‹ Les manuscrits à peintures de la Cité de Dieu de Saint-AugustinChapitre 246 sur 354 · VOIR PLANCHE XII · texte numérisé non relu

VOIR PLANCHE XII

Description générale. — Deux vol. très gr. in-fol. Très beau vélin. Dimension des #. : H. 0",430 <0",310. Justification : 0",290 < 0",194. 2 colonnes avec 0",019 d'intervalle; 41 lignes.

Le tom. I (170), qui contient les dix premiers livres, comprend 1 fol. blanc, 431 f. numérotés et 1 fol. blanc numéroté 432. Le fol. 2 commence par ces mots : « (reve)rence de ceste victoire » et le 431° par « (humaine et les choses ». A la fin, on lit cette mention en rouge : « Ci fine le X:° livre de la Cité de Dieu. »

Le tom. Il (171), qui contient les douze derniers livres, comprend 418 ff. numérotés et 1 fol. blanc coté 419. Le fol. 2 commence par ces mots : « Combien que au commencement ». C’est celui qui porte la miniature de tête; aussi donnons-nous également les premiers mots du fol. 3 : « Nous lisons en l’autre pseaulme ». Au dernier fol. 418 : « toutes v aages » et, au verso, la mention en rouge : « Ci fenist le secont volume de la Cité de Dieu. »

Collation. — Cahiers de 12 ff., avec réclames.

Reliure. — Aux armes de France, maroquin rouge, dos orné de fleurs de lys. Titre : Ciré pe | Dieu. Tome I. | Tome II.

[e. 1380] MANUSCRITS A PEINTURES. 247

Écriture. — L'écriture réglée est d’une beauté et d’une régularité remarquables, sans aucune défaillance. Elle pourrait bien être de Henri du Trévou qui, à cette époque, copiait des livres pour le roi Charles V : Le livre de l'Information des Princes en 1379, le Livre de Gouvernement des Rois' et le Rational des divins offices, exemplaire du duc de Berry, conservé à la Bibliothèque Nationale sous le n° 176 franc. Titre courant en chiffres romains bicolores. Les noms des docteurs et le titre de leurs ouvrages sont soulignés en rouge.

Les deux tomes portent après l’explieit ces mots : Pauye au Roy Loys XIT.

Le tom. I présente encore des débris de la garde de téte. On y voit écrit de la main du bibliothécaire de Blois, au commencement du xvr siècle : Des histoyres et livres en françoys. Encontre la muraille Pul* S" du cousté devers la court; puis, de l'écriture de Jean Gosselin’, les remarques suivantes : August. de Civitate Dei. — S. Augustin de la Cité de Dieu depuis le T, jusques au X, traduict par maistre Raoul de Praelles advocat. — Sainct Augustin feist les Livres de la Cité de Dieu 395 ans ou environ aprez que les apostres eurent receu le saint esprict. Por. le 2° prologe.

De même au tom. Il : Des hüstoyres et livres en françoys, Pul° S° contre la muraille de devers la court. — 2 partie de la Cité de D... par sainct Augustin commençant a l’onzieme livre

On remarque, au recto et au verso du dernier fol. 418 du tom. II, des mots écrits en marge d’une päle écriture. Ce sont des membres de phrases du texte adjacent, que le copiste a oublié d'effacer.

Initiales. — Les grandes capitales sont formées de lettres bleues et roses sur fond d’or avec un semis de fleurs multicolores. Les petites ont la même ornementation, mais plus simple.

Bordures. — Une bande alternativement bleue, rouge et or forme l'encadrement de la page ou de la colonne. Il s’en échappe de jolies branches bleues et rouges portant des feuilles de lierre rouges, bleues et or. La bande donne naissance aux initiales qui semblent en être le bourgeonnement.

Provenance. — L'inventaire de la librairie du Louvre, dressé en 1373 par Giles Malet, bibliothécaire de Charles V et complété par des articles ajoutés après coup, porte cette mention : Un livre de la Cité de Dieu en deux volumes tres grans. À Mons. d'Anjou le 22 novembre 1380.

Tout porte à croire qu'il s’agit du présent manuscrit, l'écriture, l’ornementation des pages, le genre des peintures et les dimensions des volumes’. Louis, duc d'Anjou, l'aurait emporté en Italie, avec tous les objets précieux qu'il avait su réunir, lorsqu'il alla, en 1382, prendre possession du trône de Naples, etles manuscrits, restés dans le Milanais, prirent place dans la bibliothèque des Visconti‘. Louis XII, en 1500, lors de

1. M. Léororn Deuisce, Fac-simile de livres copiés et'enluminés pour le Roi Charles Ÿ, 1903, pl. XI.

2. Jean Gosse, garde de la librairie du Roi sous les règnes de Charles IX, Henri III et Henri IV.

3. Pauun Pams, Les Manuscrits francois, tom. Il, p. 43. M. Léororn Deuste considère comme plus probable que l'article de Giles Malet concerne les Mss. additionnels 15244-15245 du British Museum (Recherches sur la librairie de Charles V, tom. Il, p. 52, n° 295).

4. Jean Galeas, duc de Milan, qui enrichit la célèbre bibliothèque de Pavie, avait épousé, en 1360, Isabelle de France, sœur de Louis, duc d'Anjou. Le catalogue du Château de Pavie fut dressé pour la première fois par les ordres du Duc de Milan, Filippo Maria Visconti, au mois de janvier 1426. Il a été transcrit dans l'ouvrage du Marquis Girolamo d'Adda, Zndagini storiche, artistiche e bibliografiche sulla libreria Visconteo Sforzesca del castello di Pavia, Milano, 1875- 79; 2 vol. in-4. On y lit au paragraphe 197 : Augustinus de civitate dei in lingua gallica, voluminis magni et grossi, copertus corio rubeo sculpto. Incipit « a vous tres excellent printi (sic) » et finütur « parles croniches. » Au paragraphe 196 :

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son expédition au delà des Alpes, s’appropria cette belle bibliothèque après la défaite de Ludovic le More et fit inscrire sur les manuscrits qui la composaient la mention que nous avons copiée plus haut: Pauye au Roi Louis XII". Versés à la librairie de Blois”, ils y reçurent les inscriptions que nous avons citées, lors de l’inventaire qui en fut dressé, et n’en sortirent que pour aller, sur l'ordre de François I‘, en 1544, rejoindre les Mss. grecs de la Bibliothèque de Fontainebleau. Enfin, sous Charles IX, ils prirent définitivement place à Paris dans le dépôt royal et recurent à ce moment les notes que Jean Gosselin inscrivit sur leurs gardes.

Miniatures. — Ce manuscrit a été décoré par deux mains différentes, mais de la même école, celle de Paris, et du même atelier. L'un des artistes exécuta des figures très teintées de bistre au point que les personnages ont l'air d'hommes de couleur (Liv. IV); l’autre se rapproche du type à cheveux et barbes bouclés que l'on a déjà remarqué dans les trois manuscrits précédents (Liv. XVIII). Ce second artiste fait penser à l’enlumineur Remiet, qui contribua à historier le charmant Ms. français 823 de la Bibliothèque Nationale, Les Pèlerinages de Guillaume de Digulleville’.

Le dessin est finement tracé à la plume et rehaussé par le pinceau. Les couleurs sont peu accentuées dans les visages, le gris étant relevé par des touches de blanc dans les rides du front et les arcades sourcilières, mais elles sont plus vives dans les étoffes et les objets matériels. L'expression est banale et la composition élémentaire. I] n’y a pas encore trace de réalisme, mais au contraire une tendance très marquée d'établir des types juvéniles pour les chrétiens et plus grossiers pour les païens. Le ciel, assez caractéristique, est indiqué par des franges bleues et blanches, le sol est toujours verdâtre avec des petits traits noirs figurant les herbes et les fleurs, et les fonds présentent des mosaïques rouges et bleues à carreaux ou des plaques d’or.

Par l'écriture, les bordures, les encadrements, le style des miniatures, les ciels frangés et quantité de détails, ce manuscrit semble bien étre sorti du même atelier que la Bible historiale, traduction de Guyart des Moulins, exemplaire du duc de Berry, conservé sous le n° 158 franc. de la Bibl. Nat. et ayant la même provenance de Pavie.

L'artiste parait être un professionnel d’une certaine habileté, mais non un artiste de valeur.

Quant aux sujets, ils sont traités souvent symboliquement (homme précipité du haut d’un arbre pour exprimer la chute de nos premiers parents, Liv. XIII). Ils n’ont

Augustini secunda pars de civitate dei in galico, voluminis magni et grossi, coperti corio rubeo sculpto. Incipit « de celie partie » el finitur « sancte ecleisie entient. » Ce sont bien les mots de notre manuscrit, mais ce sont les incipit et les finitur et c'est pour cela qu'ils ne se réfèrent pas à ceux que nous avons donnés à notre description, lesquels se rapportent au commencement des ff. 2 et dernier.

1. Il est probable que c'est au mois d'août 1500 que le Roi de France s'empara de cette collection qu'il avait pris l'engagement, en 1499, de respecter; mais, devant l'attitude politique du duc de Milan, il se serait empressé de se considérer comme délié de sa promesse et aurait saisi ce prétexte pour mettre la main sur ce riche dépôt. (Gusrave CLausse, Les Sforza.….…. Paris, E. Leroux, gr. in-8’, 1909, p. 239).

2. La librairie de Blois contenait, en 1518, quatre volumes de la Cité de Dieu de saint Augustin, ainsi qu'il appert du Répertoire de cette librairie dressé

cette époque, savoir un exemplaire complet en deux volumes, Mss. france. 170-171 de la Bibl. Nat, une première partie, Ms. franç. 17 et une seconde partie, Ms. franç. 174 du même dépôt. Les deux premiers venaient de Pavie, les deux autres avaient appartenu à Louis de Bruges. Cf. M. H. Omonr, Anciens Inventaires et Catalogues de la Bibl. nat., Paris, 1908, pp. 3, 60 et 110. On les retrouve dans l'inventaire de 1544 dressé à la veille de leur transfert à Fontainebleau avec ceux provenant du Cardinal de Bourbon, saisis en 1523 et d'autres exemplaires non illustrés ou imprimés, pp. 161, 166, 232, 238 et 239 et enfin'dans le Catalogue de la Bibliothèque du Roy à Paris en 1589, pp. 265, 266, 341, 356 et 392.

3. Ésuce Maue, La Miniature à æposition des Primitifs, p. 46, art. paru dans la Gazette des Beaux-Arts de juillet 1904.

pas été copiés sur un manuscrit de la Cité de Dieu antérieur et n’ont pas servi de modèle

à d’autres postérieurement.

Voici la description de ces peintures :

Tome I. — FronrisPice. — fol. 1. —H. 0",075 X<0",076. — Saint Augustin. — Cette miniature est comprise dans un encadrement quadrilobé gris sur fond d’or, qui lui-même est inscrit dans un carré à bordure rose avec médaillons d’or aux quatre coins. C’est la seule qui soit ainsi encadrée. Les autres sont comprises dans une bande bleue ou rouge à dessins blancs, entourée elle-même par un filet d’or.

Saint Augustin est vêtu d’une robe noire avec un manteau bleu. Nimbé, mitré et crossé, il est assis sur un tertre vert, tenant un manuscrit rouge dans sa main. Derrière lui, deux anges rouges soutiennent une étoffe rouge à dessins d’or. Le fond est bleu avec des points blancs dans des cercles rouges. La figure du saint est fine et bien modelée.

LIVRE I. — fol. 6. — H. o",130xX0",177. — Les Goths. — Miniature à deux compartiments représentant deux chapelles; à gauche, celle des païens, qui sont exterminés par les Goths, pendant qu'ils implorent à genoux trois idoles d’or dressées sur une colonne; à droite, celle des chrétiens, épargnés par les Barbares, pendant qu'ils se prosternent devant les statues de saint Pierre et de saint Paul, placées sur un autel carré. Le sol est jaune, le fond quadrillé et losangé en bleu, rouge et or.

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