Pauux Paris, Les Manuscrits françois, tom. I, p
6. M. Léorour Deusue, Recherches sur la librairie de Charles F, tom. I, p. 398, Appendice XIX : le Duc de Bedford, bibliophile.
7- M. Léororr Deusue, Recherches sur la librairie de Charles F, tom. I, p. 140, note.
8. Van Praer, Recherches sur Louis de Bruges, 1831, Ms. n° 22, p: 127.
[e. 1390] MANUSCRITS A PEINTURES. 263 fait ajouter ses armes par-dessus la bordure, qui se continuait, avant ce travail, sans interruption. Nous verrons plus loin que le célèbre amateur se fit faire un premier volume pour avoir un exemplaire complet. C’est le Ms. franc. n° 17 de la Bibliothèque Nationale.
L’exemplaire ainsi complété entra dans la bibliothèque du roi Louis XII, soit par le fait d’une confiscation, soit en vertu d’un arrangement dont nous ne connaissons pas les conditions. Surchargé des armes de France, opération qui fit croire qu’on voulait dissimuler son origine, il recut les inscriptions de la Bibliothèque de Blois et, comme le manuscrit précédent, 170-171, il n’arriva à la Bibliothèque de la rue Richelieu qu'après avoir passé par Fontainebleau et par Paris, rue de la Harpe et rue Vivienne.
Miniatures. — Les miniatures de ce Manuscrit, quoique assez médiocres, offrent un certain intérêt, parce qu’elles trahissent les tendances de l’époque à s'affranchir des formes habituelles qui consistaient à dresser derrière les personnages un fond décoratif, placage d’or, mosaïque, carreaux de couleurs variées et étoffes brodées. Notre manuscrit nous donne encore nombre de ces tableaux (ff. 3, 244 v°, 308 et 340), où les personnages sont simplement plaqués sur cette décoration. Cependant quelquesuns, tout en présentant ce procédé, nous montrent un premier plan composé de terrains et de constructions (Æ. 25, 42, 57 v°, 120 v°, 161 v° et 275). Enfin, deux d’entre eux (ff. 83 et 192) entrent franchement dans la nouvelle voie et nous offrent, sinon une perspective lointaine, du moins, un certain horizon s'étendant jusqu'à des ciels, qui remplacent les anciens fonds à carreaux et à losanges. Il est à croire qu'ils ont été tracés par la main d’un autre artiste, ayant pris part à l'exécution du manuscrit.
Toute cette illustration doit étre attribuée à des gens de métier des provinces du Nord de la France qui travaillaient peut-être à Paris. Le dessin est primitif et souvent mauvais. Les gestes sont gauches et irréguliers (f 42), les couleurs crues et conventionnelles. Les paysages semblent bizarres avec leur terrain jaune ardent. Seule la miniature du fol. 83, qui nous fait assister à la scène du déluge, réalise un progrès sensible dans l'étude encore rudimentaire de la perspective. L'interprétation se rapporte à la Famille n° 2, dont nous avons tracé le Tableau pp. 194 et 195.
Voici la description de ces peintures :
LIVRE XI. — fol. 3. —H. 0",177 X0",172. — Le Rédempteur. — Au centre, le Christ au nimbe crucifère, enveloppé d’un manteau rouge qui laisse voir les plaies de la Passion, est assis sur l'arc d’or des nuées. Deux anges, aux ailes rouges et vertes, volent à ses côtés en soufllant dans des trompettes. A dextre la Vierge en bleu, à senestre saint Jean en rose, tous deux nimbés et agenouillés sur la terre, près de quatre tombes dont émergent une femme et trois hommes. Aux angles, les quatre Évangélistes, représentés par leurs attributs, aigle, ange, lion et taureau nimbés d’or, tenant des phylactères laissés en blanc. Au premier plan, sol vert, fond rouge à
& arbres, entouré de murailles roses à créneaux, le Seigneur, vêtu d’une robe bleue et d’un manteau rouge, procède à la création d'Adam, représenté en buste étendu à terre. En dehors cinq diables noirs dansent dans l’attente du péché. Sol bleuâtre, fond à losanges roses, bleus et or. (Voir Planche XVI, b.) LIVRE XIII. — fol. 42. — H. 0",074X<0",075.
— Adam et Eve chassés du Paradis. — On aperçoit le même jardin et les mêmes constructions roses. Adam et ve sortent, en se cachant avec de grandes feuilles de vigne, chassés par un ange aux ailes rouges qui brandit une épée. Sol grisâtre, fond à carreaux roses,
a bleus et or.
SRRRSERONE LIVRE XIV. — fol. 57v°.—H. 0",073%X0",075. LIVRE XII. — fol. 25. — H. 0",073>x<0",075. — Mariage. — Mèmes constructions roses, mais avec
— Création de l'homme. — Dans un jardin vert, avec
le sol et les arbres jaune clair. Adam et ve, à l’état
264 LA CITÉ DE DIEU. [c. 1390]
de nudité, ont les mains jointes par le Seigneur nimbé, LIVRE XVII.— fol. 161 —H.0°,075><0",073. robe bleue et manteau rouge, qui se tient entre eux — David. — Sur un fauteuil rose, le Roi couronné, deux. vêtu d'un manteau bleu, une harpe à ses pieds, ex-
LIVRE XV. — fol. 83. — H. or 080 %< 0° 075. plique les livres saints et dicte ses psaumes à un audi- : à toire de six élèves. Sol jaune clair, fond rouge à dessins
— Déluge. — Dans une mer grise, dont les vagues sont fee carrés d’or,
représentées par des traits ondulés blancs, des hommes, du bétail, des chevaux se débattent au milieu des LIVRE XVIIL — fol. 192. — H. 0,070 débris de maisons et d’arbres déracinés. Un clocher X<0",076. — Prophète. — Devant une ville forte aux d'église et une tour émergent au-dessus des eaux. murailles roses, un prophète à grande barbe, manteau Rochers à l'horizon et ciel bleu foncé. Cette miniature lie de vin, les bras croisés, semble recevoir les ordres d'une jolie tonalité fondue, sans fond mosaïqué, est Qu Seigneur qui apparaît dans les nuées en buste déjà d’une époque de transition et trahit l'inspiration rouge. Sol et paysage jaunâtre, ciel bleu à étoiles d’or.
d’un artiste novateur.
ë £ o LIVRE XIX. — fol. 244 v—H. 0°,068><0",075. LIVRE XVI. — fol. 120 MRLÈRE 20722< 07,070, Varron le philosophe. — I est assis au centre, en LE Abraham. — Le patriarche, vêtu d ne: robe bleue bleu et rouge, tête nue, discutant avec des docteurs et et d un manteau rouge, est debout au seuil d’une mai- ! des philosophes devant un auditoire de cinq disciples FOIE PIÉRRES RG TIEES REC tOIE de tuiles ÉAUnoE à genoux devant lui. Costumes variés aux couleurs anges roses, nimbés d’or avec des ailes rouges, dont vives, sol jaune, fond mosaiqué bleu et or. un est à genoux devant lui, viennent lui annoncer les intentions du Seigneur. Sol jaune très clair, fond noir LIVRE XX. — fol. 275.— H. 0",070 <0",072. à dessins losangés d’or. — L'Antéchrist'. — Devant un édicule aux murailles
1. Le sujet de cette peinture revient dans onze de nos manuscrits des Familles 1 et 2. Il est done nécessaire, pour ne pas nous répéter, d'en donner ici, une fois pour toutes, une explication raisonnée, qui, à vrai dire, n’est pas sans difficultés.
Il s'agit de l'Antéchrist dont ont parlé tous les Docteurs de l'Église et tous leurs commentateurs. Ils sont tous d'accord, en se répétant, pour affirmer que Satan, sous cette forme, sortira de sa maison avant le Jugement dernier, fera des prodiges avec la permission de Dieu et qu'il séduira ceux dont la foi n'aura pas été assez vive pour résister à ses mensonges et qui l’adoreront comme le Messie.
Nos peintres l'ont représenté dans deux motifs distincts :
Premièrement, dans les cieux, sous les apparences du Messie, mais entouré par des diables et adoré sur terre par des hommes agenouillés. Parmi ceux-ci on distingue Gog et Magog qui personnifient « les nations qui sont aux quatre coins de la terre », ainsi qu'Élie et Henoch qui doivent revenir convertir les juifs et combattre l'imposteur. (Ms. de la Famille n° 3, 9295 de la Bibl. Roy. de Bruxelles, Descript. n° 16, et 755 du Museum Meermanno-Westreenianum de la Haye, Descript. n° 27);
Deuxièmement, sous les traits d'un vieil ermite barbu, sortant de sa maison et abusant les habitants de la terre, en faisant descendre le feu du ciel sur ses disciples comme le Christ l'avait fait, avec le Saint Esprit, pour ses Apôtres. (Autres Mss. de la Famille n° 3 et tous ceux de la Famille n° 2).
Voici maintenant un résumé rapide des principaux textes sur lesquels se sont appuyés nos artistes,
Samr Jean. — Apocalypse. Chap. xx, verset 7- « Après mille ans, Satan sera délié et il sortira de prison et il séduira les nations qui sont aux quatre coins du monde, Gog et Magog. » Sar Pauz. — 11° Épitre aux Thessaloniciens. Chap. n, p. 9. « Cet impie qui doit venir accompagné de la puissance
de Satan avec toutes sortes de miracles, de signes et de prodiges trompeurs et avec toutes les illusions qui peuvent porter à l'iniquité. »
Lacrance. — De Vita beata. Livre VII, chap. xvr et xvur. Il parle des prodiges que Dieu donnera à l'Antéchrist la faculté de faire apparaître.
Sant Jérôme. — Epistola CX XI ad Algasiam, chap. xr. Réponse à la Onsième question relative à la 2° épitre de saint Paul aux Thessaloniciens. I] compare les œuvres de l'Antéchrist à celles de Satan. « Il aura tous les pouvoirs, les signes, les prodiges, mais tout cela sera mensonges. »
Samr Aueusrin. — Chap. x1 et xix du Liv. XX du De Civitate Der. I s'appuie sur le commentaire de saint Jérôme sur Ezechiel (chap. xxxviu) pour affirmer que Gog et Magog signifient la maison et celui qui en sort, et pour répéter que l'Antéchrist séduira les nations autant qu'il pourra par une infinité d'artifices.
Raouz pe Praëcres et les autres commentateurs du De Civitate Dei s'en rapportent au Maître des Histoires et à Nicolas de Lyre.
Remi p'Auxnre. — Sancti Remigü, episcopi rhemensis, explanationes epistolarum beati Pauli Apostoli, Moguntiae, 1614, pp. 267-260. Il insiste sur le côté mensonger et abusif que représentent les prodiges permis à l'Antéchrist, mais qui ne sont que mensonges et fantaisies : « alia multa signa facere, sed mendacia erunt et a veritate aliena. »
Pierre Comesron. — Bible historiée, traduite par Guyart des Moulins, chap. de l'épitre II de saint Paul aux Thessaloniciens. « Signes et démontrances que l'Antéchrist fera pour abuser le monde. » Nicoraus ne Lyra. — Les grandes postilles et expositions sur les Épitres et les Évangiles de toutes langues, translatées
par Pierre Desrey, Paris, Ant. Vérard, 1511-12, 5 vol. in-fol. Au III° volume, fl. 209-211: « cest assavoir que plusieurs
roses, l’Antéchrist, représenté par un vieillard, en robe rouge et manteau bleu, avec un voile blanc sur la tête, présente un faisceau de trois tisons ardents à
un autre vieillard, vêtu de violet, capuchon noir, qui
fol. 3, mais réduite et sans les quatre Évangélistes. Fond rouge à dessins d’or.