisis que celui-ci avait sur la ville d'Épernay, rente que Raoul de Praelles destinait à la fondation de deux chapelles dans l'église paroissiale de Presles, l'une de la Vierge et l’autre de Saint-Nicolas”.
En 1309, le 11 avril, il dépose dans le procès des Templiers. Jurisconsulte
distingué, il prend la qualité d'avocat dans la cour du Roi, et se dit âgé de quarante ans°.
En 1310, Gaucher de Châtillon, comte de Porcien et connétable de France, vend à maitre Raoul de Praelles, pour le prix de 10000 livres tournois, une rente de 1000 livres tournois qu'il tenait du Roï’.
Son expérience des affaires affirme sa réputation; il fait son chemin à la cour et devient secrétaire du Roi, Philippe le Bel. C'est ainsi qu'il signe des lettres de ce monarque en faveur du port de Saint-Jean-d'Angély®.
Des lettres de mars 1310° mentionnent un Raoul de Praelles, clerc du Roi, et sa femme Eustachie. Mais nous savons que le nôtre avait épousé Jeanne de Chastel. Faut-il en conclure qu'il s’agit ici d’une autre famille, ou que notre Raoul aurait été marié deux fois, ou enfin que cette Eustachie aurait été la mère de Raoul II et la belle-
1. Le nom de Presles, Praelles, Pereaus, qui a été souvent rendu en latin par de Pratellis, était très commun à cette époque. Le village dont la famille portait le nom est Presles-sur-l'Aisne, canton de Braisne, arrondissement de Soissons. Nous avons adopté l'orthographe de Praelles comme étant celle universellement usitée dans les actes du temps, au xiv' siècle, pour la famille qui nous occupe. Les « Explicit » des manuscrits de la traduction de la Cété de Dieu portent cles le nom de Raour pe PrAELLES.
toujours aux xiv° et xv° s 2. Archives nationales, Registre coté JT. 46, n
. Arch. nat., JS. 47, n° 24.
. Arch. nat., JJ, 40, n° 153.
. Arch. nat., JS. 41, n° 21.
. Du Puy, Histoire de la condamnation des Templiers, Bruxelles, 1713.
. Arch. nat., I. 383, n° 66.
. Arch. nat., JT. 47, n° 83 et 97.