VOIR PLANCHE XVI
Description générale. — Un vol. in-fol. Beau vélin. Dimension des ff. : H. 0",397 <o",280. Justification : 0",265 X<0",178. 2 colonnes, avec 0",020 d'intervalle : 42 à 46 lignes.
Il contient les douze derniers livres du traité et comprend 2 ff. blancs et 375 numérotés, dont le dernier blanc. Le fol. 2 commence par ces mots : « et autres hautes matières » et le 374 et dernier rempli : « de loyauté et d’equité ».
Collation. — Cahiers de 8 ff., avec réclames.
Reliure. — Maroquin rouge aux armes de France, dos orné du chiffre royal avec fers. Titre : Crré pe Dieu. | Liv. x1. x. (sic).
Écriture. — Réglée, en lettre de note claire, mais assez lâchée. Titre courant en rouge; ex. : X[° livre. On lit à la fin, au verso du dernier fol. 374 : Des livres de Marcoussis pour Monseigneur de Guienne, mis au Louvre en garde. J. Darsonval. Sur la garde de tête est inscrite la mention suivante, de la main du bibliothécaire de Blois : Des histoyres et livres en Jrançoys | au pul* premier devers les Jossés, et plus bas, de l'écriture de Jean Gosselin, le titre suivant : Saint Augustin de la Cité de Dieu | depuis le XF livre iusques au XXII.
Initiales. — Les grandes, en tête des livres, présentent un fond bleu et rouge à dessins blancs avec des petites fleurs de lierre de même couleur se détachant sur un fond d’or. Les petites, en tête des chapitres, sont tracées en or sur fond bleu et rouge.
Bordures. — Il n’y en a qu’au commencement des livres. Elles sont formées d’un montant or et bleu d’où s'échappe un branchage finissant en feuillage de lierre rouge et or et se rattachant à l’initiale. Au fol. 3, commencement du Liv. XI, la bordure comporte les quatre côtés, avec, en bas, les armes de France.
Provenance. — Ce manuscrit de la Cité de Dieu, amputé de sa première partie, a subi bien des tribulations au xv° et au xvr siècle. Objet d’une confiscation et, plus tard, d’une cession plus ou moins volontaire, il nè trouva de repos, après bien des déménagements, que lorsqu'il prit place à Paris dans la Bibliothèque du Roi.
La première trace que nous en avons nous ramène à la fin du xiv° siècle, à Marcoussis, petit bourg de l'Ile-de-France, à six lieues de Paris, où habitait Jean II
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de Montaigu, surintendant des finances et grand maitre de France. C’est la' que ce seigneur avait fait construire un des plus beaux châteaux de l’époque et, à côté, un superbe monastère où il avait appelé des religieux de l’ordre des Célestins. Son grand-père, Robert le Gros, avait été, à la fin de sa vie, secrétaire et trésorier des chartes de Charles V, et son père, Gérard de Montaigu, avait hérité de ses charges. Celui-ci sut élever sa fortune par les services qu'il rendit à Charles V et aussi par la beauté de sa femme, Biette de Cassinel, aux charmes de laquelle on prétend que le Roi ne fut pas insensible. Chambellan de ce prince, il l’accompagna dans la tombe en 1380. Jean II de Montaigu, qui avait alors environ trente ans, était déjà associé aux dignités de son père et avait été élevé avec le jeune Roi. Aussi fut-il en pleine faveur sous le nouveau règne et joua-t-il un rôle prépondérant dans les rivalités sanglantes qui déchirèrent la cour de France aux prises avec les ambitieuses visées des oncles de Charles VI. Comblé de biens et d’honneurs, le grand maître de l'hôtel vit cependant sa fortune décroitre lors de la maladie du Roi qui ne pouvait plus le soutenir contre ses ennemis et, poursuivi de la haine du Duc de Bourgogne, il périt par les ordres de ce prince. Son biographe* a raconté en détail cette tragique histoire. Qu'il suffise de dire que, décapité aux Halles le 17 octobre 1409, il eut sa tête portée au bout d’une lance, tandis que son tronc fut pendu par les aisselles au gibet de Montfaucon. Les funèbres débris ne furent enlevés que trois ans après, en 1412, et remis aux Célestins de Marcoussis qui, restés fidèles dans le malheur, rendirent les derniers honneurs à la mémoire de leur bienfaiteur.
Parmi les biens confisqués de Jean II se trouvait la bibliothèque de Marcoussis, qui contenait notre manuscrit, encore complet de ses deux volumes. Avait-il été commandé par Gérard de Montaigu, mort en 1380, qui avait dû, comme nous l'avons vu, avoir de fréquents rapports avec Raoul de Praelles, son contemporain et son collègue à la cour de Charles V? Avait-il été exécuté pour Jean IT, qui avait intimement connu le maitre des requêtes? C’est ce qu'il est difficile de déterminer. L'âge du manuscrit permet d'envisager l’une ou l’autre de ces deux hypothèses, car il date certainement de la période de 1380 à 1400. La perte du premier volume est fort regrettable, car il se pourrait que le frontispice portât des indications précieuses, devises ou armes, mal effacées par la suite’. On ne peut les distinguer dans le 2° volume.
Quoi qu'il en soit, en vertu de lettres datées du 26 octobre 1409, faisant don à Monseigneur de Guyenne‘ de toutes les terres de l'infortuné maitre de l’hôtel, la librairie de Marcoussis fut transportée au Louvre, le 7 janvier 1410, par le secrétaire
1. Cette terre lui vint, en 1388, de Ferry Cassinel, évêque d'Auxerre, son oncle. Mile de La Baume-Pluvinel, propriétaire du château de Marcoussis, possède encore le Terrier de ce domaine, établi à la fin du xv° siècle -et orné de quinze remarquables peintures. On y voit les détails de l'architecture de cette belle demeure et des scènes relatives à la vie de Jean de Montaigu et de ses successeurs.
2. Lucrex Mencer, Biographie de Jean de Montaigu, Bibliothèque de l'École des Chartes, 3° série, tom. III, 1852.
3. La devise de Jean de Montaigu était : Z/padelt, dont chaque lettre annonce les mots suivants : Je l'ai promis à Dieu et l'ai tenu. Ses armes se blasonnaient ainsi : d'argent à la croix d'azur, cantonnée de quatre aigles, au vol éployé de gueules, becquées et membrées d'or. I] habitait à Paris l'hôtel du Porc-Épie, que lui avait donné le Duc de Berry en 1404. Cet hôtel, dont la tourelle d'escalier et les cariatides étaient l’ornement de la pittoresque rue Charlemagne et dont la démolition accuse tant de négligence de la part de l'administration municipale, avait abrité quelques années auparavant Hugues Aubriot et devait plus tard être la demeure de l'amiral Malet de Graville. Il est curieux de constater que ces trois hommes, dans l'espace d'un siècle, ont possédé chacun un bel exemplaire de la Cité de Dieu : Ms. add. 15244-45 du British Museum et Mss. 174, 18 et 19 de la Bibliothèque Nationale.
4. M. Henry Mani, dans son Térence des Ducs, Paris, Plon-Nourrit, in-4°, 1907, pp. 4-7, a consacré quelques lignes intéressantes au Duc de Guyenne, bibliophile.
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du duc Louis, dauphin et chef du conseil de régence. « Ce sont les livres que noble et puissant prince monseigneur le duc de Guienne, ainsné fils du roy Charles le sixième de ce nom roy de France, a envoiés en la librairie du roy nostre dit seigneur au Louvre, par maïstre Jean d Arsonval', confesseur et maistre d'escolle de mon dit seigneur de Guienne. Et lesquels ont eté receus et mis en la dicte librairie par moy Giles Malet, maistre d'ostel du roy nostre dit seigneur et garde de la dicte librairie, le 7 de janvier 1409. » (1410 n. s.)*.
Nos deux volumes étaient ainsi décrits : « La premiere partie de la Cité de Dieu en françoys et lettre de note, couvert de cuir à empraintes à I] fermoers de laton dorez. » Et « L'autre partie pareillement escripte en françoys et aussi couverte et a II tels fermoers. »
Ils ne restèrent pas longtemps habillés de cette sorte. C’est ce qu’atteste l’inventaire d'Antoine des Essarts, terminé le 11 mars 1412. On y liten effet : « La première Partie de saint Augustin de la Cité de Dieu de la translacion de Raoul de Praelles escripte en françois de bonnes lettres de note a 2 colombes, commencant au 2 fol. : Et puis est mise, et au derrenter : cion des aages de l'Umain, cowert de cuir vermeil empraint a bouillons et deux fermoirs de cuivre dorez et tissu de soie notre. — Et l'autre partie du dit saint Augustin de la Cité de Dieu Pareillement escripte, couvert et fermant comme dessus, commençant au fol. 2 : Et aultres haultes matieres, et au derrenier : de loyauté et dequité, prisez les deux parties ensemble XXXII L ps.
En se reportant à notre description donnée plus haut, nous voyons que ce second volume est bien le Ms. franc. 174, dont nous nous occupons ici.
Ils étaient encore à la librairie du Louvre en 1416, comme le montre l'inventaire dressé par Garnier de Saint-Yon‘. A partir de ce moment nous perdons leur trace. Jean, duc de Berry, qui mourait cette même année, recommandait à ses héritiers, par son testament, de restituer les joyaux précieux qu’il avait mis dans ses coffres et qui provenaient de feu Jean de Montaigu. Témoignage irrécusable de l'opinion que ce prince avait gardée de l'innocence du grand maitre‘. On ne sait si pour les mêmes motifs les manuscrits furent restitués à la veuve ou au fils de Montaigu. Il est plus probable qu'ils passèrent en Angleterre lors de la dispersion de la Bibliothèque Royale et de la mort du Duc de Bedfordf. C'est là que l’on pense que Louis de Bruges’, seigneur de la Gruthuyse, acheta le second volume déjà séparé du premier et qu'il y fit mettre ses armes : 1 et 4, d'or à la croix de sable, qui est Gruthuyse et 2 et 3, de gueules au sautoir d'argent, qui est van der Aa, et le collier de la Toison d’or, plus tard recouvertes par l’écusson de France. On distingue très bien les sautoirs d'argent, mais on ne saurait deviner d’autres armes antérieures. Nous serions disposés à croire que le manuscrit primitif n’avait pas d’écusson et que Louis de Bruges a
1. Jean d'Arsonval, évêque de Chalon, mort le 27 août 1416. Cf. Hewnv Manrin, Le Térence des Ducs, P: 9.
2. Ms. franç. 2700 de la Bibl. Nat., fol. 37 v°, Catalogue des livres du roi Charles F.
3. Ms. franç. 2700 de la Bibl. Nat., fol. 132 v°, et Douët-d'Arcq, Inventaire de la Bibliothèque de Charles VI, Paris, Pour la Société des Bibliophiles, 1867, pp. 60-61.
4. Pour Antoine des Essarts et Garnier de Saint-Yon, cf. M. Léororn Deusix, dans Recherches sur la librairie de Charles F, Paris, 1907, tom. I, pp. 20 et 21,