RÉPARTITION DES MANUSCRITS EN DEUX GROUPES
Le passage compris entre les vers 2835-67 est un des plus importants pour la classification des mss. Le poète, après avoir parlé de Danger, « garde de touz les rosiers », ajoute, d’après un groupe de mss. :
Ne fu mie seus li gaignons,
Ançois avoit a Compaignons
Male Bouche, le jangleor,
Et avuec lui Honte et Peor.
La miauz vaillanz d’eus si fu Honte (v. 2833-37).
C’est à la requête de Ghasteté, nuit et jour attaquée par Vénus, que Raison lui envoie en aide sa fille Honte :
Et, por les rosiers miauz garder,
I fist Jalosie venir
Pcor, qui bee durement
A faire son comandement.
Or sont as rosièrs garder quatre,
Qui se lairont avant bien batre
Que nus bouton ne rose emport (v. 2859-65).
Et les quatre gardiens sont rappelés en ces termes au v. 2867 : Se par eus ne fusse agaitiez.
Dans un autre groupe de mss., Peur ne figure pas parmi les gardiens de la rose, dont le nombre est réduit à trois. En conséquence, les v. 2835-37 sont différents :
Ançois avoit a compaignons Une fame et un vilain ome ;
Li ons Male Bouche se nome (1) Et la fame si ot non Honte.
Les v. 2839-62 sont omis. Les v. 2863-65 sont modifiés :
Or sont as roses garder troi, Por ce que nus senz lor otroi Ne rose ne bouton n’emport.
(t) Après ce vers, des mss. en intercalent deux autres, dont il sera parlé plus tard.
Univ. de Lille. Trav. et Mém. Droit-Lettres. Tome VII, — 16.
Et le nombre trois se retrouve dans le v. 2867 : Se d’eus trois ne fusse agaitiez.
De ces deux leçons, quelle est la bonne? Le v. 2867 parle en faveur de la seconde ; en effet, la suppression d’un gardien n'impliquait nullement la modification de ce vers, Se par eus convenant aussi bien à trois personnes qu'à quatre ; au contraire, si l'on ajoutait un nouveau gardien au nombre primitif, la correction de Se d'eus trois s'imposait. Logiquement donc, si l'on n'avait pas d’aulles éléments d’information, on devrait attribuer la priorité à la leçon qui ne connaît pas Peur. Ce serait une erreur.
Peur doit figurer au nombre des gardes des rosiers. La suite du récit le prouve. Lorsque, moins de deux cents vers plus loin, Raison conseille à l'amant de renoncer à la conquête de la rose, elle lui dit :
Car mout te bee durement
Dangiers li fel a guerroier ;
Tu ne l’as mie a essaier.
Et de Dangier noïent ne monte
Envers que de ma fillé Honte,
Qui les rosiers defent et garde,
Con cele qui n’est pas musarde ;
Si en dois avoir grant Peor,
Car a ton ues n’i voi peor.
Et avuec ceus est Male Bouche (v. 3024-33).
On peut contester qu'ici le mot Peor doive être considéré comme un nom propre, désignant un personnage ; mais aux vers 3638 et suivants, Peur discute avec sa cousine Honte et avec Danger, et tous trois s'entendent pour mieux surveiller les roses. Lorsque la tour est construite où doit être enfermé Bel-Accueil, l’une des quatre portes, celle de l’est, est gardée par Danger (v. 3868-73), celle du midi par Honte (v. 3874-78), celle du nord par Peur (v. 3879-88), la quatrième, celle de derrière, par Male-Bouche (v. 3889 et ss.), qui « as autres trois va souvent et vient ».
Les quatre portiers se retrouvent dans la seconde partie du
roman :
Dangiers, Honte et Peeur m’encombre, Et Jalousie, et Male Bouche (v. 4100-01).
Après la mort de Male-Bouche, les trois autres portiers restent à leur poste jusqu'au moment où Vénus embrase « tout le porpris » : alors seulement Danger
S'en fuit plus tost que cers en lande (v. 21269). Fuit s’en Peeur, Honte s’eslaisse (v. 21273).
Donc, aucun doute n’est possible ; ils « sont as rosiers garder quatre » ; el tous les mss. qui disent {rois ont une faute commune. La substitution de la rime #'oi : olrot à la rime quatre : batre, n'ayant pu être commise indépendamment par plusieurs scribes, doit être attribuée à un ancêtre commun de tous les mss- où elle se trouve.
Fonc partie du groupe I, qui a la bonne leçon, les mss. Be, Ca, Ce, Da, De, Ga, Ha, He, Za, LU, LS, x, ke, te, Coc. Le groupe I, beaucoup plus nombreux, comprend la plupart des autres manuscrits.
Dans Æa les v. 2857-64 sont remplacés par quatre vers qui ne rappellent pas plus la leçon d'un groupe que celle de l'autre, mais les v. 2835-37 et 2867, et le reste du ms. le rattachent au groupe IT. Le feuillet de Ma qui contenait les v. 2853-982 a disparu, mais les v. 2835-37 sont du groupe IT, et de plus les mss. Me, Mi, Mo, qui fui sont intimement unis, sont du groupe Il. Deux feuillets, comprenant les v. 2842-3192, manquent de même à Fa, mais ce ms. est apparenté de très près à d'autres, Fe, Fi, etc., qui font partie du groupe II.
Dans le passage même qui m'a paru le plus distinctif de let de If, plusieurs mss. combinent les deux leçons; ils forment un 3° groupe, qui comprend Ba, Bä, Tou, Ge, Gé, Gé, Gi, Go, Gu, Gù, VE YO, ph :
Cette répartition en trois groupes semble offrir un plan naturel et commode pour l'examen des mss. en vue de leur classement. Il en serait ainsi si les groupes étaient homogènes, mais toute autre est la réalité. Le groupe IT seul est constitué sous une faute commune, mais il se divise en sous-groupes qui se croisent, non seulement entre eux, mais avec ceux de L'etde IIL. L’amalgame des leçons de let de Il n'est pas le même dans tous les mss. de IIT ; ce n'est pas une faute commune qui les réunit tous aux v. 2835-67 ; dans l’ensemble du poème, ils ne sont pas plus composites que beaucoup de mss. de I et surtout de IT; il n'existe donc, en réalité, aucune raison essentielle de les étudier à part. Chacun d'eux sera joint aux mss. de l’un des deux autres groupes, auxquels ils se rattachent plus particulièrement : Ba, Bd, Tou dans le groupe I, les autres dans le groupe IL.
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Ce n’est qu'après bien des tâtonnements que je me suis arrêté à ce plan comme au plus logique, et surtout au plus clair.
GROUPE I Be, Ba, Bû
Be a quelques variantes en commun avec des groupes de IT : v. 1124 Et les (Be : ses) granz despens (avec L, J, K, M, N), pour E. ses despenses; v. 1197 assise (avec L, K, M et Ja, Tou), pour prise: v. 1186 Mainte bele chevalerie (avec L, M, N) (1), pour M. joste et mainte envaie; V. 1501 guise (avec L, M), pour /in; v. 2345 Car qui plus aime (avec N), pour Qui ce qu’il a.
Ba et Bi amalgament, aux v. 2835-67, de façons différentes, les lecons de I et de II. Ba mentionne aux v. 2835-37, 2859-65, avec I, quatre gardiens des roses, mais au v. 2867, avec IT, il n'en compte plus que trois : Se d’aus trois, au lieu de Se par eus. Cette contradiction provient d'un oubli qui trahit l’utilisation de deux versions. Peut-être faut-il voir le résultat d’une semblable contamination dans la leçon du v. 2392: La bele en leu, qui combine celle de I : Za bele en point, avec celle de certains mss. de Il: T’amie en leu. Bä mentionne avec I, aux v. 2835-37, 2859-62, 2867, les quatre gardiens, mais il a les v. 2863-65 de II, où les gardiens ne sont plus que trois. .
Ba et Bd sont cependant apparentés depuis le début du poème : v. 273 de si haut pris, pour si bien apris ; v. 48T Je meismes, pour J. endroit mot; v. 1383 ailleurs, pour par leus ; v. 1840 Ainsi comme je vous dirai, pour Mais une chose ©. d. ; v. 1542 Tantost comme, pour Maintenant que; v. 1510 Aussi con s'el à fust pourtraîle, pour Con s'el iert es cristaus p.; v. 1631 Que mout volentliers en, pour Ne cremisse estre j'en, etc. Les variantes communes à Ba et B& cessent momentanément après le v. 2360 ; comme les relations qui existaient avant cette séparation entre eux et Za continuent entre Ba et Za, il est légitime de croire que c’est : B& qui est sorti du groupe.
Ba est avec ZL (de IT), seul ou accompagné de quelques groupes congénères, aux v. 157 qui ert (L, K, N), Q. esl{(Ba), pour revi ; V. 1882 Li dieus d'Amours (L, K), pour A. vers moi; v. 2144
(1) Aussi dans Ga.
les genz (L, K), pour rome ; v. 2169 ef ton chief(L, K,M, N) (1), pour {es cheveus;v.2210 Ce te porra(L,K,N), C.t. porroil(Ba, M), pour Par ce se puel; v. 2516 Qui sera espoir (L, K, M, N) (2), pour @. se s. bien.
On peut attribuer au hasard la rencontre, tout à fait isolée, de Ba avec M dans l'omission des v. 673-4, et avec N au v. 1411 : Ne veuil pas faire longue fable, pour N. vous tendrai AND
Ba et Bd sont avec les mêmes groupes aux v. 2360 partir (Z, K, M, N), pour movoir; v. 3987 plus (L, J, K, M, N), pour trop; v. 3288 folie (L, K, M, N), pour felonie. Je noterai encore v. 1534 Qui pour leve vient fresche (J, K), pour Q. ©. p. le. espesse.
Bä seul, mais pendant une lacune de Ba, est avec J, K, N au v. 2051 Adonc seras hors de tristesse, pour Atent et suefre la destrece. En compagnie de Ri, Ra, il est avec J, X, N au v. 1459; avec J, X au v. 1496 (voir Ri).
Bû, au début du poème, est avec Tou aux v. 102 Por le temps douz que Ü (Tou : t. serin qu’il) sentoient, pour P. les vergiers qui florissoient; 143-4 intervertis (3); 161-2 intervertis (4).
Une partie seulement des variantes qui unissent Ba à d’autres mss. de I se retrouvent dans Bd; à part les passages où Ba est lacéré, et où, par conséquent, sa leçon n’est pas connue, Bd n'a qu'une variante de I qui ne soit pas donnée aussi par Ba: le déplacement des v. 2943-50 et cette variante viennent précisément peu après le passage où l’on a vu Ba emprunter des leçons de IT. Il est donc très légitime de supposer que la faute des v. 2943-50 existait chez l'ancêtre commun de Ba et de Bd, et que Ba l'a corrigée d’après un autre ms.
Les variantes spécialement communes à Be, Ba, Bd, sont:
Be-Ba : v. 2171 garces, pour dames ; v. 3215 mout bien apris, pour b. esprové; v. 3926 Par signoïer, pour Ne de signier (5).
Be-Ba-Bâ : v. 2152 lu ieres esgarez, pour je le vi esgaré ; v. 3844 C'estune pierre (Ba : goume) d'aïmant (Bâ : diamant), pour Si est dure Come &.; \. 3932 Car la vieille forment redoute, pour Por la v. que r.
(4) Et Da.
(2) He : Espoir qu’el se sera. #1 (3) Aussi dans Da, dans Ri, Mon, Maz et d'autres manuscrits contaminés. (4) Aussi dans Æ, 6x. Les v. 161-2 n'existent plus dans Ba.
) Vers omis dans Bâà.
Be-Bû (1) : v. 1163 ot une robe fresche, pour 0. r. lote f.
Ces fautes sont peu nombreuses (2), même si l'on tient compte des grandes lacunes de Ba, mais dès le début de la seconde partie du roman elles deviendront beaucoup plus fréquentes et plus importantes : Ba et Be marcheront étroitement d'accord, et Bd suivra Ba; cette circonstance constitue une forte présomption en faveur de la même association pour la fin toutau moins de la première partie et ajoute à la valeur des variantes qui viennent d’être signalées. On peut done supposer que Ba (seul ou accompagné de Bü) et Be, n'ayant au début du poème d'autre lien de parenté que celui qui les unissait au groupe I, se sont rapprochés au moins à partir du vers où l'on constate leur première faute commune (3) ; qu'en cet endroit encore l’un des deux mss. peut représenter différentes leçons, et que peu à peu il s’est plus étroitement attaché au texte de l'autre.
Ca, Ce=C Ca et Ce, qui sont picards, descendent d'un ms. perdu, C, qui luimême était picard, ainsi qu'il ressort de certaines rimes (v. 1535-36 morir : cheïr ; v. 3133-34 coureche : maneche). Quelques variantes paraissent bien n'avoir été introduites dans C que pour écarter des formes ou des rimes étrangères au dialecte picard (v. 2352 present remplace apressant, qui en picard ne rime pas en ent).
Dès le début, les leçons spécialement communes à Ca et à Ce se présentent nombreuses : v. 79 estre jolis, pour À estre gais ; v. 84 Au tamps joli et d. (Ca), Au joli tans et 4. (Ce), pour En icelui t. d.; v. 86 Sonjai un songe, pour S. une nuit; v.90 mon vis lavai, pour mes mains L., etc. Il serait fastidieux d'énumérer ici les 350 variantes qui décèlent l'étroite parenté des deux mss. ; quelquesunes, choisies parmi les plus caractéristiques et dans les différentes parties du poème, la mettront suffisamment en évidence : v. 293-6 Avant k'ele euist robe faite Ki li demande il le deshaite, pour De robe noeve et grant disete Avant qu'ele eùüst autre faite ; v. 902 fientis, pour flestiz ; v. 418 Car des oîselès, pour Car li leus d'oisiaus; v. 687-8 intervertis ; v. 134 Ce vous di je se Dieus m'eïst, pour 4 chanter merveilles li sist; v. 842 la char fendre,
(4) Lacune dans Ba.
(2) On en verra quelques autres, communes à Be, Ba et à d’autres mss. (3) Peut-être antérieurement, lorsque Be change d'écriture.
pour {oute f. ; v. 1014 Ele estoit (vers faux), pour Briement el fu : v. 1016 Cuisse, pour Grasse ; v. 1362 Car de divers fruïs, pour De d. arbres ; V. 1391-1410 omis ; v.1460 de cuer, pour d'amor; v. 1693 Quant cele m'eut ensi souspris, pour Q. cele rage m'ot seuwrpris; V.1992 Faites kelas (Ca), F. les las (Ce), pour F. à clef ; v. 2352 plus se met en present, pour s’en vait plus apressant ; entre 2410-11 sont interpolés les v. 2553-56, qui se retrouveront à leur place ; deux vers interpolés entre 2462-63 ; v. 2569-70 omis ; v. 2640 tesmoing, pour te doing ; v. 2163 greignors maus aras avant, pour g. avras ça av. ; V. 2978 vieille, pour juene ; v. 3175 douterai, pour contendrai ; v. 3435-36 intervertis : v. 3473-74 Bel Acueil se senti liier Du brandon sans plus detriier, pour B. À. qui senti l'aier D. b.s. p. delaier ; v. 3133-34 sise coureche : de maneche, pour Les ieuz roeille : de roeille ; v. 3904 li criee, pour lecherie ; v. 3909-10 qui maudis soil : quoi ke soit, pour qui rien n'esperne : quelque herne ; V. 4019 Refailes li agait, pour Faîtes li engreslié, etc.
Dans les chapitres suivants, on verra plus d’une fois C associé à des groupes de II. Je signalerai seulement ici le v. 359 sans doutance (avec Ri, Ra, J, L, N), pour {a montance.
Da, De — D
De ne contient que les v. 1911-2026 et 2747-2868; il a quelques variantes en commun avec Da: v. 1950 C’onques voir teus (De : tel) respons, pour O0. {. response; un vers interpolé entre 1973-74 : Des ores mais point ne l'avance (1); v. 1974 De faire, pour Ne f. ; v. 1996 adés, pour assez.
Peut-être n’y a-t-il pas à tenir compte, pour l’appréciation de De, de quelques variantes par lesquelles il se rencontre avec des manuscrits de IL : v. 1962 je puis estre (avec Ja), pour j'ai p. esté ; v. 1965 Dont j'ai (avec L, N), pour D'eus ai; v. 2116 savoie tout de voir (avec Z, K, M, N, etc.), pour s. bien d. v.; v. 2801-2 intervertis (avec ZL).
On verra plus loin Da spécialement uni à Touw. Il est avec des groupes de IT au v. 516 qu'un huisselet\K, L, N), pour que un huisset, mais cette variante est sans aucune importance.
(1) De en ajoute un autre entre 1974-75 : Tien moi loiaument covenant, qui remonte probablement à l’ancêtre commun de Da, De.
HG He #72
He reproduit quelques additions de Gui de Mori (24 vers entre 138-9, 164 vers substitués aux v. 9741-84, 146 vers substitués à 995- 1016, 38 entre 1506-7, 258 entre 2764-65) ; entre les v. 984 et 995, c'est-à-dire entre deux de ces additions très rapprochées l'une de l’autre (1), il a suivi le texte du remanieur (v.987-88 omis, v. 991 Mout iert près de li acostés, pour Se fu de m. p. ajostez) ; il lui a encore emprunté 20 vers, correspondant aux v. 2077-86, qui manquent au groupe de mss. dont on va voir qu'il fait partie. Mais il n’a pas d’autres variantes de Tow (2); on peut donc ne pas tenir compte de ces additions dans le classement de Xe.
D'un tout autre caractère sont les fautes communes à Æe et à Ha; elles sont nombreuses et plusieurs ne peuvent être imputées au hasard : v. 124 nette, pour belle ; v. 161 Foleet(He omet et) crueuse el outrageuse, pour Etsembla bien estre 0.;v. 165 Qui sembloit estre moult vilaine, pour Qu'el s. bien chose ©. ; v. 182 En nul pris n'en puet on monter, pour Et bescochier et mesconter ; v. 192 A nule riens ne veut entendre, pour Covoilise ne set e.; v. 216 Ainz fu (He: A. iert), pour Mais mout, v. 327 desciroit, pour desrompoit. Voici quelques autres variantes choisies parmi les plus probantes : v. 540 La char plus souef que loison (He : s. d'unne hermine), pour Gros assez ellons par raison ; v. 360 Pour estre plus apertement (Ha), P. plus iestre joliement (He), pour Bien et bel et estroitement; v. 692 Tout l'afaire vous conterai, pour Vous conterai comment j'ovrai; deux vers ajoutés à la suite du v. 892 : Ne fleur jaune, ynde ne perse Ne nule fleur tant fust (He: soût) diverse ; v.1045-46 omis; v.1068 Onc fame plus riche ne ceint(Ha), Onques f. meillour n.c.(ILe),pour Par dessus cele porpre ceint, etc.
He, plus jeune que a, ne peut pourtant descendre de lui,
(1) On pourrait considérer ces deux additions comme n’en faisant qu'une seule, dans laquelle Gui aurait introduit sept ou huit vers de l'original.
(2) A noter cependant, v. 101, s’esjoissoient (aussi dans Ra, L, M, N), pour mout s'engoissoient (Da: m. s’esjoissoient). Les variantes substituées dans les mss. au mot esmais Au v. 298 sont très nombreuses, et je n'attache aucune signification à la rencontre en cet endroit de He avec Tou (et Ma) dans la leçon doulors (Ha: corroz). Le v.3216 Par sofrir felon et refraint n'a pas toujours été compris et beaucoup de mss. l'ont modifié; il n'est donc pas certain que la même variante n'ait pas des sources diverses : P. s. felon que on craint (He, Tou, Urb}; P.s. celui que on craint (C et des mss. qui l'accompagnent parfois), P. s. J. et qu'en craint (Mon), Felon mesdisant que l'on craint (Ri), P. s. et ce sovent maint (Ha).
puisqu'il lui arrive d’opposer de bonnes leçons à des variantes de a : les deux mss. ont donc un ancêtre commun.
Dars Xe, les formes, les mots, les rimes étrangers au dialecte picard ont été soigneusement remplacés ; cel arrangement a introduit dans le texte une grande quantité de variantes : que dans le nombre on puisse en relever quelques-unes qui se retrouvent dans d’autres mss., ce sont des coïncidences dont on se rend facilement compte, sans supposer entre ces mss. et Ze des relations particulières. Je signalerai cependant les rencontres suivantes de ZZe avec C, v. 1466 qui sont refusé (aussi dans Z, M), pour que l'en refuse (Ha : Qui les r.); v. 1546 coses, pour colors (voir aussi p. 248, note 2) ; avec Ca, v. 1504 Ensi eul de la medechinne, pour £. si ot d. l. meschine ; avec Ce, v. 3112 Lors a pris à parler, pour Z. a après parlé (Ji, qui ne fait qu'irrégulièrement partie de C, a toutes ces variantes ; je n'ai cependant relevé aucune autre faute commune à Ji et à He) ; avec Ga, v. 1647 c'est droits, pour tuit frois) ; avec Jo, v. 3164 rubestre, pour iraistre ; avec L, v. 1395-96 couche : douche, pour coîle : moiste (Ha : coute : moule).
Je n’attache aucune importance aux rencontres suivantes 2. Ha: avec J, Æ, Let d’autres, v. 30 contes pour songes ; avec plusieurs mss. de Let avec M, v. 1545 coulor, pour clartez ; avec Ga, v. 3463 a nature, pour a estuire (Ie : pour rire).
La simple omission des v. 2695-96, commune à A et à L, M,ne peut être considérée comme un lien de parenté entre ces deux groupes.
Ga
Ga a des variantes en commun avec plusieurs groupes de IT: avec Ra au début du poème ; avec G et en même temps avec F; enfin avec L seul ou accompagné de ses congénères J, À, M, N.
Les fautes de Ga-Ra(1) ne prouvent rien contre l'homogénéité de Ga, parce qu'elles peuvent provenir d’un ancêtre appartenant à I.
Pour la même raison, la parenté de G avec Ga (2) ne fournit pas une preuve certaine que Ga ait réuni des leçons empruntées à des familles différentes. Cependant, au v. 1006, la leçon De lui farder ne de guignier, pour De soi tifer ne afailier, commune aGa;G,F, et aussi à N, parent de Z, semble bien dériver de celle de ce dernier
(4) Voir Ra.
(2) Voir G.
groupe: De lui farder ne de tifier, dont on aurait remplacé le mot tifier, parce qu’il choquait en rime avec mestier. Il est vrai que le mot farder, qui se trouve à la fois dans Ga et dans Z, est aussi donné par Be: De soi farder ne d'afailier ; mais en supposant qu'un ancêtre de Ga l'ait eu déjà indépendamment de Z, on ne voit pas pourquoi guignier aurait été substitué à afailier, tandis qu'on comprend très bien pourquoi il a pu l’être à tifier (1).
C'est sans doute par hasard que Ga se rencontre encore avec N dans l'omission des v. 2489-90 (2).
Des variantes communes à Ga et à Z que je vais donner, les deux premières au moins ne peuvent être attribuées à une simple coïncidence : v. 149 Hisdeuse iert et entortillee (E, N), pour Æ. estoit el roeilliee ; v. 385 desconfira(L, M, N, Ra, partie de G), pour envieiltira ; v. 985 merci(L,M, N), pour santé; v. 1042 paroles (L,M,N)(3), pour losenges ; v. 1072 garde n'avoit (L, K, M, N), pour riens ne dotoit ; v. 1090 Car il fu toux (L, J, K, M,N; Ga omet {owz), pour Li cercles fu ; v. 119% l’avoil (L, K, M, N), pour ot nés ; v. 1838 Je n’en puis par autre partir (L, Ra), pour J. ne m'en p. p. el p.; v. 2135-36 omis (L, M), v. 2308 chose qu’il (L), pour quant que il: v. 2310 alter (L, X, M, N), pour aillent ; v. 3926 Ne pour parler ne pour guignier (J, K, L, N), pour N. de signier n. de g.
Za
Les variantes communes à Za et à Ri ou à Ra, à l'exclusion des autres groupes de IT, ne prouvent rien contre l’'homogénéité de Za, parce qu’elles peuvent provenir d'un ancêtre appartenant à I; mais il n'en est pas de même des fautes communes à Za et à certains autres groupes de IT : v. 30 racontoit (X, L, M), pour recensoil ; v. 63 indes (L, M, N, partie de @), pour blanches ; v. 146 sembloit estre(L, M), pour s. fame ; v. 454 Con chiens honteus (K, J, L, N et Ra, Bd), pour C. povres c.; v. 1077 D'une pierre (L, M, N), pour D'u. autre p.; v. 1193 soufrir (X, L, M, N, et Ri, Ra, Bé), pour
(1) La succession des variantes a pu être celle-ci: Ne de tifer ne de farder, puis,:peut-être pour rétablir la rime, on aurait iuterverti les deux verbes : Ne de Jfarder ne de tifier (il semble, en effet, que tifer ait eu quelquefois la terminaison ier ; Macé de la Charité fait rimer tiffees avec nuncees, d'après Godefroy), puis un lecteur, que la forme tifier choquait, a remplacé ce verbe par guignier.
(2) Omis aussi dans Tou.
(3) Da : parole.
fornir ; v. 1495 m'arrestai(K, L, M), pour arrivat: v. AT Etla commençai a (J, K), pour Æ. c. fort a; v. 2080 Courtoisie l'estuel aprendre (TJ et Ri, Bd, Ga) (1), pour Se lu ne viaus vers moi mesprendre; NV. 2100 estables (J), pour raisnables; v. 2349-50 omis (X, N, Ja et Ra) (2); v. 2812 Puisqu'il (K, L, N), pour Et quant ; v.3375-16 intervertis (7, Æ, z, M, N). Il n’est pas vraisemblable que l'ancêtre de J, X, L, M, N dérive de Za ; s'ilest possible que quelques-uns de ces groupes aient fait des emprunts à Za, ce fait ne peut rendre compte de la parenté des cinq groupes avec Za ; c’est plutôt ce dernier qui est allé à II.
Lu
Lu ne fait partie de I que du v. 2460 environ au v. 3660. Il omet encore avec Z (et M, N) les v. 2459-60 à leur place, mais il les: donne entre les v. 2462-63 ; il les a sans doute empruntés au ms. de I qu’à partir de là il va suivre. Il est dès lors intimement uni à Ga. Je ne citerai que quelques-unes des nombreuses variantes communes à ces deux mss. : v. 2465 Mais si ja pour (Lu: se ja jor) avoir poote, pour M. se lant fait Amors que j'aie ; V. 2468 Las, je mens, j'ai trop haut pensé (pensee dans Ga, qui donne ce vers à la place de 2467), pour ’L.je demant trop chier cheté (Cf. Ra : L.J. mens j ay trop fourpensé) ; v. 2414 preudome, pour plus preu ; v. 2489-90 omis ; v. 2513-14 hastivement : ou par vent, pour en recelee: soit par gelee; v. 2548 l'i aesmes, pour l'essaimes ; v. 2582 donques, pour Lores ; v. 2605 Ne plus qu’en espuseroit (Lu), Plus c'on espucheroit (Ga), pour Ne qu'en puet espuisier ; v. 2612 Ou ü n'a fors tai et ordure, pour En verminier et en o.; v.2617 Encor par dons ou par proiere, pour E. p. aucune cheance ; v. 2618 maniere, pour beance ; v. 2625-26 omis, etc.
Les v. 3661-878 sont omis dans Ga; lorsque s'ouvre cette lacune, Lu et Ga sont encore ensemble; lorsqu'elle se clôt, Zu est déjà depuis quelque temps, depuis le v. 3722 au moins, rentré dans le groupe Z, qu'il ne quittera plus.
Co.
&s, dont le texte est très corrompu, fait partie du groupe [ aux v. 2835-67, mais depuis peu de temps seulement ; jusqu’au v. 2770
(1) Ga : À c. l'e. prendre ; passage omis dans Be, Da, H. (2) L, M omettent les v. 2349-52
environ, il reproduit toutes les fautes de Z (1), souvent en les aggravant, et à ces fautes il en ajoute de nouvelles en grand nombre.
Après le v. 2770, ce ms. a des leçons caractéristiques de C : v. 2960 Pour le vilain qui trop m'esmaie, pour Nus n'a mal qui amors n'essaie ; v. 3463 (2) a droiture, pour a estuire ; V. 3413 se senti liier, pour quis.l'aier ; v. 3536-37 Gars malvais bien as cuer fali Quant t'as acointietun garchon. Mais il a en même temps les deux vers (3) ajoutés par N entre 2942-45.
Pour les relations de &x avec )o, voir l'étude de 0.
Ls
Ls a perdu les v. 139-812 et 1576-874; il a de nombreuses fautes individuelles ; mais ce sont d'autres raisons qui m'ont empêché de l'utiliser. Jusqu'à sa première lacune, c'est-à-dire pendant les 198 premiers vers, rien ne s'oppose à ce qu'on le considère comme faisant réellement partie de I, malgré l'omission des mots leve au v. 110 (voir cette variante plus loin) S'il se rencontre avec quelques mss. isolés de Il (Urb, Nf, Nk) dans l'mterversion des v. 49-50, ce peut être par hasard (4); deux rencontres avec des représentants du groupe fr, lequel d’ailleurs associe les leçons de I et If, sont peu significatives : v. 76 se desceuvre (avec Gi), pour se deduit; v. 80 qui est doucereus (avec Gi, Go, Gu, Gu, et Jé), pour bel et d. D'autre part, deux variantes qui l’unissent à des représentants de T sont insignifiantes : v. 96 chantent par mi, pour chantoient par (avec C, et aussi J, ZL, N); v. 122 gente (avec Be, et aussi Ge, Gé), pour grant.
Après la première lacune, il est possible, mais pourtant pas certain, que Zs fasse encore, pendant quelques vers, partie de 1, mais dès le v. 881, il appartient au groupe Z (de IT), qu'il ne quittera pas avant le v. 1947, probablement même pas avant le v. 2062 (5). Au
(1) Cependant au v. 163 il a la bonne leçon peindre (L : faire).
(2) Les v. 3457-62 sont omis.
(8) En substituant lost à a dans le premier vers.
(4) Li et (ré ont omis le v. 49; cette omission s'explique par la similitude du début des v. 48-49 (Et teus) ; d’autres copistes ont pu commettre la même erreur, puis s’en apercevoir dès qu'ils avaient écrit le v. 50, et pour la réparer transcrire le v. 49 à la suite du v. 50.
(5) Cependant il n'a pas la faute de Z aux v. 1395-96, mais peut-être la correction a-t-elle été faite sans le secours d’une autre leçon.
v. 2080 il n'est plus avec Z, mais il s'y retrouve au v. 3457 et y restera jusqu'à la fin du poème de Guillaume. Pendant qu'il est séparé de L, il peut être considéré comme faisant partie de I; même alors il ne mérite aucune confiance ; il omet les v. 2349-30 avec Za de T'et Ra, X, N, Ji de IT, tous mss. sans autorité, parce qu'ils amalgament les leçons de plusieurs familles.
COC, x
Coc a changé la rime des v. 2863-64, qu'il a ainsi modifiés : Or sunt au rosier garde cilz Qui laisserotent bien envis ; mais il est évident que cette leçon dérive de celle de T, à laquelle appartiennent aussi les v. 2834-67.
Ce n’est qu'après le v. 1459 qu'il peut prendre rang dans I; auparavant il fait surtout partie de IL.
Jusqu'au v. 1459, lorsque Coc reproduit les variantes communes à X, L, M, N, il est impossible de dire auquel de ces quatre groupes il doit être plus spécialement rattaché ; mais comme il est souvent tantôt avec Z, M, tantôt avec Z, N, plusieurs fois aussi avec Z, K (v. 822, 1459), on peut en conclure que dans la plupart des cas au moins c'est à Z qu'il doit la leçon de IT; il a d'ailleurs avec Z seul v. 356 Maïins, pour denz ; v. 1388 venir, pour faire. Il a cependant aussi quelques rares variantes spéciales soit à X, soit à M, soit à N, à l'exclusion des autres groupes de IT; avec Æ, v. 200 verdecomme C., pour vert c. une c.; v. 954 Si en doit (la suite du vers arrachée dans Coc) meins estre esmaïiez, pour Ses maus si est bien emploiez ; avec X, J (et Be), v.1006 De li farder ne afaitier, pour D. !. tifer ne a.(L, M, N ont aussi furder, mais pas afaitier); avec Æ, N, v. 653 Fussent de chanter, pour D. c. f.; avec M, v. 298 douleur, pour esmais (K : enhans; J, L, N: envie); avec N, un vers interpolé entre 1195-96 et un autre entre 1196-97. Ces rencontres avec Æ et M peuvent être considérées à la rigueur comme des coïncidences fortuites, mais il n’en est pas de même de la variante de N aux v. 1195-97. Il arrive aussi à Coc d’opposer la bonne leçon à la fois à Z et à N; dans la liste des variantes des v. 109-10 qui sera donnée plus loin, on verra qu'il n'est avec aucun des groupes de IT. Au v. 1400 il n'a ni la bonne leçon, ni celle de L, M, ni celle de X, M, mais qui fu de tel afaire avec Fe.
Après le v. 1459, Coc n'a plus que de très rares variantes
spéciales à Il: v. 1947 avec X, L, M, N; v. 2349-50 omis avec K, N; v. 2647 pleure, pour plaint avec J, K, N; v. 2131 pluye, pour poudre avec Æ, L, M, N (mais aussi avec Da). Des fautes de I, il a v. 1336 Ne l'eve(Coc:leans)sechier ne tarir,pour N. que l'e.ne puet t. (avec C, Ha); v.ATI9 dedenz, pour lisens avec A (et aussi X); v. 2459 J'i vourroie estre par couvent(avec Be, C, H, Za, Ga); v. 2490 qu’un poi, pour qui or (avec C, A); v. 2121 Bien près de li, pour Près des teues (avec Be, Da, H, Za). Mais il n’a pas les autres fautes de I. Il a d’ailleurs de nombreuses variantes qui lui sont individuelles. Dans le v. 2762 Quatre autre biens, pour Qu’autres b., il a peut-être fondu deux variantes : Quatre b. (Za) et Autres b. (la plupart des mss.).
4 a les vers 2835-37 et 2871 de I ; il en a aussi le v. 2859 ; il lui manque les v. 2860-62 (dans I, les v. 2859-62 sont omis); mais cette omission paraît être accidentelle. Les v. 2863-64 se présentent sous la forme suivante :
Or sont au rozier gardes. quatre,
Qui se laisseroient a vent batre Que nulz...
Le point qui suit gardes, à en juger d'après la couleur de l'encre, est du copiste ; les mots en italiques sont d'un correcteur ; se est écrit au-dessus de la ligne ; quatre, à vent batre remplacent des mots enlevés au grattoir. Si le texte primitif avait déjà quatre : batre, pourquoi l'aurait-on effacé, puis reproduit ? Il est plus difficile encore de croire que les mots disparus étaient éroi; senz leur otroi de IT, parce que la première moitié du v. 2864 Qui laisseroient et le vers suivant, appartenant à la leçon [, ne pourraient se combiner avec la rime de II. Quelle était donc la leçon primitive de 12? Évidemment celle de Coc, qui, lui aussi, a garde pour garder au v. 2863, et Qui laisseroient pour Q. se lairoient au v. 2864 (1).
D'autres corrections de fautes de Coc se retrouvent dans }z : le vers 354, ajouté ultérieurement dans x, manque dans Coc; au v. 1326, ne dans + est écrit sur grattage ; il remplace probablement la faute {ant de Coc; les deux v. 3536-37 sont dans Coc :
Di Honte pour quoy m'as defailli Que tu t’iés mis bien d’un garçon.
(4) Voy. ces vers, p. 253.