VOIR PLANCHE XX
Description générale. — Deux vol. in-fol. Vélin. 2 colonnes avec o",o17 d’intervalle : 46 lignes.
Le tome I, qui contient les dix premiers livres, mesure : H. 0",390 <0",270. Justification : 0",260 <0",175. Il comprend 2 ff. blancs, 388 ff., et 2 ff. blancs, tous numérotés de 1 à 392. Le fol. 4 (2° écrit) commence par ces mots : « a lencontre jusques à lissue du cloistre » et le fol. 390 (dernier écrit) par : « des hommes et la conversion ». En tête du fol. 3, on lit : Bibliotheca Monasterit S. Vedasti Atrebaten. 1628 B-B 10, et à la fin : « Cy fine le X:° livre du livre de la Cité de Dieu ».
Le tome IT, qui contient les douze derniers livres, mesure : H. 0",395>x 0,275. Justification : 0",270<0",175. Il comprend 1 fol. blanc, 351 ff. et 1 fol. blanc, tous numérotés de 1 à 353. Le fol. 3 (2° écrit) commence par ces mots : « Ci commence lonzieme livre » et le fol. 352 (dernier écrit) par : « sensuit de son argument ». En tête du fol. 2, même provenance et, à la fin du manuscrit, la mention habituelle de l'achèvement de la traduction par Raoul de Praelles, mais le copiste a écrit mil LXXV et a oublié CCC.
Collation. — Cahiers de 8 ff., avec réclames, numérotés au 1“ vol., en chiffres romains.
Reliure. — Reliure moderne en parchemin jauni avec nervures. Titre frappé au
dos dans une pièce brune : S. Aueusrin 10 rivres | ne LA | Crré pe Dieu | Tome "I et de même au second volume.
Écriture. — Bonne écriture en gothique mixte appuyée sur des lignes réglées à l'encre. Têtes de livres et de chapitres en rouge; pas de titre courant.
Initiales. — En tête de chaque livre, une grande initiale fleuronnée, en couleur, sur fond or, avec des petites fleurs multicolores; les petites, plus simples, en bleu, rouge ou noir.
Bordures. — Une branche bleue, rouge et or court le long de la marge dans les feuillets où se trouve une miniature et se rattache à l’initiale majuscule. Des feuilles de lierre multicolores s’en échappent.
Provenance. — Ce manuscrit provient de l’abbaye de Saint-Vaast d'Arras, où il a été catalogué en 1628. Établi vers 1400, nous ne savons rien de ses premiers possesseurs.
Miniatures. — Elles sont au nombre de 22, une en tête du prologue et une au
commencement de chacun des vingt-deux livres; mais celle du Liv. VIII à été découpée.
Ces peintures sont très curieuses, parce qu’elles semblent dater des années voisines de 1400, où le culte de la beauté, telle que la comprenaient les artistes du xrv° siècle, laisse percer déjà le souci d’un réalisme plus accusé. De plus, l’art que l’on y rencontre paraît abandonner l’internationalisme du x1v° siècle pour revêtir une forme plus exclu-
[c. 1400] MANUSCRITS A PEINTURES. 207
sivement nationale, avec les qualités de chaque race. Nous sommes donc en face d’un manuscrit de transition et, de ce fait, il est très intéressant à étudier.
Tout d’abord, quoique les deux volumes soient de la même école et sortent probablement du même atelier, on peut y reconnaître trois mains différentes’. Le tome I a été décoré par un artiste de mérite, mais ne dépassant pas une certaine moyenne. Le frontispice du tome IT fait montre d'originalité, mais certaines inexpériences de perspective, certaines audaces mal formulées, dénotent une main différente. Enfin, le reste de ce second volume a été historié par un artiste de grande valeur, dont le charme est exquis. La tendresse, la réserve dans les expressions touchantes, la recherche dans la beauté simple et naturelle, la noblesse native, la perfection du rendu dans les attitudes, la délicatesse du coloris, tout nous montre la main d’un artiste, épris de beauté, très humain et en pleine possession de son art.
Les scènes s’embellissent sous son pinceau, même la Mort, représentée par un adolescent blond, vu en raccourci et parfaitement dessiné (Liv. XIII), au lieu de ce squelette noir que l’école réaliste postérieure du xv° siècle nous offrira, décharné, dans une antithèse propre à nous effrayer. Dans le petit tableau du Liv. XIX toutes ces qualités se révèlent avec un ensemble délicieux : la Madeleine reflétant la tendresse et la soumission, dans son attitude assise, restera comme une des plus jolies créations de cette époque.
On sent encore que l’art a subi à ce moment (règne de Charles VI) une modification profonde, si l’on considère les déchirures qui se forment dans les fonds quadrillés. Cà et là nous apparaissent des échappées de terrain, des scènes célestes et des ciels bleus. Ce n’est pas encore la campagne avec ses lointains vaporeux et sa perspective qui fuit à l'horizon, mais c’est cependant une tentative novatrice pour échapper aux intérieurs mosaïqués et briser le cadre, classique alors, des décors à rinceaux et à dessins d’or. Encore un peu et ces toiles de fond vont disparaitre, comme au théâtre, lors des changements de scènes, pour laisser voir le paysage naturel avec toute la vie riante qui l'anime. Déjà elles cessent d'exister dans les tableaux du Paradis terrestre (Liv. XIII), mais nous ne voyons encore que la profondeur d’un ciel uniformément bleu.
Le dessin anatomique est remarquable, les gestes sont exacts, les attitudes gracieuses et sans effort et les visages remplis d'expression. Les scènes donnent le frisson de la vie? et c’est par la simplicité et la note juste et naturelle que l'artiste arrive ce résultat remarquable. Tous ces petits tableaux sont traités en aquarelles très légères, avec des teintes claires et délicates où la moindre nuance se détache dans une tonalité mauve délicieuse. Un peu de gouache relève certains traits.
Dans le premier volume, les miniatures sont tracées au trait noir et peintes en camaïeu bistre avec les visages un peu rosés, comme dans les Mss. franc. 22912-13 de la Bibl. Nat., les Mss. add. 15244-45 du British Museum et le Ms. n° 80 de la Collection Thompson.
Dans le second, exception faite pour le frontispice, elles sont traitées en aquarelles où toutes les couleurs sont réunies, mais dans une teinte très pâle, de telle sorte que l’on pourrait y voir un camaïeu rehaussé de couleurs tendres’.
1. À cette époque les manuscrits étaient établis dans des ateliers dont les artistes contribuaient à assurer les commandes. Beaucoup des manuscrits du Duc de Berry sont historiés par plusieurs peintres.