‹ Les manuscrits à peintures de la Cité de Dieu de Saint-AugustinChapitre 66 sur 354 · ÉPITRE DÉDICATOIRE A CHARLES V · texte numérisé non relu

ÉPITRE DÉDICATOIRE A CHARLES V

« À vous très excellent prince, Charles le Quint, roy de France, je Raoul de Praelles, « votre humble serviteur et subject, tout votre et tout ce que je say et puis faire a votre « commandement.

« Mon très redoubté seigneur, les naturiens, comme Plyne, Adelin, Aristote, Bede? et « autres qui firent les livres des proprietés des choses, metent l'aigle roy souverain de tous les « oysiaux, et entre ses proprietés dont elle a plusieurs li en attribuent trois principaux :

« La premiere est que elle seurmonte par son vol tous autres oysiaux.

« La seconde, elle regarde directement et sans flechir le soleil.

« La tierce, que ses faons* elle preuve, et ceulx qui ne peuvent regarder le soleil sans « flechir, elle les gette hors de son ny et renie.

« Et quant j'ai bien consideré et ymaginé ces trois hautes proprietés il me samble que je ne « les puis mieux comparagier ne plus proprement a nul de tous les docteurs de Sainte Eglise, « especialement de l'Eglise primitive que a monseigneur saint Augustin.

« Car, premierement en la doctrine de la foy, en la confortacion ou reprobacion des herites’, « en la declaracion de la benoïte Trinité, onques nuls de tous yceux docteurs de l'Eglise primi- « tive ne vola si haut ne n’entreprist si hautement a ces choses enseigner, desclairier et « demonstrer; de ce sont les livres tesmoins.

« Dont un docteur appelé Possidonius*, en son epitaphe, dist qu'il fist trois mille volumes, et « que celui ment qui afferme que tous ses livres il ait leus.

« Secondement en ce que il a regardé directement le souleil sans flechir, c’est assavoir la « benoite Trinité, et en a traitié pour en avoir la vraie cognoissance d'icelle si hautement et si « profondement que nuls desdis docteurs n’y a peu voir si profondement comme il a fait.

« Mais tiercement, en ce que aussi comme l'aigle preuve ses faons et gete ceuls qui ne peuvent « pas de droit regarder le soleil, aussi monseigneur saint Augustin, ceuls qui ne veulent regarder « directement le vrai souleil, c’est assavoir la benoite Trinité et la vraie foy crestienne sans varier « comme font les herites dont il en y a de plusieurs manieres, il les confute et reprenne, dampne « et condampne, si comme il appert par ses livres que il fist Contra Faustum, Contra Manicheos

Page 1