Cabinet des Manuscrits, tom. 1, pp. 545 et
2. Notice sur l'ancienne bibliothèque des Échevins de la ville de Rouen, s. d., in-8°, de 56 p., tirée des Pièces anabytiques des travaux de l'Académie Royale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Rouen, Paris, 1845, in-8°.
3. Barrois, dans sa Bibliothèque prototypographique, a inscrit au n° 78, page 55, un exemplaire de la Cité de Dieu d'après l'inventaire dressé par Giles Malet en 1373. Puis, en regard de cette page 55, il a reproduit au trait la miniature du fol. 4 du présent Ms. 23, en le désignant comme ayant fait partie de la librairie de la Tour du Louvre. Nous n'avons aucune preuve nous permettant d'identifier notre manuscrit 23-24 avec celui de l'inventaire de Giles Malet. M. Paulin Paris pensait (Les Manuscrits françois de la Bibliothèque du Roi, 1, 43) que l'exemplaire inscrit par Barrois sous le n° 78 devait être le Ms. franç. 170-171 de la Bibliothèque Nationale. C'est cette hypothèse que nous avons adoptée comme la plus probable dans la description n° 9 de ce manuscrit, relatée plus haut.
4. Au fol. 311 v°, après l'ezplicit du Ms. franç. 131 de la Bibl. Nat., Cas des nobles malheureux hommes et femmes de Jean Boccace, qui a appartenu à la ville de Rouen, on voit ces mots : Cest a moy : Gautier. Mais ce nom était lui-même une surcharge sous laquelle on voit deux grands traits qui devaient appartenir à la signature de Jean, duc de Berry, (Voir : Paulin Paris, Les Manuscrits françois... Tom. I, p. 246).
5. Le salut d'or était une monnaie du temps de Charles VI, ainsi nommée parce qu'elle portait gravée la Salutation de l'Ange à la Sainte Vierge. Elle continua à être frappée par Henri VI, roi d'Angleterre, sacré roi de France en 1431, qui était maître d'une partie de notre pays, notamment de toute la Normandie. Cette somme de go saluts d'or valait environ 4800 francs de notre monnaie actuelle.
6. Ce don fait en 1466 est ainsi mentionné dans le registre des délibérations : « Le mardi XII° jour d'Aoust, l'an mil III° LXVI, fu donné et presenté de par sire Jehan Marcel, a present demourant a Paris, a la ville de Rouen, pour mettre avec les livres de la dite ville, ung livre de Decretalles, escript en françois, couvert en cuir vert, et aujourd'hui apporté et delivré par sire Jehan Le Roux, viconte de Rouen, auquel le dit Jehan Marcel l'avoit envoyé pour ce faire, » Ce manuscrit est encore à la Bibliothèque de Rouen.
[c. 1390] MANUSCRITS A PEINTURES. 279
tard quand Colbert fit chercher par toute la France les livres les plus précieux, dans le but de former la grande collection qu'il voulait créer. Pour arriver à son but, le grand ministre ne ménageait ni ses deniers ni le zèle de ses amis. Claude Pellot, premier président du Parlement de Normandie (1670-1686), s'était allié à J.-B. Colbert, en épousant la sœur de Michel Colbert, abbé général des Prémontrés. Tout dévoué au ministre et sachant ses goûts pour les manuscrits et les livres, il avait chargé le jésuite Comire d’explorer adroitement les manuscrits, objet de ses convoitises, qui se trouvaient à la Bibliothèque des Échevins de Rouen et de lui dénoncer ceux qu'il jugeait dignes de figurer dans la splendide collection à laquelle ils étaient destinés. Les intrigues de Pellot réussirent et, à la séance du 28 janvier 168, il fut décidé que plusieurs manuscrits, dont la Cité de Dieu de saint Augustin translatée en françois, manuscript en vellin, seraient « presentez à monsieur Colbert, au nom de la ville’ ».
Le premier président Pellot faisait ainsi les affaires de son illustre parent, sans qu'il lui en coutât trop cher; mais si l’on met de côté les procédés et qu'on n’examine que le résultat de ces donations forcées, on peut se féliciter que les échevins de Rouen n'aient pas été plus ménagers des biens de leur hôtel de ville, en songeant que les manuscrits qu'ils ont livrés en 1682 sont encore à notre portée en la Bibliothèque Nationale, tandis que bien d’autres, qui sont restés dans leur librairie, ou dans celle des couvents, ont été l’objet de déplorables destructions.
Après Colbert, en 1683, sa bibliothèque passa entre les mains de son fils, le Marquis de Seignelay, qui l’enrichit encore; puis, elle fut confiée à la garde de Jacques- Nicolas Colbert, archevêque de Rouen, et, quand celui-ci mourut en 1707, elle revint au Comte de Seignelay, fils du marquis. C’est lui qui la vendit au Roi pour trois cent mille livres. La Bibliothèque Royale en prit possession les 11 et 12 septembre 1732. C’est de cette époque que date l’entrée de nos volumes dans le Cabinet des Manuscrits de Paris. Ils y furent inscrits sous les numéros 6715. 2 et 3 et n’en sont plus sortis.
Miniatures. — Elles sont complètes au nombre de 23; 2 grandes et 21 vignettes. soit une de présentation et une en tête de chacun des vingt-deux livres. L’exemplaire est d’une grande unité comme écriture et comme décoration et semble avoir été exécuté d’un seul jet, dans le goût des manuscrits qui sont sortis des ateliers de Paris à la fin du xrv° siècle, vers 1390. Quant aux miniatures, elles appartiennent aussi à un même atelier, mais elles sont assez médiocres et sans originalité. Elles dénotent l'art des ouvriers flamands de cette époque, et nous croirions volontiers, à cause de la décoration française, qu’elles ont été exécutées en France par un de ces peintres qui étaient attirés dans notre pays par la magnificence de la cour et de son entourage.
1. Voici le procès-verbal de la délibération du corps municipal relevé par M. Richard et reproduite par M. Léopold Delisle : « Le sieur Dufour a remontré à la compagnie que M. Pellot, premier président au Parlement, estoit venu ces jours derniers en l'Hostel de ville et avoit demandé à entrer dans le chartrier pour voir plusieurs livres qui y estoient, nottamment deux qui avoient esté veus par le R. Pere Comire, jesuite, qui leur avoit fait connoïstre que monsieur Colbert, ministre d'estat, faisoit une bibliothecque, ce qu'estant venu à la connaissance de plusieurs communautez religieuses, chacun s'empressoit de luy envoyer ce qui estoit le plus rare dans leurs bibliothèques, et que, la ville ayant tous les jours besoin de sa protection, elle ne se pouvoit dispenser de luy envoyer ce que monsieur le premier président demandoit de sa part, et lui avoit dit d'en parler à la première assemblee, pour avoir pouvoir, si la compagnie le jugeoit à propos, d’en faire un present au nom de la ville a monsieur Colbert. »
« L'affaire mise en délibération, il a esté arresté que l'on feroit porter à la maison de monsieur le premier président les livres cy-après nommez, savoir : une ancienne Bible, Bocasse en deux tomes, Valère Maxime, l'Histoire grecque dite Beaucarchardine, Saint Augustin sur le traitté de la Cité de Dieu, l'Histoire romaine par Saluste, le Régime des princes, la Conqueste de Jérusalem, deux anciennes Histoires de France et une autre Histoire de Charles Sixiesme, lesquels livres seront présentés à Monsieur Colbert, au nom de la ville. »
Les visages et les chairs sont grisâtres, ce qui donne de la tristesse aux expressions. Les types sont courts et petits, d’une anatomie sans élégance. Les attitudes sont gauches et sans grâce, et le dessin est médiocre. Les constructions se présentent, en général, sous un aspect rose et le paysage n'existe déjà dans quelques scènes qu'à l'état rudimentaire. Dans toutes les autres les fonds sont encore échiquetés.
Les sujets appartiennent à la Famille n° 2, dont nous avons dressé le Tableau pp: 194-195, et ont été copiés sur un des trois manuscrits antérieurs que nous avons déjà décrits, 6271 de la Bibl. Nat., 216 de la Bibl. d'Amiens ou Y. 390 de la Bibl. Royale de La Haye. Ils appartiennent tous à la même époque, contenue entre les années 1380 et 1400. Nous retrouverons les mêmes sujets dans les manuscrits postérieurs, 27 et 28 franc. de la Bibl. Nat. et dans celui d'Édimbourg. Selon la magnificence du grand seigneur qui les a commandés et le talent du peintre qui les a décorés, ils offrent une représentation plus ou moins riche et soignée.
Voici la description de ces miniatures :
Tome I. — PROLOGUE. — fol. 1. — H. 0",085 >X<0",088. — Présentation du manuscrit. — Le roi Charles V, couronné, en bleu, assis dans un fauteuil rouge et assisté d’un huissier, reçoit les hommages de Raoul de Praelles, suivi de deux scribes, qui, à genoux, lui présente son manuscrit, doublé de velours vert. Sol à mosaïques; fond échiqueté bleu, rouge et or.
LIVRE I. — fol. 4. — H. 0",210>X<0",200. — La Cité céleste. — Elle est représentée par une masse de constructions grises, bleues et roses. Au-dessus, trois anges blancs aux ailes rouges et vertes; en bas, sur le sol vert parsemé de fleurs, trois diables noirs entrainent des damnés dans les entrailles de la terre. Aux quatre coins les quatre Pères de l’Église latine, saint Grégoire, saint Jérôme, saint Ambroise et saint Augustin, assis dans des fauteuils, compulsent leurs traités. Fond échiqueté bleu, rouge et or. Cette miniature a été reproduite au trait dans la Bébliothèque prototypographique de Barnois, p. 54.