Mythographi latini, Amstelodami
gence qu'il copie : « Anaximenes qui de picturis antiquis disseruit, libro secondo ait « venationem Actaeonem dilexi
En ce qui concerne l’histoire profane il n’est pas moins prolixe. Il fait appel à Tite- Live* Martin de Pologne, Vincent de Beauvais et tant d’autres historiens ou chroniqueurs.
Salluste, Valère Maxime, Justin, Eutrope, Trogue-Pompée, Eusèbe, Orose,
On reconnait là l’ancien auteur de La Muse et des Chroniques contemporisees.
Après avoir rappelé l'idée de saint Augustin et l'avoir dégagée en quelque sorte, il la commente et raconte à ce propos tout ce qu'il sait et tout ce qui se rapporte de près ou de loin à son sujet. Il se complait dans ces citations et dans les extraits qu'il tire des Sommes historiques et des Miroirs et se laisse emporter à de nombreuses digressions qui paraissent quelquefois bien superflues. De l’histoire il passe à l’anecdote et finit par s'éloigner de l’idée principale par une série de chemins de traverse qui le mènent bien loin de la Cité de Dieu. Un exemple fera saisir ce penchant pour la disgression.
Au IV: livre de son Traité, saint Augustin développe cet argument : « Si les « Romains ont eu une histoire si merveilleuse, c’est qu'ils ont été soutenus par un
« immense orgueil qui ne les abandonna jamais, et leur dieux n’ont été pour rien dans
« leurs succès. » Il ajoute que, s’il en était autrement, d’autres dieux auraient eu le même pouvoir, car des peuples tels que les Assyriens, les Mèdes, les Perses et les
gé-
Macédoniens, qui ont invoqué d’autres divinités, s’étaient, eux aussi, emparés de l’hég
monie du monde à une époque plus reculée.
En racontant le développement de ces empires, Raoul de Praelles en arrive à parler du roi Astyage et de sa fille Mandane. A propos du fils de cette princesse, Cyrus, il passe en revue les enfants qui, abandonnés la nuit dans quelque endroit désert, ont été recueillis par la pitié de pauvres serviteurs. Il cite Romulus et Rémus et l'infortuné OEdipe.
Mais ce n'est pas assez. Harpage, ayant désobéi au roi Astyage en ne sacrifiant pas l'enfant, est puni par ce monarque qui lui fait manger dans un festin abominable son fils qu'il a fait mettre à mort pour satisfaire sa cruelle vengeance. Notre commentateur ne résiste pas encore à la satisfaction de faire défiler devant nos yeux tous les festins lugubres de ce genre, celui de Thyeste et d’Atrée et celui de Procné et de Philomène. Il prend tous ces détails dans Orose*.
Dans ces emprunts historiques, il cite aussi des auteurs qu'il ne connait pas,
1. Mythographi latini, Liv. NI, chap. ir, Fulgentit Mythologicon. 2. Nous trouvons dans un manuscrit de la Bibliothèque de Genève, n° 79 français, Compendium historial, qui contient
une traduction d'un abrégé des trois premières décades, un passage où l'auteur, re Henry Romain, licencié en droit canon et civil et chanoine de Tournay, frère de Guillaume Romain, provincial de l'ordre des Célestins de Paris vers 1470, s'exprime ainsi : « Ceulx qui desirent hastivement et sans grant estude savoir les gestes et fais des anciens et
« mesmement des Rommains et de leur empire par tant de notables et eureuses batailles acquis en partie bien et diffusement
« et au long recitees es trois decades de Titus Livius m'ont donné cause de cest oeuvre plus laborieux que subtil rediger « par escript. Et pour ce monseigneur saint Augustin en son livre de la Cité de Dieu, pour prouver son entencion contre « les mecre
as rommains qui improperoient (improperer, reprocher) a la saincte loy de Jhesucrist et a la religion chretienne « la destruction de leur cité faicte par Alarich, roy des Goths, a proprement nommés Hongres amaine a son propos assez « obseurement plusieurs histoires rommaines et d'autres empires, et que maistre Raoul de Praelles qui a la requeste de « très excellent et très chretien prince Charles le Quint de bonne memoire translata de latin en françois ledit livre de la « Cité de Dieu pour declaracion de sadite translacion recite plus au long lesdites hystoires et plusieurs autres dits et « autoritez de plusieurs hi
storiographes, poëtes et philosophes qui ont parlé desdites hystoires rommaines et autres empires
« plus avant qu'il n'est traité par ledit Titus Liviu F fi F
3. Onosivs, Historiarum adversum paganos Libri VIT, Lipsiae, in aedibus Teubneri, Liv. I‘, parag. 11, 12 et 19.
62 LA SCITÉMDIE DIEU
ainsi que nous l’avons vu pour les poëtes et les mythologues. Ce sont des références de seconde main.
Au Liv. II, chap. mr, il dit, à propos de la fondation de Rome et du mont Palatin : « Un auteur, appelé Sirenius, parle d'Hercule qui corrompit et viola Athlente, fille d’un appelé Yperboleus. » Or, c'est à Solin', dans son livre des Merveilles du Monde, qu'il fait cet emprunt : « Aut Silenus probat ab Halanto (Palanto et Palantho dans « d’autres manuscrits) Hyperborei filia quam Hercules sibi comprexisse nisus est « nomen monti adoptatum. »
De même, quand il nous parle d’un historiographe de Rome nommé Agatho. C’est à un passage du même livre de Solin qu'il fait allusion : « Agathocles scribit Rhomen « non Captivam fuisse, ut supra dictum est, sed ab Ascanio natam, Enee nepote. »
Sa connaissance des textes sacrés n’est pas moins étendue. Il cite surtout, dans la dernière partie de son œuvre, la Bible, les Pères de l'Église, saint Ambroise, saint Jérôme, saint Thomas, les auteurs ecclésiastiques, Eusèbe, l’Æistoria tripartita, V'abbé Joachim, Bède le Vénérable et tant d’autres. Toutefois, il montre une grande prudence à leur faire des emprunts et à les discuter, et se contente de confirmer par les extraits qu'il leur fait les idées émises par saint Augustin.
Si Raoul de Praelles savait bien le latin, il n’en était pas de même du grec. Il semble qu'il ne connaissait que quelques mots de cette langue. Quand il les rencontre, il les traduit toujours en s'appuyant sur le Livre des Éthymologies d'Isidore de Séville :
Hé : ville, olvos : vin, &fp : air, evréros : les cinq villes. Il transcrit de même xaxés, Réyos, mév, pésos, ypéves, Exarév. Il dit du conseil des dieux : « 7heos, qui vaut autant que Dieu, et bule, qui vaut autant que conseil? »
On s'aperçoit qu'il ne lit ni Aristote ni Platon dans le texte, mais dans des traductions latines ou à travers leurs commentateurs, Aspasius et Chalcidius. Pour les autres auteurs grecs, il ne les connait guère que par des passages de Cicéron, d'Eusèbe, d'Hélinant, de Martin de Pologne et de Vincent de Beauvais.
Le style de Raoul de Praelles est clair et précis, mais un peu lourd et monotone. Il révèle l'âme d’un consciencieux, qui cherche avant tout à être exact. Son langage est le pur dialecte de l'Ile-de-France, celui des gens de cour. Le vocabulaire est assez restreint et les mêmes expressions qui se répètent souvent donnent peu de variété à son récit.
Nous ne saurions mieux en faire comprendre la nature au lecteur qu’en lui mettant sous les yeux, comme spécimen, le prologue ou épitre dédicatoire‘ à Charles V qui se
1. Souinus, De mirabilis, Mss. latins 6811, 6815 et 6835 de la Bibl. Nat.
2. Dans sa Description de Paris, il parle du Palais des Thermes et lui donne comme étymologie le mot terme dans le sens de paiement à certaines époques. Son ignorance à l'endroit du grec était partagée par l'immense majorité de ses contemporains