‹ Les manuscrits à peintures de la Cité de Dieu de Saint-AugustinChapitre 259 sur 354 · VOIR PLANCHE XIII · texte numérisé non relu

VOIR PLANCHE XIII

Description générale. — Vol. in-fol. Vélin. Dimension des ff. : H. 0",340 X<0",240. Justification : 0",240< 0",152. 2 colonnes avec 0",015 d'intervalle; 53 lignes.

Il comprend l'extrait des Retractationes, la table des chapitres et le traité complet en XXII Livres. Il contient 1 fol. blanc, 210 ff. numérotés et 1 fol. blanc.

Le fol. 2 contient les premières phrases du traité. Le fol. 3 commence par ces mots : « [Virgiflius poetarum » et le fol. 210 par : « et illuminet ».

Collation. — Cahiers de 10 ff., avec réclames.

Reliure. — En maroquin rouge avec deux filets. Les armes du Pape Pie VI et du cardinal bibliothécaire de Zelada sont frappées sur le dos.

Écriture. — Belle écriture gothique italienne, pointue, avec beaucoup d’abréviations. Titre courant en chiffres romains bleus. Table et en-tête des chapitres en rouge. Notes marginales. On lit au fol. blanc 1 le nombre 132. Après l’explicit se trouve la mention suivante : Zste liber. est mei. Lo. epi. Castren. 10. Darmeignaco.

Initiales. — Les grandes initiales sont formées de fleurs larges et coloriées se détachant sur un fond d’or, en tête de chaque livre. Elles renferment une petite miniature, excepté aux Liv. XVII-XXIT, où elles ne sont que fleuronnées. Saint Augustin, différemment représenté, évêque ou moine, tenant un missel ou une Cüé de Dieu en relief, paraît aux initiales des Liv. I, II, III, IV, VI, X, XI, XII, XIV, XV, XVI et XVII. Aux Liv. V, VII, VIII et IX, c’est un docteur compulsant un manuscrit. Enfin, au Liv. XIII, c’est la scène de la Tentation avec Adam et Eve et l’Arbre du Mal.

Bordures. — Au fol. 2, se trouve une grande bordure très chargée, sur fond or, à fleurs bleues, rouges et vertes, parmi lesquelles-on distingue des oiseaux, des diables et des cerfs. Elle contient douze petits médaillons, renfermant des bustes de saints, généralement aux prises avec les tentations du démon. En bas, les armes de Jean d’Armagnac, dont nous parlerons plus loin. (Planche XIII.)

256 LA CITÉ DE DIEU. [e. 1385]

Provenance. — Ce manuscrit a appartenu à Jean d'Armagnac, ainsi qu’en témoignent la signature que nous avons relevée plus haut et les armoiries qui décorent la bordure inférieure du fol. 2.

Ce Jean d’Armagnac', fils de Bernard et d'Éléonor de Bourbon, était par conséquent le frère cadet de Jacques d’Armagnac, l'infortuné Duc de Nemours.

Né vers 1440, il avait été nommé évêque de Castres, sur la demande du roi Charles VII et après quelques résistances du Pape Pie II. Il avait à peine vingt ans, car la bulle pontificale est datée du 24 mars 1460. Très dévoué à son frère, il avait participé à la Ligue du Bien public et de ce fait il fut impliqué, plus tard, dans le procès du Duc de Nemours. Banni du Royaume, il dut quitter la France et se retira à Rome où il obtint une fonction de curie; il était garde de conclave à la promotion du pape Innocent VIIT*. Il ne rentra en France qu'à la mort de Louis XI et poursuivit jusqu’à la fin de ses jours la révocation de son ban et la mise en possession de ses biens et du temporel de son évéché. En 1485, il est parlé de lui comme s’offrant à aller à Rome pour demander la dispense de mariage de sa nièce Marguerite’. Le 26 mai 1493, dans une charte de l'église de Castres, on signale sa présence à Rome. Il mourut dans cette ville peu de temps après.

Il est bien naturel de supposer que c’est pendant son long séjour à Rome que l'évêque de Castres fit l'acquisition du manuscrit dont il s’agit. Son frère lui avait donné le goût des livres et nous connaissons déjà, comme lui ayant appartenu, trois manuscrits que M. Ch. Samaran a signalés‘. D'abord le Ms. 63234 lat. de la Bibliothèque Nationale, Traités d'Aristote; puis le Ms. add. 19897 du Bristish Museum, Missel romain; enfin, un beau Bréviaire, en deux volumes, conservés sous les n° 32 et 35* dans la splendide collection de M. H. Yates Thompson, à Portman Square.

Ces trois volumes, peut-être des exemplaires de famille, sont de la fin du xiv° siècle et portent la signature et les armoiries rapportées de Jean d'Armagnac, mais ces dernières se réduisent à un écartelé et à un contre-écartelé où figurent seulement les armes d'Armagnac, de Rodez et de Bourbon-La Marche.

Le manuscrit de Rome, qu’il faut ajouter à cette liste, porte également la signature de l’évêque, mais il est le seul à présenter un écu beaucoup plus chargé que ceux qui décorent les manuscrits cités plus haut et où il semble que le peintre se soit complu à accumuler les armes des ascendants de Jean d’Armagnac. Peut-être l'évêque en disgrâce avait-il l'intention d’affirmer l'illustration de sa maison au moment où il essayait de se faire rendre justice. Quoi qu'il en soit, il nous a paru intéressant de nous y arrêter un instant.

Surmontés d’une mitre et d’une crosse épiscopales et ayant comme supports deux amorint de carnation, portant des arcs, elles peuvent se blasonner de la manière suivante : Écartelé aux 1 et 4, contre-écartelé aux 1 et 4, d'argent au lion de gueules,

1. P. Ansecme, Histoire Généalogique, tom. II, P- 428, et Josepn Vazsex et B. p8 Manpnor, Lettres de Louis A1, Paris, Renouard, 1908, tom. X, p- 6r, note.

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