M. Léopold Delisle a signalé les titres mensong
de plusieurs manuscrits de Béthune, imputables au bibliothécaire de cette collection. Voir Le Cabinet des Manuscrits, tom. I, p.
[c. 1392] MANUSCRITS A PEINTURES. 285
un exemplaire de la Cité de Dieu que le duc Jean avait reçu de Salmon’. Ce personnage l’avait-il acheté, ou l’avait-il fait exécuter à ses dépens? c’est ce qu'il nous est impossible de déterminer. On distingue bien des fleurs de lys dans les détails du fond de la miniature qui orne le Liv. IV, mais on ne saurait en tirer l'opinion certaine que le manuscrit ait eu une destination princière et on peut très bien les considérer comme un motif de décoration.
C'est donc dans la librairie du Duc de Berry que nous voyons pour la première fois la trace de ces volumes : « Item, un très bel livre de la Cité de Dieu, escript en francoys, de lettre de court, très bien historié et enluminé et au commencement du second fueillet a escript : Monseigneur saint Denis; et est couvert de veluiau vermeil, à IT fermouers de cuivre dorez; lequel livre Salamon, secretere du Roy nostre sire, donna à mon dit seigneur. Prisé CXXV liv. t. »?.
Mais, à la mort du Duc de Berry, Salmon prétendit qu'il n’avait fait que communiquer son exemplaire de la Cité de Dieu pour que le prince püt l’examiner à loisir et il réclama son bien; ce qui lui fut accordé après information. Cette rétrocession découle du paragraphe suivant qu’on trouve dans les comptes de la succession : « A Pierre Le Fruictier, dit Salmon, secretaire du Roy, auquel les executeurs ont volu et ordonné estre baillé et delivré un très bel livre de la Cite de Dieu, lequel livre ledit Salmon avoit ja pieça baillé pour veoir et visiter a feu mondit seigneur, et a esté trouvé apres son trespas entre ses autres livres et prisé en l'inventaire 100 livres parisis. Et, pour ce, mes dits seigneurs, apres ce qu'ilz ont esté soufisamment informez icellui livre competer et appartenir au dit Salmon, ont icellui voulu estre rendu et restitué à icellui Salmon comme sien et a lui appartenant. »°.
Nous ne savons ce que devint le manuscrit à partir de cette date de 1417, époque où les malheurs de la France firent passer en Angleterre tant de chefs-d’œuvre de notre art national. Nous ne le retrouvons que deux siècles plus tard dans le riche cabinet de Philippe, comte de Béthune, d’où il passa, par la générosité de son fils, Hippolyte, dans la Bibliothèque Royale en 1662‘.
Miniatures. — Elles sont complètes au nombre de 23, 2 grandes et 21 vignettes, soit une de présentation et une en tête de chacun des vingt-deux livres. Quelques-unes ont été noircies, surtout dans les visages, et, semble-t-il, volontairement, car les taches n'ont pas dépassé le cadre des peintures.
Le dessin est faible, les physionomies sont banales et le coloris est plat. Excepté au Liv. IT, où il y a quelques traces de paysage, les fonds sont encore décorés de mosaïques et de carreaux. Quelquefois on aperçoit des arbres, mais seulement au premier plan. Les constructions sont presque toujours roses.
1. Pierre Le Fnuicrien, dit Sazmow, a écrit : Les Demandes faites par le Roi Charles VI touchant son état. dont la Bibliothèque Nationale et la Bibliothèque de Genève conservent des exemplaires décorés de belles miniatures. Mélé à tous les événements du règne de Charles VI, dont il fut le secrétaire, intelligent, mais intrigant, il passa, à partir de 1407, dans le parti bourguignon. C'est lui qui, en 1408, pour faire sa cour au Duc de Berry, lui écrivait d'Italie pour lui signaler des artistes et des œuvres d'art. (Voir : A. pe Cuampgaux, Relations du Duc de Berry avec l'art italien, dans la Gazette des Beaux-Arts de novembre 1888). Sur ses mémoires historiques, on peut consulter les articles de B. Prost (archives historiques et littéraires, tom. I, 1889, p. 25) et de M. H. Moranvillé (Bibliothèque de l'École des Chartes, tom. L, 1889, pp. à et 575).
2. M. J. Guirrrey, Inventaires de Jean, duc de Berry, tom. I, p. 255.
3. M. J. Guirrey, Inventaires de Jean, duc de Berry, tom. I, pp. 22, 341; tom. II, 238, 3or, et M. Léoroin Deuisr, Le Cabinet des Manuscrits, tom. IT, p. 180, n° 115.