VOIR PLANCHE XIV
Description générale. — 2 vol. in-fol. Très beau vélin. Dimension des #. : H. 0°,413 X 0",305. Justification : 0",275 X 0",175. Longues lignes, 41 à la page.
Le premier volume contient les dix premiers livres et comprend 1 fol. blanc, 393 fÆ. numérotés et 1 fol. blanc. Le fol. 2 commence par ces mots : « et de ce que ces armes » et Le fol. 393 : « A santé par aucuns signes ».
Le second volume contient les douze derniers livres et comprend 376 ff. numérotés, dont les deux derniers blancs. Le fol. 2 commence par ces mots : « qu'il pechassent » et le 374° et dernier rempli : « nen ont point sont serfs ».
Le fol. de garde et le fol. 1 de chaque volume portent les numéros d'inscription qui furent donnés au manuscrit lors de son passage de la Bibliothèque de Richelieu dans celle de la Sorbonne : 321-322. Sorbonne : 260-261. On distingue aussi Île paraphe du libraire Blaise.
Collation. — Les cahiers sont de 8 f., avec réclames.
Reliure. — En bois garni de veau fauve piqué, avec un encadrement à filets et fleurs de lys, dos orné, titre écrit à la main. Tranches dorées. Ecriture. — Réglée rouge, en lettre de court de la fin du xiv° siècle. Titre courant
en lettres et chiffres romains alternés blancs et or : « Prologus, Tabula, Liber ». La liste des chapitres, avec de gracieux bouts de lignes en or et en couleurs, précède chaque livre. Les noms des auteurs et de leurs ouvrages sont soulignés en rouge.
Initiales. — Elles sont en couleurs avec un fond d’or parsemé de fleurs multicolores. Il s’en échappe un élégant feuillage avec des feuilles de lierre, rouges et or. Bordures. — T1 n’en existe qu’au commencement des livres, celles des Liv. I et XI
offrant une plus riche décoration. Elles se composent de montants formés de petites ellipses d’or à fleurs de couleurs dont s'échappe un feuillage abondant et léger portant des feuilles de lierre bleues, rouges et or. On aperçoit quelques dragons stylisés. Jolie tonalité.
Dans le bas de la marge du fol. 1 du premier volume, on remarque deux anges agenouillés, nimbés d’or, en camaïeu rose, avec des ailes rouges, qui soutiennent un écusson. Les armes, qui semblent dater de l’époque de l'exécution du manuscrit, peuvent se blasonner ainsi : d’or à la bande d'azur, chargée en chef d’une coquille d'or".
Provenance. — Ce beau manuscrit faisait partie de la bibliothèque du cardinal de Richelieu. En 1644, le libraire Blaise le parapha en lui assignant le n° 2657 dans l’inventaire qu’il dressa. En 1660, après avoir été l'objet d’un nouvel inventaire exécuté, en 1648, pour la duchesse d’Aiguillon, agissant au nom de son neveu, le duc de Richelieu, légataire du cardinal”, il fut transporté à la Sorbonne où il se conserva jusqu'à son
1. Quand on regarde au verso la bande paraît de couleur verte, à cause de la proximité du jaune. La coquille a perdu un peu de son or.
2. M. Léorotn Dausce, Cabinet des Manuscrits, tom. II, p- 204.
[c. 1385] MANUSCRITS A PEINTURES. 259 entrée à la Bibliothèque Nationale en 1706. Il prit place dans le fonds de la Sorbonne jusqu’en 1868, époque à laquelle a été définitivement constitué le fonds français (n° actuels : 20 105-106).
Si nous sommes tentés de remonter au premier possesseur du manuscrit, nous n'avons comme indication que l’écusson dont nous avons plus haut décrit les armes, autant que son état de conservation nous le permettait. Plusieurs maisons ont porté ces armoiries', sans que nous ayons pu déterminer celle qui avait ajouté comme signe distinctif la pièce dont est chargée la bande’.
Il doit s’agir d’une de ces familles seigneuriales, dont nous savons que le cardinal de Richelieu avait acheté, de première ou de seconde main, plusieurs de ses manuscrits, et peut-être le personnage qui fit exécuter notre exemplaire, figure-t-il dans la miniature du fol. 1, comme faisant partie de la suite du roi Charles V.
Miniatures. — La décoration de ce manuscrit rappelle la technique de l’école de Paris de la fin du xiv° siècle. Nous donnons la reproduction du fol. 1 du premier volume, qui permet d’en admirer l’élégante sobriété.
Quant aux miniatures, elles sont complètes, au nombre de trois. Celle de ce même fol. 1 fait penser à un peintre de talent et de goût de l'Ile-de-France. Les deux autres, d’une main différente, trahissent un style plus lourd et plus épais. Elles peuvent être l'œuvre d’un artiste du Nord, qui, dans sa composition surchargée et mal agencée, aurait eu le pressentiment vague et inexpérimenté de scènes se développant dans leur milieu naturel. Il abandonne en partie les fonds diaprés, sans se douter encore des lois du paysage ambiant. Sa prédilection pour les constructions architecturales est évidente. Tout ce travail semble avoir été exécuté aux environs de 1386. Quant à l'illustration, elle est si peu importante qu'il est difficile de classer cet exemplaire dans une famille quelconque. Nous le rangerons de préférence dans la Famille r° 3.
Voici la description de ces peintures :
Towe I. — ProroGuE. — fol. 1. — H. o",105 ><o",170. — Présentation du manuscrit. — (Planche XIV.) Dans une salle dallée de carreaux noirs et jaunes, assis sur un trône dont les montants sont formés de lions d’or, le roi Charles V, couronné, en robe bleue fleurdelisée, se détache sur une belle étoffe rouge à dessins d’or. Il reçoit le manuscrit des mains de Raoul de Praelles, à genoux devant lui, tonsuré et vêtu de rouge. Sept courtisans se tiennent debout derrière le trône, portant de longues robes de différentes couleurs, rehaussées de broderies d’or qu'ornent des pierres précieuses. Ce ne sont pas des portraits, car leurs visages sont un peu uniformes. Fond échiqueté bleu et or.