‹ Les manuscrits de Léonard de VinciChapitre 5 sur 22 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Les Textes choisis t/e Léonard de Vinci ( I } ont été accueillis avec faveur: r Académie Française leur a décerné un prix Charles Blanc, el moins peut-être pour l'importance esthétique de celle vulgarisation que pour la beauté littéraire de certaines pages vraiment égales aux descriptions des plus célèhres écrivains, telles que le nélu«;e et la Bataille.

licduire cinq mille pages à trois cent cinquantesept c'est forcément renoncer à beaucoup de passages notables; c'est aussi s'obliger à redonner les parties déjà connues el que les deianciers ont justenienl préférées.

Le choix a toujours l'inconvénient de laisser un doute dans l'esprit du lecteur; chacun mêle ses préférences et ses tendances à son jugement. L'inextenso en l'espèce, est impossible, moins à cause de l'étendue qu'en raison du fatras.

Une page de Léonard mérite la même vénération

{V LÉo>-ARD DE Vinci. — Textes choisis. Pensées, Théories. Préceptes. Fables et Facélies, traduits dans leur ensemble pour la première fois d'après les manuscrits originaux et mis en ordre méthodique avec une introduction par Pbladan. XXXI fac-similés de dessins et de croquis. Volume in-18 '5* édition) 3.50

qu'une relique, même si elle ne porte qu'un compte de blanchisseuse: mais des théorèmes sur le fil de la pierre, le vol de la flèche, le laminage ou encore les déclinaisons et conjugaisons latines , n'offrent vraiment aucun intérêt.

Toutefois, les Textes choisis ne donnent pas le spectacle extraordinaire de ce très puissant cerveau et du grimoire qu'il nous a laissé.

Grimoire est ici le mot propre et précis; la succession des sujets étonne autant que la façon dont ils sont traités.

L'ingénieur et le peintre, le philosophe et l'expérimentateur, le mécanicien et l'anatomiste, l'hydraulicien et le moraliste, le géologue et le poète se juxtaposent pour nous fournir un tableau de la plus étonnante activité mentale qui ait existé

Léonard, présenté méthodiquement par un classement des pensées en catégorie, ne fournil pas une image ressemblante, non plus que la Tour de Babel avant la confusion des langues, ne correspondrait à la peinture biblique. Le caractère de ce grand esprit parait dans la simultanéité des préoccupations les plus diverses.

Connaissez-vous la sagoma? C'est un outil de maçon, une raclette à mains, à moins qu'on ne le range parmi les truelles ou les engins à égrener : le maître lui a consacré des pages, coupées brusquement par une remarque telle que ceci: (< C'est aux extrémités des corps que la grâce se révèle » ou bien par (( Si tu avais le corps selon la vertu tu n'éprouverais aucun désir en ce monde » Ensuite on bute à la différence entre les arbalétrières qui sont

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larges au dehors et celle.s ^jui .-mil larges au dedans.

A (jui donc une pareille bigarrure cnnrient-elle? Dans son ensemble à personne, dans son détail à chacun, fut il spirite, chercheur de rfuadralure,nieni bre du conseil de la guerre ou ophthahnologiste.

l'iiur composer les «i Textes » choisis, il fallut lire tous les manuscrits publiés, dans l'espoir d'i/ glaner des traits inaperi,us des deranciers ou dédaignés par eux: et celle lecture a formé trois cahiers correspondants aux trois groupes majeurs des manuscrits: manuscrils de lliislilut. niauuscrils de Windsor et Codex Atlantico. On a hésité longtemps à publier ces extraits, dans l'incertitude de la réceptivité du public.

(Jar, il ne pouvait être question de classer philosophiquement chacun des trois recueils : il fallait pour ainsi dire feuilleler, avec le lecteur, toutes ces pages et citer les plus caractéristiques. Ce travail né d'une admiration fanatique ne correspond qu'à des êtres admirant profondément le Maître du Saint Jean. On peut être fort honnête homme sans dévotion et honorer Léonard sans vouloir l'étudier jusque dans le confus détail de son œuvre éparpillée. Mais, une époque qui groupe des hommes de choix sous l'invocation d'un Stendhal contient certainement des Léornardiens, pour qui la contemplation de cette intelligence incomparable est un plaisir, d'autant plus vif qu'il exige une sorte daristie spirituelle. Enfin quelque jugement qu'on porte sur cette publication, elle ne prétend à aucun mérite sauf d'intention.

Traduire ce vieil italien ne propose aucune diffi-

XII LES MANUSCRITS DK LKCNARD DK VINCI

culte, il n'en est pas de même de .sa lecture : ceux qui ont déchiffré comme M. lîavaisson Mol lien ce texte écrit à rebours, c'est ii-dire de droite à gauche^ à l'hébraïque, d'une encre pâlie, d'une écriture serrée et d'une ponctuation incertaine ont accompli un tour de force, même en s'aidant d'un miroir pour mettre le texte à l'endroit.

Faut-il avouer, que, à l'instar des f/ens du seizième siècle, le traducteur fut attiré par la beauté des dessins; le sai^ant l' étonna, sans le séduire ; qu'en second lieu il chercha à retrouver la philosophie de Léonard de Vinci, sa doctrine métaphysique et morale; et qu'enfin il estime que cet homme incomparable a perdu son temps, (jaspillé le plus beau génie à inventer des métiers à rubans, des laminoirs, des dragues et des canons.

Pour ces besognes, il y à toujours du monde, en tout temps, tandis que depuis le '2 mai /.) / 9 aucune main n'a dessiné comme celle qui se refroidit et s'immobilisa au château de Cloux, près d'Amhoise. Même pour le génie, le jour n'a que vingt-quatre heures; et les forces de l'application, toutes exallées ne franchissent pas leurs limites.

La présente compilation équivaut a une œuvre originale pour le temps, la fatigue des yeux et de la main; et Léonard peinait autant et plusàdécrire lasagoma qu'à dessiner un croquis immortel. Il a donc eu tort de se demander quel mouvement il faut donner au plan mobile pour obtenir une ellipse, et si le levier est le double du contre levier, et s'il revient au même pour le moteur d'avoir le poids au milieu du levier qu'au bout du contre levier.

INTROnUCriON

Sella liena edoppina alla coatro allieva tonto fa altnialore evere ilpeso con meza la laliena quanta nell tonnine délia chonbra allieva (63 r.).

Les manuscrits de Léonard ont Leur histoire. On en retrouve la première mention sous la plume d'un secrétaire du cardinal d'Aragon^ qui vint à Cloux le 1 8 octobre 1516. « ...Léonard a aussi écrit sur la nature de l'eau De diverses machines et autres choses, il a rempli une infinité de volumes, tous écrits en langue vulgaire et qui publiés seront de la plus grande utilité et du plus grand charme. » Par son testament il donne à Francesco de Melzi « gentilhomme de Milan., pour le remercier des services qu'il lui a rendus par le passé, tous et chacun des livres que le testateur possède et autres instruments et dessins concernant son art et la profession de peintre ».

En 1519, Melzi quitta le château de doux, la mort du maître étant survenue le 2 mai et se retira à Vaprio, emportant les manuscrits. Il en tira ce qui a été publié sous le nom de Traité de Peinture, réunion de morceaux éparpillés dans tous les cahiers et y ajouta le Traité de l'Ombre et de la Lumière. Des copies de ce travail circulèrent, Cellini en acheta une au prix de quinze écus d'or pendant qu'il était au service de Lrançnis /«r // le prêta à Sebastiano Serli. A l'état incomplet, le Trailé de Peinture fut publié pour la première fois à Paris, en 1651, et traduit aussitôt.

M. Piol a donné une relation d'un certain Amhrosio Mazzenta; elle est du premier t/uart du dix-septième siècle.

Ce Mazzenta qui étudiait le droit à Pise, y rencontra Lelio Gavardi d'Isola, précepteur des enfants d'Horatio Melzi. Ce fils indigne avait mis au grenier dans de vieilles caisses les dessins, livres et œuvres de Léonard. Le précepteur se fil donner treize manuscrits qu'il espérait vendre au grand duc François ' celui-ci mourut et Gavardi d'Isola vint à Pise pour y étudier le droit, sous son parent Aide Ma nu ce.

Le Mazzenta de la relation fit honte à Gavardi de s'être approprié des choses si précieuses, il parla si bien que ledit Gavardi le chargea de rendre le tout à Horatio Melzi.

« Celui-ci s'étonna et me fit don des manuscrits disant qu'il y avait depuis nombre d'années beauloup de dessins du même auteur, dans leschambres de sa villa, sous les toits en mauvais état. »

Les frères de Mazzenta se vantèrent de ce qu'ils possédaient et nombre de gens demandèrent à Horatio Melzi des dessins et des pages de Léonard; parmi eux Pompeo Aretino, le cavalier Leone. Celui-ci promit à Horatio Melzi un siège au Sénat de Milan s'il recouvrait les treize manuscrits, Sebastiano s'en fit rendre sept par les Mazzenta qui en gardèrent six.

L'un fut donné au cardinal Borrommée (le Traité de l'Ombre et de la Lumière, à V Ambroisienne) ; le second au peintre Figgini ; le troisième au duc Emmanuel de Savoie; les trois autres échurent à Pompeo Arettino qui en fil un grand livre (Codex Atlantico). Son héritier Calchi le vendit à Arconati pour 300 écus

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